Violences périscolaires à Paris : Premier animateur jugé après alertes « pas prises au sérieux »
Nicolas G., animateur à l’école Titon dans le 11e arrondissement, a été suspendu le 15 octobre après avoir déclaré à une élève qu’il aimerait lui faire « des bisous partout » mais qu’il « ne peut pas ». Une longue enquête est en cours, et il doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris ce mardi pour des faits d’agression et de harcèlement sexuel sur neuf enfants.
C’est une petite phrase qui a déclenché une alerte, provoquant une réaction immédiate. Peu après la rentrée scolaire 2024, Nicolas G., animateur à l’école Titon dans le 11e arrondissement, a déclaré à une petite fille, en présence de ses camarades de CM2, qu’il aimerait lui faire « des bisous partout » mais qu’il « ne peut pas ». À ce moment-là, les fillettes avaient déjà constaté plusieurs attitudes inappropriées de sa part, mais cette phrase a été un déclencheur. Rapidement, elles se sont rendues dans le bureau de la directrice de l’école, qui a réagi promptement. L’animateur a été suspendu le 15 octobre, et après une enquête approfondie, il se prépare à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris ce mardi pour des faits d’agression et de harcèlement sexuel sur neuf enfants.
Une question demeure : aurait-il pu être arrêté plus tôt ? C’est un point qui sera abordé lors de l’audience, étant donné que des alertes avaient été signalées au moins trois ans auparavant. Nicolas G., présumé innocent, est suspecté d’avoir donné aux enfants des « câlins » excessivement serrés, en dehors de tout contexte approprié, et d’avoir créé une atmosphère sexualisée. Les incidents se sont produits notamment lors d’ateliers de mangas, où les fillettes ont été amenées à reproduire un personnage aux attributs sexuels exagérés, habillée d’une jupe très courte, dans une posture suggestive. Les enfants recevaient aussi des surnoms tels que « bébé d’amour, mon lapin, mon petit bébé » et étaient exposés à des récits de violence sexuelle.
« Ma fille a été témoin des histoires d’horreur racontées à l’heure du déjeuner, avec des scènes de viol », raconte Pénélope, mère de Kim*, convoquée par la directrice avec d’autres parents à la suite des témoignages des fillettes. Elle y apprend l’ampleur des abus. Ce soir-là, elle discute avec sa fille, qui confirme les « câlins serrés » et les récits de viols et de séquestration entendus durant les cours de manga.
Kim n’a pas elle-même rapporté d’agression sexuelle, contrairement à Julie*, qui a mis plus de temps à libérer sa parole. Ce n’est qu’en novembre, lors de la semaine dédiée au harcèlement scolaire, qu’elle se confie à ses parents, qui ignorent alors la raison de l’éviction de l’animateur.
« Elle m’a dit »moi aussi j’ai été victime », ce sont ses mots », se souvient Brigitte*. Des soirées de confidences s’ensuivent pendant deux semaines. « Elle nous a dit qu’il la prenait dans les bras, serrait fort, et touchait sa poitrine et »plus bas ». Elle n’a jamais voulu en dire plus », relate cette mère. Dans sa plainte ultérieure, Brigitte mentionne que l’animateur était, selon sa fille, « assis sur un banc protégé des regards par le groupe » et qu’il « en profitait pour toucher les enfants ». Un autre témoin dépeint l’accusé comme quelqu’un ayant un « élan d’affection disproportionné » envers un enfant, sans que des circonstances justifient une telle proximité.
Bien que de nombreux témoins aient souligné la réactivité de la directrice d’école, qui a cru aux enfants et a alerté les autorités immédiatement après leurs confidences, la gestion du côté périscolaire laisse une amertume chez les parents. En effet, le directeur du périscolaire de l’école, désigné « Référent Educatif Ville » (REV), avait déjà rédigé un rapport concernant l’animateur en 2021, que 20 Minutes a pu consulter.
À l’époque, une mère avait exprimé des préoccupations basées sur le témoignage de sa fille. Auditionnée par le directeur, la fillette avait décrit de nombreux comportements inappropriés dont elle avait été témoin. Nicolas G. aurait demandé à un enfant s’il voulait « baiser » une petite fille et aurait lancé « va baiser » à plusieurs fillettes. Ce rapport, cependant, n’a pas donné lieu à des investigations supplémentaires. La Mairie de Paris précise que cet ancien responsable périscolaire ne travaille plus avec des enfants et qu’il a été sanctionné en avril.
Des témoignages recueillis lors d’une enquête administrative menée par la Ville de Paris indiquent également que des enseignantes avaient des inquiétudes concernant cet animateur, mais que ces alertes n’ont pas été suivies d’inspections approfondies. Une enseignante a rapporté l’avoir vu avec une enfant sur les genoux, tandis qu’une autre décrivait le fait qu’il était « systématiquement entouré d’un grand nombre de filles collées à lui », ce qui lui avait causé un « malaise ».
« Il y avait des signaux, mais ils n’ont pas du tout été croisés entre le périscolaire et la direction de l’école », déplore Brigitte. Elle estime que le suivi de cet animateur a été trop laxiste et que les alertes n’ont pas été prises au sérieux. « Une sanction minimale aurait dû être imposée, et une meilleure surveillance était nécessaire. »
Une suspension à l’époque aurait pu prévenir de nombreuses souffrances aux enfants, qui ont réagi de manières diverses face au harcèlement et aux agressions subies. Selon Julie Chalumeau, avocate de cinq familles, certains enfants n’ont pas développé de symptômes psychosomatiques, tandis que d’autres ont été en arrêt de travail jusqu’à 15 jours lors des examens médico-judiciaires. La plupart souffrent de cauchemars et de problèmes de sommeil.
Pour la jeune Julie, cet épisode a constitué une « ouverture violente sur le monde réel », raconte sa mère, qui note que la petite fille se demande si elle-même, plus tard, serait susceptible de reproduire de tels actes. Sa mère a constaté un changement dans son vocabulaire et l’a surprise en train de faire des gestes à caractère sexuel qu’elle affirmait avoir observés chez cet animateur.
Pourtant, ces petites filles ont fait preuve d’un courage remarquable, souligne Julie Chalumeau. L’avocate rappelle qu’elles ont effectué une forme d’enquête ensemble, allant jusqu’à proposer d’organiser une pétition contre l’animateur, comme l’a rapporté Mediapart. « Nous espérons une condamnation exemplaire », commente le collectif Sos Périscolaire auprès de 20 Minutes, qui a joué un rôle clé dans le dévoilement de ce scandale à Paris.
Les parents des fillettes attendent maintenant une réponse judiciaire à la hauteur de ce courage. « Je souhaite que cet animateur soit définitivement écarté du monde de l’enfance et qu’il y ait des actions conjointes entre l’Éducation nationale et le périscolaire pour que cela ne se reproduise plus », déclare Brigitte. 20 Minutes a tenté de joindre l’animateur, qui n’a pas répondu à notre demande d’interview.

