Yvelines : Un policier jugé pour avoir tué un père de famille.
L’affaire concernant Olivio Gomes, qui a été tué par un policier dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020 à Poissy, sera jugée à partir de ce vendredi à Versailles. Le policier, qui a ouvert le feu sur lui, encourt 30 ans de réclusion criminelle pour meurtre.
L’affaire, qui sera jugée à partir de ce vendredi à Versailles, présente des similitudes avec la mort de Nahel Merzouk. Tout comme lui, Olivio Gomes, qui n’avait plus de permis et était sous l’emprise de l’alcool et du cannabis, ne devait pas conduire le jour des faits. Comme Nahel, Olivio Gomes a été abattu d’une balle tirée à bout portant par un policier qui cherchait à le contrôler.
Dans ces deux cas, les agents affirment avoir agi en se sentant en danger. Le policier suspecté d’avoir tué Olivio Gomes, âgé de 28 ans, dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, est défendu par Me Laurent-Franck Lienard, un expert dans la défense des forces de l’ordre. Ce dernier est également l’avocat de l’agent qui a ouvert le feu sur l’adolescent de 17 ans à Nanterre en juin 2023.
Cependant, il existe une importante différence entre ces deux affaires. Le policier impliqué dans la mort de Nahel a été renvoyé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. En revanche, celui qui a tué Olivio Gomes, devant chez lui à Poissy, sera jugé pour meurtre et risque 30 ans de réclusion criminelle. « C’est une qualification un peu sévère mais qui correspond à la réalité des faits. Il y a des éléments dans le dossier qui la confortent », affirme Me Pape Ndiogou Mbaye, l’avocat de la famille de la victime.
Le 16 octobre 2020, alors que l’épidémie de Covid progresse et que la France s’apprête à être reconfinée, Olivio Gomes décide de profiter de cette dernière soirée de liberté avec ses amis. Ce père de trois jeunes enfants retrouve Amadou, Samy et Oualid à La Défense. Ils fument un joint, consomment du whisky, puis partent à Paris pour manger un kebab. Après avoir mangé, ils déposent l’un d’eux à la gare Saint-Lazare et reprennent la route vers Poissy. Sur le périphérique, une patrouille de la brigade anticriminalité de Paris remarque la Clio 3 d’Olivio Gomes et décide de la suivre pendant près d’une heure, jusqu’à Poissy.
C’est dans cette ville des Yvelines que l’un des membres de la patrouille, un policier de 29 ans, arrivé dans son service un mois auparavant, ouvre le feu à trois reprises. Le conducteur est touché à l’épaule, au cou et à l’omoplate gauche. Une balle traverse ses poumons et son aorte thoracique, entraînant sa mort. Ses deux amis, âgés de 29 et 30 ans, sont interpellés, placés en garde à vue puis rapidement relâchés.
Entendu par l’Inspection Générale de la Police Nationale, le fonctionnaire explique que la voiture d’Olivio Gomes effectuait « des embardées entre les voies au milieu d’une circulation importante » sur le périphérique. Lui et ses deux collègues affirment que le conducteur a refusé d’obtempérer au niveau de la porte Maillot. Ils ont suivi le véhicule jusqu’à ce qu’il s’arrête dans le quartier Beauregard, à Poissy. Le tireur déclare s’être positionné devant la voiture d’Olivio Gomes et lui avoir demandé de sortir pour le contrôler. Selon ses déclarations, Olivio Gomes aurait redémarré et lui aurait foncé dessus. Le policier aurait alors tiré « pour protéger sa vie ».
Une enquête pour refus d’obtempérer et tentative d’homicide sur le policier est ouverte et confiée à la sûreté départementale. Toutefois, les investigations mettent rapidement à mal la version des fonctionnaires. L’analyse des caméras de vidéosurveillance du périphérique démontre que le véhicule d’Olivio Gomes roulait vite mais sans enfreindre le Code de la route. La juge d’instruction remarque également que les policiers ne se sont signalés aux passagers de la Clio qu’après les avoir suivis pendant une quinzaine de kilomètres.
Les amis de la victime contestent également la version policière. Selon eux, Olivio Gomes avait indiqué qu’il comptait sortir à Poissy. Conscient que sa voiture serait immobilisée à l’issue du contrôle et que ses passagers n’ont pas de permis, il aurait décidé de se rendre sur un parking pour laisser la Clio. D’après leur récit, Olivio Gomes aurait voulu sortir de son véhicule, comme le lui demandaient les forces de l’ordre, mais n’aurait pas pu ouvrir sa portière, coincée par le capot du véhicule policier. Il aurait donc redémarré pour avancer de quelques mètres.
De plus, le tireur se trouvait à côté de la voiture d’Olivio Gomes, et non devant. L’analyse des trajectoires des deux derniers tirs « démontre très clairement que le véhicule passait devant lui et qu’il ne se trouvait pas sur la trajectoire d’un véhicule lancé à vive allure contre lui qui s’apprêtait à le percuter », note la juge d’instruction dans son ordonnance de mise en accusation.
La magistrate estime qu’ouvrir le feu sur la voiture d’Olivio Gomes n’était pas « une solution proportionnée ». Les faits ne se sont pas produits « à l’issue d’une course-poursuite » et « aucun élément objectif » ne prouve que les occupants du véhicule constituaient un danger. La situation « ne paraît pas alors être génératrice d’un stress anormal ou […] supérieur à ce qu’un policier normalement entraîné doit être capable d’affronter », insiste la juge. Elle ajoute que le tireur est membre d’un club et est « rompu au maniement des armes ». Selon elle, il ne fait pas de doute « qu’il était animé d’une intention homicide au moment des faits ».
« Il avait d’autres choix que de tirer trois fois », assure Me Ndiogou Mbaye, qui remet aussi en cause la version du policier. « Le pare-brise de la voiture n’a pas explosé. Quand quelqu’un vous fonce dessus, vous ne lui tirez pas dans le dos. » À la veille du procès, ses clients se disent « tout à fait confiants ». Me Laurent-Franck Lienard, l’avocat du policier mis en cause, n’a pas répondu aux demandes de 20 Minutes.

