Protoxyde d’azote : Coût élevé, risques d’explosions et pollution du recyclage
D’après un sondage mené par Veolia en octobre et novembre 2025, 16 % des consommateurs de protoxyde d’azote laissent leurs bonbonnes dans l’espace public après usage. En 2025, les deux tiers des installations de traitement des déchets ont été touchées par des explosions liées à des bonbonnes de protoxyde d’azote, entraînant un préjudice total s’élevant à 35 à 40 millions d’euros.
Sur les trottoirs de Lille, d’Alès ou de Metz, des bonbonnes jaunes et noires sont abandonnées sur le bitume. Ces grandes bouteilles en métal contiennent du protoxyde d’azote. Ce gaz, à l’origine utilisé en médecine et dans l’agro-alimentaire, est de plus en plus détourné pour ses effets euphorisants. La consommation régulière de ce gaz présente des risques de santé sérieux et engendre également des problèmes environnementaux significatifs.
Les bonbonnes de gaz hilarant, dont la taille augmente sans cesse, finissent souvent dans la nature. Que ce soit dans les parkings, les parcs ou le long des routes, un sondage* effectué par Veolia en octobre et novembre 2025 indique que 16 % des consommateurs laissent ces bonbonnes dans l’espace public après les avoir inhalées via des ballons. Cela représente une forme de pollution et un coût considérable pour de nombreuses collectivités.
**Des déchets dangereux**
« Les bonbonnes destinées à un usage récréatif n’existent pas juridiquement », souligne Stéphane Caplier, directeur « stratégie déchets collectivités » chez Veolia. Contrairement à celles réservées aux professionnels de la santé et de l’agro-alimentaire, il n’existe aucune filière consacrée au protoxyde d’azote à usage récréatif. Ces bonbonnes se retrouvent donc dans le flux général des ordures ménagères, envoyées vers des incinérateurs, des lieux d’enfouissement ou des centres de tri.
Les bouteilles de gaz sous pression doivent être recyclées dans des filières spécifiques en raison de leur risque d’explosion. « Certains professionnels spécialisés dans les déchets dangereux ont mis au point un procédé de neutralisation », ajoute Stéphane Caplier. Les bouteilles sont d’abord vidées de leur gaz résiduel avant d’être dépressurisées de manière sécurisée. Le métal peut ensuite être recyclé comme d’autres déchets métalliques.
**Un risque d’explosion**
Idéalement, les consommateurs de protoxyde devraient se rendre en déchetterie avec leurs bonbonnes. Pourtant, selon le sondage de Veolia, seuls 15 % le font. 20 % les jettent à la poubelle de leur domicile et 38 % dans une benne publique.
Même lorsqu’elles sont mises à la poubelle, ces bonbonnes posent problème. Discrètes dans un sac opaque, elles, contenant souvent un résidu de gaz, ne sont pas détectées par les agents d’entretien et finissent dans les incinérateurs. « À des températures entre 1.000 °C et 1.200 °C, le gaz monte en pression, fait gonfler la bonbonne et provoque son explosion », résume Stéphane Caplier.
**Les deux tiers des installations touchées**
Les explosions endommagent les machines, entraînant des arrêts coûteux et des risques de blessures pour le personnel. « Au départ, les contenants étaient petits, sous forme de cartouches, et les conséquences étaient minimes voire invisibles », remarque Grégory Richet, président du Syndicat national du traitement et de la valorisation des déchets urbains et assimilés (SVDU). « Cependant, à mesure que la consommation augmente, les bouteilles deviennent plus grandes et les explosions plus dangereuses. »
« En 2022, seules les régions du Nord et de l’Ile-de-France étaient touchées, puis ça a commencé à toucher la région Paca et aujourd’hui, toutes les régions sont concernées », indique Stéphane Caplier de Veolia. À Limoges, depuis janvier, le four de la centrale de traitement des déchets a subi plus de cinquante explosions liées aux bonbonnes de protoxyde d’azote. Selon un bilan national de la Fnade, en 2025, les deux tiers des installations ont été impactées, avec des dommages s’élevant à 35 à 40 millions d’euros, un montant quadruplé depuis 2023.
**Un coût pour les communes**
Ces dernières années, plusieurs communes ont exprimé des préoccupations quant au coût de la collecte, du tri et du traitement de ces déchets dangereux. Bien que certaines entreprises privées prennent en charge ces frais, beaucoup de municipalités doivent parfois payer de leur poche. Entre janvier et mai 2025, la métropole de Lyon a ainsi dépensé 400.000 euros.
« Avant 2022, cette problématique n’existait pas, donc elle n’était pas intégrée aux risques prévus », considère le directeur stratégie déchets collectivités chez Veolia. Les opérateurs privés ne veulent pas supporter cette charge et certaines intercommunalités ont choisi de négocier. D’autres, en revanche, estiment que ce n’est pas de leur responsabilité. Un enjeu évalué à 40 millions d’euros.
**Des rappels de consignes de tri**
Pour éviter d’atteindre des sommes astronomiques, les intercommunalités et les gestionnaires de déchets cherchent des solutions. Les entreprises privées mettent au point des supports de four renforcés pour mieux résister aux explosions. « Les problèmes sur les fours sont ainsi réduits, mais les chaudières et les réfractaires demeurent affectés », regrette Grégory Richet. Pour détecter les bonbonnes de protoxyde d’azote à l’avance sur les camions, Veolia a mis au point une caméra utilisant l’intelligence artificielle.
Plusieurs campagnes de sensibilisation ont été lancées pour rappeler les consignes de tri. « Les consommateurs de ces bonbonnes perdent souvent le sens des responsabilités et ne se sentent pas concernés par ces enjeux », admet Grégory Richet. Les entreprises et les grandes villes envisagent donc un système similaire à celui de la Belgique flamande, où 5 euros sont déduits de l’abonnement annuel à la déchetterie pour chaque personne qui y apporte une bonbonne de protoxyde d’azote. Ce système est actuellement en discussion dans plusieurs communes, selon le président du SVDU.
*sondage réalisé en octobre et novembre 2025, via un sondage en ligne, sur un échantillon de 400 jeunes âgés de 18 à 35 ans et vivant dans une agglomération de plus de 500.000 habitants (dont près de la moitié sont franciliens).

