France

Un médicament sans hormones pour les règles abondantes : révolution ou marketing ?

Selon une enquête Ipsos-BVA réalisée en décembre 2025, 67 % des femmes réglées souffriraient de règles abondantes, avec des saignements menstruels supérieurs à 80 ml de sang perdu par cycle. Haima, commercialisé par le laboratoire Cemag Care, est présenté comme le premier traitement non hormonal contre les flux importants, vendu en pharmacie à 12 euros.


C’est le cauchemar de nombreuses femmes chaque mois : se réveiller dans des draps tachés, courir aux toilettes toutes les heures pour changer de protection et ressentir une fatigue intense. Une enquête Ipsos-BVA* révèle que 67 % des femmes menstruées souffriraient de règles abondantes, définies comme des saignements menstruels supérieurs à la norme (plus de 80 ml de sang perdu par cycle). Dans la moitié des cas, ce flux abondant est considéré comme fonctionnel, sans cause médicale précise. Cependant, les effets sur la santé sont nombreux : carence en fer, fatigue marquée, anxiété, voire dépression dans les cas les plus sévères.

Pour aborder ce « tabou », le laboratoire Cemag Care a récemment lancé Haima, présenté comme le premier traitement non hormonal contre les règles abondantes. Ce médicament est disponible sans prescription en pharmacie. Haima promet de réduire les saignements de 36 % à 54 % dès le premier jour. Son principe actif ? L’acide tranexamique, une molécule qui stabilise la coagulation et évite les saignements importants, voire les hémorragies. « Dans un contexte où de nombreuses femmes ne souhaitent plus systématiquement prendre d’hormones, c’est une solution efficace », affirme le laboratoire.

Le risque de l’automédication

Cependant, cette « révolution » semble familière. Cette molécule, utilisée depuis plus de quarante ans sous le nom d’Exacyl, se distingue par le fait qu’elle nécessite une ordonnance et est remboursée, tandis qu’Haima se vend en pharmacie à 12 euros, entièrement à la charge des patientes.

Pour le docteur Geoffroy Robin, gynécologue médical et secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), l’accès libre à cette molécule présente des risques. « Si les femmes s’auto-traitent et que cela fonctionne, elles n’iront pas forcément consulter et donc le médecin ne va pas rechercher les causes et traiter plus efficacement le problème », exprime le maître de conférences au CHU de Lille. Il rappelle que des règles très abondantes peuvent dissimuler des pathologies telles que des polypes ou des fibromes, ou entraîner une anémie sévère pouvant nécessiter une hospitalisation.

Des antécédents à prendre en compte

Un autre point à surveiller est la sécurité. Bien que rares, les risques de thrombose existent. « Les pharmaciens devront être très bien formés pour interroger les femmes sur leurs antécédents », met en garde le spécialiste. Sans un interrogatoire rigoureux en officine, il est possible de passer à côté d’une contre-indication (comme un tabagisme accentué ou un antécédent de caillot sanguin).

Face à ces critiques, Cemag Care, fondé par le Dr André Ulmann (père de la pilule abortive), justifie son choix. « Nous n’ignorons pas l’existence de l’Exacyl, mais nous apportons une réponse à la difficulté rencontrée par certaines femmes pour obtenir un rendez-vous gynécologique et donc une ordonnance », déclare le groupe à 20 Minutes. L’objectif est d’offrir une autonomie immédiate aux femmes qui « pensent être condamnées à vivre avec des règles abondantes ». Le laboratoire recommande néanmoins un suivi gynécologique régulier.

La gestion d’une situation « d’urgence »

Le Dr Robin admet un aspect positif : celui de permettre aux femmes habituées au traitement de gérer une « urgence » en cas de rupture d’ordonnance. Toutefois, il reste sceptique quant à l’aspect commercial : « Ça sent un truc très laboratoire. Il faudrait surtout rendre l’Exacyl plus accessible. » Si Haima peut être une solution temporaire, il ne doit pas faire oublier que des règles abondantes méritent un véritable diagnostic et un suivi médical.

* Enquête réalisée en décembre 2025, auprès de 4 000 femmes âgées de 15 à 54 ans.