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Un rapport officiel alerte sur un risque de crash industriel en Europe.

Dans un rapport intitulé « l’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois », il est indiqué que « l’Europe représente alors plus de la moitié des capacités installées et de la demande mondiale jusqu’en 2012 ». Le rapport prévient que dans l’automobile, le risque n’est pas un « déclassement progressif », mais une « éviction rapide et irréversible ».


Dans un rapport intitulé « *l’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois* », la France aborde un épisode difficile des années 2010, lorsque la Chine a pris le contrôle du marché des panneaux solaires, surpassant largement l’Europe, qui était pourtant pionnière dans ce domaine au début des années 2000. Cette situation pourrait se répéter dans l’industrie automobile.

Il y a vingt ans, l’Europe dominait le secteur du photovoltaïque. L’Allemagne et l’Espagne étaient à l’avant-garde, les usines fonctionnant à pleine capacité, et la technologie était maîtrisée. Aujourd’hui, il ne reste que des miettes.

Dans son rapport percutant publié en février 2026, le Haut-Commissariat au Plan analyse non seulement la compétitivité des voitures électriques chinoises par rapport à celles produites en Europe, mais consacre aussi une annexe entière à la chute de l’industrie solaire européenne.

Ce n’est pas seulement un fait du passé ; c’est un avertissement : ce qui est arrivé aux panneaux solaires pourrait toucher nos fabricants automobiles. Retour sur un effondrement industriel en trois actes.

### Acte 1 : L’âge d’or et l’illusion de sécurité

Au début des années 2000, l’Europe était sûre de sa position. Avec une conscience écologique précoce et de généreuses subventions (les fameux tarifs de rachat d’EDF), elle représentait plus de la moitié de la demande et de la production mondiales. Les marges étaient satisfaisantes, et la technologie, notamment le photovoltaïque cristallin, était maîtrisée.

Le rapport souligne que « *l’Europe représente alors plus de la moitié des capacités installées et de la demande mondiale jusqu’en 2012* ».

À cette époque, les panneaux étaient conçus pour durer. Comme le montrent les exemples récents, certains panneaux européens installés il y a 30 ans offrent encore aujourd’hui des rendements impressionnants. Cependant, cette qualité avait un coût, et l’Europe pensait que sa technologie suffirait à la protéger, ce qui s’est révélé être une erreur.

### Acte 2 : Le rouleau compresseur se met en marche

Dès 2004, la Chine a vu une opportunité. Elle n’a pas lésiné sur les moyens, investissant massivement en achetant des usines clés en main et en débauchant des ingénieurs.

Les fabricants ont bénéficié d’un **soutien de l’État**, avec des crédits illimités et des subventions déguisées pour bâtir d’énormes capacités de production.

*Des surcapacités structurelles se sont installées*. La Chine a produit bien plus que nécessaire, inondant le marché mondial.

Le résultat fut un effondrement des prix à partir de 2011, une manifestation de la destruction créatrice, mais dans une version brutale. Les usines européennes, incapables de rivaliser avec ces coûts artificiellement bas, ont fermé les unes après les autres.

Cette guerre des prix se poursuit aujourd’hui. Bien que ce soit le moment idéal pour s’équiper en panneaux solaires en raison des tarifs bas, cela s’avère désastreux pour ceux qui tentent de produire en Europe.

Cependant, cette stratégie a récemment eu des revers pour la Chine, les prix bas ayant poussé les fabricants à produire à perte, entraînant de nombreuses faillites et une chute de la production. La Chine a donc interdit cette pratique, ce qui prévoit une hausse des prix à venir.

### Acte 3 : La réaction trop tardive (et le monopole)

Le rapport critique sévèrement la réaction européenne. Bruxelles a essayé d’instaurer des barrières douanières et des prix planchers en 2013, mais le mal était déjà fait. La base industrielle était ruinée. La Chine a réagi par des mesures de rétorsion, exacerbant les divisions entre les pays européens.

