Tchernobyl, 40 ans après : faut-il craindre une nouvelle explosion ?
Le risque de vivre un second Tchernobyl dans la région de Zaporijia est « inexistant », selon Ludovic Dupin, directeur de l’information à la Société française d’énergie nucléaire (Sfen). Greenpeace avertit que la fonction de confinement de la nouvelle enceinte n’a pas pu être « pleinement rétablie », ce qui accroît le risque de rejets de radioactivité dans l’environnement.

La menace nucléaire inquiète l’Europe. Quarante ans après l’accident de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine, le souvenir de la pollution toxique et du nuage néfaste qui a franchi les frontières reste ancré dans les mémoires. Heureusement, ce type d’événement appartient au passé grâce aux avancées en matière de sécurité.
Bien que la centrale de Zaporijia et sa région aient été la cible de drones dans le cadre du conflit avec la Russie, « le risque de connaître un second Tchernobyl dans cette région est inexistant », assure avec certitude Ludovic Dupin, directeur de l’information à la Société française d’énergie nucléaire (Sfen). En effet, les réacteurs actuels ne sont plus conçus de la même manière et n’opèrent plus comme ceux de 1986.
Les anciens réacteurs russes utilisaient du graphite, avec un risque d’emballement thermique : « Plus la température augmentait, plus la production d’énergie était élevée », explique l’expert. Aujourd’hui, les réacteurs modernes, appelés VVER, fonctionnent à l’eau pressurisée « et par définition, l’eau ne brûle pas, ajoute-t-il. Si la pression devient trop élevée, la production d’énergie diminue automatiquement, ce qui permet une autorégulation ». De ce fait, le risque d’explosion est exclu, d’autant plus que tous les réacteurs de la centrale ukrainienne, sous contrôle russe, sont actuellement à l’arrêt.
Des risques très modérés
Cependant, même à l’arrêt, les réacteurs nécessitent un refroidissement constant. En cas de coupure d’électricité et donc de défaillance du système de refroidissement, le réacteur peut surchauffer et le cœur, confiné dans le bâtiment, peut fondre. « Si cette chaleur n’est pas dissippée, le cœur du réacteur peut surchauffer, fondre et libérer divers gaz, dont l’hydrogène. Une accumulation de ces gaz pourrait provoquer une explosion de l’enceinte de confinement, entraînant des rejets radioactifs dans l’atmosphère », explique Denis Oster, ingénieur en radioprotection à l’IPHC, dans la revue Savoir(s).
C’est ce qui s’est produit lors de l’accident de la centrale de Fukushima en 2011 au Japon. Toutefois, à Zaporijia, les conséquences à grande échelle sont très limitées, car le site est protégé par des enceintes qui n’étaient pas présentes dans les années 1980. Celles-ci sont « très résistantes, similaires à des bunkers », précise Ludovic Dupin. Même en cas d’accident, « l’impact demeurerait très limité et local, car la puissance des réacteurs modernes n’est pas suffisante pour provoquer des dommages significatifs », renchérit Daniel Heuer, directeur de recherche émérite au CNRS. Un « risque de contamination massive nul », confirme Thierry Foehrenbacher, chargé de mission en radioprotection au CNRS Alsace.
Craintes autour de Tchernobyl
Pour Tchernobyl, « la situation est plus complexe », précise-t-il. Le site, protégé par un sarcophage en acier et en béton depuis l’accident et par une nouvelle enceinte de confinement moderne, a été la cible d’attaques de drones ayant endommagé cette protection. Greenpeace avertit qu’en dépit des travaux de réparation, la fonction de confinement de la nouvelle enceinte n’a pas pu être « pleinement rétablie ». « Cela accroît le risque de rejets de radioactivité dans l’environnement, notamment en cas d’effondrement » de l’enceinte interne, met en garde l’ONG.
La matière radioactive contenue sous cette protection « considérablement endommagée » pourrait se disperser « dans l’air et le sol », prévient également Ludovic Dupin. Les zones potentiellement touchées pourraient alors s’étendre sur plusieurs centaines de kilomètres autour de la centrale, englobant principalement l’Ukraine et la Biélorussie.
Depuis 1986, des progrès significatifs ont également été réalisés en matière de prévention. Des pastilles d’iode sont ainsi distribuées aux populations vivant à proximité des sites sensibles en prévision d’un accident. Elles permettent d’éviter aux particules d’iode radioactives qui pourraient être libérées par un éventuel incident nucléaire de se fixer sur la thyroïde et de provoquer des cancers.

