« Un expert affirme : 50 % des pédocriminels en ligne ont déjà agressé des enfants »
D’après Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire des violences numériques faites aux mineurs, près de 2,6 millions d’individus dans le monde seraient impliqués dans la pédocriminalité en ligne. En 2023, l’Ofmin a reçu près de 318.000 signalements en France, soit une moyenne de 870 par jour.
L’essor du numérique présente un aspect inquiétant : l’augmentation du nombre de contenus pédocriminels circulant en ligne. Selon Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire des violences numériques faites aux mineurs et ancienne cheffe du pôle stratégie de l’Office mineurs (OFMIN), ces individus seraient, à un moment donné, près de 2,6 millions à travers le monde. En France, l’Ofmin a enregistré en 2023 environ 318.000 signalements, soit une moyenne de 870 par jour, plaçant le pays au quatrième rang mondial en termes de contenus de cette nature.
Bien que la pédocriminalité en ligne soit alimentée par des viols et des abus sur des enfants réels, la question du passage à l’acte dans la vie réelle de ces « consommateurs » est plus complexe. Beaucoup estiment que les pédocriminels en ligne ne sortent jamais du virtuel et que leurs actes n’ont pas de conséquences réelles, comme l’illustre l’affaire du docteur Le Scouarnec, condamné pour pédopornographie, en raison des nombreux abus révélés sur ses jeunes patients. Pour approfondir ce sujet, nous avons interviewé Michael Seto, directeur de recherches à l’Institut de recherche en santé mentale de l’Université d’Ottawa.
**Les pédocriminels qui consultent de la pédopornographie en ligne passent-ils aussi à l’acte dans la vie réelle ?**
En 2011, nous avons réalisé une étude, qui regroupait six études avec des données auto-déclarées, montrant qu’un délinquant en ligne sur deux (55 %) avait reconnu avoir commis une infraction sexuelle avec contact avec un enfant. Ainsi, la moitié des pédocriminels « en ligne » ont déjà agressé des enfants. Je pense que nos constatations de 2011 sont toujours d’actualité : sur la base des aveux d’infractions non détectées, environ la moitié des délinquants consommateurs de matériel pédopornographique ont commis des abus sexuels sur des enfants. Ce chiffre dépasse largement celui de leurs antécédents judiciaires.
**Existe-t-il des mesures ou des interventions pour réduire ce risque de passage à l’acte ?**
Oui, plusieurs approches existent. La première consiste à utiliser un outil d’évaluation des risques validé pour identifier les individus à haut risque. J’ai co-développé un outil, le *Child Pornography Offender Risk Tool*, qui prend en compte des éléments tels que l’âge du délinquant, ses antécédents judiciaires et son intérêt sexuel pour les enfants. Cela permet de prendre de meilleures décisions quant à l’accès aux enfants, aux peines et aux traitements. D’autres outils d’évaluation des risques ont également démontré leur efficacité.
Des programmes de traitement destinés aux délinquants en ligne ont été mis en place, travaillant sur les causes profondes de leur intérêt sexuel pour les enfants, le temps passé en ligne et cherchant à améliorer leur vie sociale. La majorité des hommes recherchant du matériel pédopornographique sont spécifiquement intéressés par les enfants et cherchent ce type de contenu, bien que certains souffrent d’une utilisation compulsive de la pornographie et soient en proie à une forme d’escalade vers des contenus de plus en plus violents. Beaucoup de ces hommes se disent solitaires, isolés socialement, et peu enclins ou incapables de nouer des relations adultes, préférant passer leur temps en ligne.
Enfin, la surveillance est essentielle. Nos recherches sur la récidive révèlent que de nombreux pédocriminels libérés sous caution ou conditions ne respectent pas ces restrictions. Environ un quart de notre échantillon de recherche a recommencé à consulter de la pédopornographie ou a été retrouvé seul avec un enfant alors qu’il n’en avait pas le droit.
**L’actualité a montré des exemples de pères accusés de viol sur leur enfant, alors même qu’ils avaient déjà été condamnés précédemment pour détention d’image pédopornographique. Selon vous, les consommateurs de matériel pédopornographique peuvent-ils conserver l’autorité parentale ? Quels sont les risques pour leurs propres enfants ?**
Les individus condamnés uniquement pour des infractions liées au matériel pédopornographique (sans antécédents d’abus sexuel sur enfant) sont peu susceptibles de récidiver. Néanmoins, il existe un risque qu’ils commettent des abus sexuels sur des enfants ou qu’ils produisent du matériel pédopornographique impliquant leurs propres enfants.
Cependant, je ne recommande pas une interdiction systématique de la garde ou du droit de visite, car chaque situation est complexe et doit être examinée par un juge ou un autre décideur ayant tous les éléments. Par exemple, doit-on interdire tout contact à un homme condamné pour des infractions liées à des images de nature pédopornographique impliquant uniquement des adolescentes, alors qu’il a un fils de 15 ans très proche de lui et souhaitant maintenir un contact régulier ?
De plus, une interdiction totale de visite pourrait empêcher certains enfants de signaler des comportements suspects ou illégaux, de peur de ne plus voir leur père. Je pense que la décision doit être fondée sur une évaluation minutieuse du risque de récidive, ainsi que sur une évaluation de la famille, incluant la capacité du parent non délinquant à superviser et à surveiller la situation et s’il soutient cette décision.