Le rapport conclut qu’une « *réponse tardive ou insuffisamment calibrée face au rouleau compresseur chinois ne permet pas d’enrayer cette dynamique* » destructrice.

Aujourd’hui, le constat est sévère : la Chine détient plus de **80 % de parts de marché** mondial. L’industrie européenne est devenue « marginale ».

### Le rouleau compresseur chinois : la méthode

Comment la Chine a-t-elle pu réduire les prix de moitié sans compromettre la qualité, voire l’améliorer ? La méthode est analogue à celle décrite dans le secteur automobile, une mécanique industrielle implacable.

Il ne s’agit pas uniquement de salaires, mais d’un système complet, incluant d’abord une *énergie bradée*. Le photovoltaïque nécessite principalement du sable (silice) à fondre à très haute température. Avec un coût de l’électricité industrielle **50 à 100 % plus élevé en Europe qu’en Chine**, cette dernière dispose d’un avantage incomparable pour les processus énergivores.

On observe également une *intégration totale* : tout comme pour les batteries des voitures électriques aujourd’hui, la Chine contrôle l’ensemble de la chaîne de valeur. Elle ne se limite pas à l’assemblage ; elle maîtrise le raffinage du silicium, la découpe des *wafers* et la production des cellules, éliminant toute marge intermédiaire.

Enfin, il y a le *gigantisme sous perfusion*, le rapport faisant état d’un accès illimité au crédit à travers les banques d’État et de terrains presque offerts par les régions. Cela a permis de bâtir d’énormes « méga-usines » produisant des volumes colossaux, réduisant les coûts fixes grâce à des économies d’échelle, là où les acteurs européens restent trop petits et fragmentés.

### Le risque caché : la sécurité énergétique

Ce monopole soulève des enjeux bien plus critiques que la simple balance commerciale. En maîtrisant la production, la Chine contrôle également la technologie, en particulier les onduleurs connectés.

Ce sujet préoccupe de plus en plus les services de renseignement : le risque qu’un « blackout » soit déclenché à distance ou que ces infrastructures soient utilisées comme porte d’entrée pour de l’espionnage. Même sans preuve formelle d’espionnage jusqu’à présent, la faille de sécurité demeure tant que cette dépendance technologique perdure.

### L’automobile est-elle la prochaine sur la liste ?

C’est là tout l’objet de ce rapport : *« Le précédent du photovoltaïque menace de se répéter à l’échelle de l’industrie européenne »*.

Les similitudes sont alarmantes : une technologie où l’Europe croyait avoir un avantage, une montée en puissance fulgurante de la Chine dans les batteries et l’électrique, avec des coûts de production chinois 40 % inférieurs, comme détaillé dans une analyse antérieure.

Le rapport alerte : dans le solaire, quelques années ont suffi pour passer de leader à néant. Concernant l’automobile, le risque n’est pas une *« déclassification progressive »*, mais une *« éviction rapide et irréversible »*.

Si nos usines ferment, elles ne rouvriront pas : *« lorsque les écarts de coûts deviennent significatifs à qualité comparable, l’ajustement industriel ne s’opère ni graduellement ni par la montée en gamme, mais par des sorties rapides et souvent irréversibles du marché »*. En d’autres termes, cela se traduira par des faillites.

Pour éviter que Renault ou Volkswagen ne subissent le même sort que les fabricants de panneaux solaires allemands des années 2010, le rapport préconise des mesures radicales, telles que des droits de douane élevés ou une dévaluation de l’euro.

Car cette fois, il ne s’agit pas seulement de panneaux solaires, mais de millions d’emplois et de la souveraineté industrielle du continent. Pour une compréhension approfondie de la manière dont la Chine parvient à produire ses voitures 40 % moins cher et les solutions envisagées, il est recommandé de consulter le dossier complet sur le sujet.