Android ne perd-il pas son âme ?
Android traverse une crise d’identité et devient un système prévisible, verrouillé et uniformisé. Le projet open-source d’Android, AOSP, se vide de sa substance et Google déplace de plus en plus de fonctionnalités essentielles vers les Google Play Services.

Regardons la réalité en face. Pendant longtemps, choisir entre Android et iOS signifiait opter pour un environnement fermé ou pour la liberté. Une liberté presque totale, parfois désordonnée, mais vibrant de vie. Aujourd’hui, les barrières sont là, les routes sont balisées et cette « liberté » s’est transformée en un centre commercial stérile.
Ce constat provient de Damien Wilde, de 9to5Google, et il faut bien avouer qu’il touche un point sensible.
Android fait face à une crise d’identité. Il ne s’agit pas simplement de parts de marché ; le système reste fort, mais il s’agit d’un problème de philosophie. Un système qui se vantait d’être « différent » s’efforce désormais de ne plus l’être.
Examinons le design. Regardez les dernières mises à jour d’OxygenOS, HyperOS ou One UI. Les effets de transparence, les panneaux de contrôle, les coins arrondis… les fabricants chinois et coréens imitent le style d’Apple. Même Google, avec ses téléphones Pixel, cherche à apaiser les utilisateurs d’iPhone en leur offrant une interface familière.
La liberté disparaît
Cependant, le véritable problème est bien plus profond que de simples icônes arrondies. C’est technique, c’est politique, et c’est préoccupant. Le projet open-source d’Android, le célèbre AOSP, se dégrade. Google transfère de plus en plus de fonctionnalités essentielles vers les Google Play Services, sa structure propriétaire.
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Pour accéder à un Android récent, il faut passer par Google. Pour la communauté des ROMs custom, c’est un coup dur. On nous vente la sécurité pour justifier le verrouillage du sideloading (l’installation manuelle d’applications), mais la réalité est différente. En ajoutant des alertes « alarmantes » à chaque installation d’APK, Google transforme un acte de liberté en une opération potentiellement suspecte aux yeux du public.
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AOSP se dégrade, Google ne publie le code biannuel que depuis 2026, omet les Pixel pour les ROMs (LineageOS, GrapheneOS), et intègre tout dans les Play Services propriétaires.
De plus, avec la disparition de certains concurrents comme Huawei sur la scène mondiale, Samsung s’est assoupi sur ses lauriers. Sans défis réels dans le haut de gamme, l’innovation matérielle s’est réduite à des détails insignifiants.
L’IA : un cache-misère ?
Ensuite, il y a l’intelligence artificielle. C’est le nouveau terme à la mode. On nous présente du Gemini sous toutes ses formes.
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Sauf si vous possédez un smartphone pliant, votre utilisation quotidienne n’a pas changé. Vous ouvrez Instagram, Chrome, et WhatsApp. Pour l’instant, l’IA est surtout liée à la retouche photo et aux résumés de textes. On nous promet une révolution, mais pour le момента, c’est principalement frustrant.
Effectivement, le futur pourrait s’appeler OS Agent ou quelque chose d’identique.
Imaginez recevoir un e-mail pour un concert. L’OS Agent comprend l’intention, vérifie vos comptes bancaires, questionne votre partenaire sur WhatsApp et achète les billets, le tout sans que vous n’ayez ouvert une seule application. L’orchestration multi-apps est un sujet pertinent, et on ne peut pas dire que Google ne travaille pas dessus. Ce potentiel d’automatisation contextuelle est prometteur.
Cependant, pendant ce temps, Android est devenu une commodité. C’est efficace, c’est stable, mais pas particulièrement excitant. On a gagné en maturité ce que l’on a perdu en caractère.
Le danger, c’est que la bulle verte devienne une simple nuance de bleu, sans réelle distinction. Android ne disparaît pas, mais devient banal. Il se transforme en ce qu’il a toujours combattu : un système prévisible, régi et uniformisé.

