Procès du RN : Marine Le Pen nie tout « système »
Marine Le Pen, cheffe de file du Rassemblement national, a été condamnée en première instance à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national. Lors de son procès en appel à Paris, le mardi 20 janvier 2026, elle a déclaré : « Si un délit a été commis – et tout le monde semble le dire –, je veux bien l’entendre. »
À la cour d’appel de Paris,
Avant d’être appelée à la barre, Marine Le Pen examine attentivement ses notes. Pendant de longues minutes, avec un stylo à la main, la leader du Rassemblement national raye des lignes sur les feuilles placées devant elle, indifférente au brouhaha des quelque 80 journalistes et des membres du public qui s’installent dans la première chambre du palais de justice au début de cet après-midi. Condamnée en première instance à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national, Marine Le Pen joue son avenir politique ainsi que sa candidature à la présidentielle de 2027. « Quand on fait appel, par définition, on est optimiste […]. Je veux conserver cet optimisme et cette conviction que la cour entendra les arguments que le tribunal n’a pas entendus », a-t-elle déclaré samedi lors d’un déplacement à Marseille pour les municipales.

« Le Parlement européen ne nous a jamais alertés »
Après un échange avec ses deux avocats, Marine Le Pen est appelée à la barre. Il est un peu plus de 13h30. L’ancienne présidente du Front national est interrogée par la présidente, Michèle Agi, sur sa déclaration lors de l’ouverture du procès en appel. « Si un délit a été commis – et tout le monde semble le dire –, je veux bien l’entendre. Mais nous n’avions aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit lorsqu’en 2004, 2009 puis 2014 nous avons embauché nos propres assistants puis mutualisé ces assistants », a-t-elle affirmé. Cela marque un changement de stratégie de défense, ressemblant à un aveu concernant la réalité du dossier. Selon le Rassemblement national, si un délit a bien été commis, c’est que le Parlement européen, partie civile au procès, n’a pas joué son « rôle d’alerte » relatif aux contrats problématiques.
En ce qui concerne la mutualisation des assistants parlementaires (travaillant pour plusieurs eurodéputés), Marine Le Pen déclare ce mardi : « Il y a eu un défaut de renseignement ou un défaut de recherche de notre part […] mais le Parlement européen ne pouvait pas l’ignorer ». Et que dire des guides des règles du Parlement européen remis aux élus de Strasbourg, interroge la présidente ? « Cela fait 150 pages, c’est quelque chose de considérable, nous ne nous sommes jamais posé la question, et le Parlement européen ne nous a jamais alertés… », évacue la députée d’Hénin-Beaumont.
Un mail accablant
La présidente déroule les éléments du dossier. Marine Le Pen écoute, les mains posées sur le pupitre, et balaie chaque accusation. « Tout ça est un tissu de mensonges », répète-t-elle à plusieurs reprises. Les déclarations des trois anciens eurodéputés FN, Jean-Luc Schaffhauser, Aymeric Chauprade et Sophie Montel, qui ont eux-mêmes dénoncé les faits ? Marine Le Pen évoque des personnes en « rupture » ou en « conflit » avec le parti, qui « cherchent à (lui) nuire », comme dans n’importe quel « divorce ». « Plus le niveau est haut, plus les ruptures sont brutales et entraînent des propos qui sont loin de la réalité », soupire Marine Le Pen.
La présidente mentionne ensuite un échange de courriels compromettants entre l’ex eurodéputé FN Jean-Luc Schaffhauser et l’ancien trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just. « Ce que Marine nous demande équivaut à signer pour des emplois fictifs […] On va se faire allumer », écrivait le premier en juin 2014. « Je crois que Marine sait tout cela… », répondait le second. « Je n’ai pas eu connaissance de ces mails, qui ne m’ont pas été transférés. Si j’avais reçu un mail comme ça, je n’y aurais pas répondu avec une telle désinvolture. Jamais de la vie je ne demanderais à un député de prendre des assistants pour travailler pour le Front national », se défend Marine Le Pen.
Mise en difficulté sur le cas Odoul
Après une pause, Michèle Agi intensifie son interrogatoire. La présidente de la cour bombarde de questions la triple candidate à la présidentielle sur le cas de Julien Odoul. Le député RN de l’Yonne, présent dans la salle, a été mis en grande difficulté dans la matinée concernant la réalité de son emploi d’assistant parlementaire d’une eurodéputée FN en 2014-2015. À l’époque, il occupait en parallèle le poste de « conseiller spécial » au cabinet de Marine Le Pen, alors présidente du parti. « Si vous voulez me faire dire que Julien Odoul a travaillé pendant huit heures par jour à mon cabinet, ce n’est pas vrai », lâche l’intéressée. Pourquoi l’avoir recruté à son cabinet alors qu’il était déjà assistant d’une eurodéputée ?
« Je me moque alors de savoir quel est son emploi », esquive Marine Le Pen. La candidate à l’Elysée reste combative, mais semble à plusieurs reprises en difficulté face aux preuves de l’accusation. Elle rejette tantôt la responsabilité sur d’autres figures du mouvement, y compris son père, l’ex-président du FN décédé en 2025. Elle mentionne également l’oubli ou l’incompréhension. « Je cherche seulement à comprendre », s’agace à plusieurs reprises Michèle Agi, face à l’ambiguïté entretenue par l’accusée.
Tout au long de l’interrogatoire, Marine Le Pen s’efforce de contester la notion de « système », mise en lumière par les juges de première instance. « Le terme de »système » me gêne car cela donne l’impression d’une manipulation », dit-elle. Après près de 5 heures de confrontation, la présidente suspend l’audition. Marine Le Pen reviendra demain à 9 heures pour la suite de son interrogatoire.

