France

Procès Athanor : Ancien agent de la DGSE et francs-maçons impliqués dans un réseau criminel

Ce lundi s’ouvre à la cour d’assises de Paris un procès d’ampleur qui va durer plus de trois mois, centré sur une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, accusée de cacher un véritable réseau de criminalité organisée avec 22 hommes aged de 30 à 73 ans accusés de tentatives de meurtre et d’association de malfaiteurs. Daniel Beaulieu, ancien agent des renseignements, a été retrouvé « gisant dans une mare de sang » en janvier 2021 à la maison d’arrêt de Meaux-Chauconin et souffre de diverses blessures.


Ce lundi, un procès de grande envergure débute à la cour d’assises de Paris, et il devrait durer plus de trois mois. Il concerne une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, accusée de dissimuler un véritable réseau de criminalité organisée. Vingt-deux hommes, âgés de 30 à 73 ans, sont inculpés pour tentatives de meurtre, violences aggravées et association de malfaiteurs.

L’affaire débute avec une tentative d’assassinat. Le 24 juillet 2020, deux militaires sont interpellés près du domicile de Marie-Hélène Dini, une coach en entreprise. Ils prétendent avoir été chargés d’éliminer un agent du Mossad pour le compte de l’État français et se disent manipulés. Marie-Hélène Dini n’est pas espionne, mais elle a un ennemi dans le milieu du coaching : Jean-Luc Bagur, collectionneur d’armes et « vénérable maître » de la loge maçonnique Athanor, qui serait un point de rencontre d’un réseau fraternel et criminel aux ramifications multiples.

Pour un montant de « 70.000 euros hors taxes », selon l’enquête, Jean-Luc Bagur, aujourd’hui âgé de 69 ans, confie la mission d’éliminer sa concurrente à un autre « frère », Frédéric Vaglio.

### Une loge maçonnique obscure au cœur de l’affaire

Les deux hommes sont membres de la loge Athanor, basée à Puteaux, dans les Hauts-de-Seine. Athanor – du nom d’un fourneau à combustion lente symbolisant la transformation intérieure – était l’une des 700 loges sous l’obédience de la Grande Loge Alliance Maçonnique Française (GLAMF), fondée en 2012. Elle comptait une vingtaine de membres, dont au moins cinq sont impliqués dans des activités criminelles.

Parmi les accusés, on trouve quatre militaires de la direction générale du renseignement extérieur (DGSE), trois policiers, six chefs d’entreprise, un agent de sécurité, un médecin, une ingénieure… Impliqués à divers niveaux, de la complicité au meurtre, ces individus, âgés de 30 à 73 ans, ont pour la plupart un casier judiciaire vierge.

Trois francs-maçons figurent parmi les instigateurs. Les « missions » sont attribuées à Daniel Beaulieu par l’intermédiaire de Frédéric Vaglio et de Jean-Luc Bagur, le commanditaire. Daniel Beaulieu s’appuie sur son expérience en tant qu’ancien agent des renseignements pour convaincre Sébastien Leroy, chargé, lui-même ou via un réseau, des basses œuvres du trio. Tous les quatre risquent la réclusion criminelle à perpétuité.

Les deux militaires, Carl Esnault et Pierre Bourdin, sont également accusés d’avoir tenté d’assassiner Marie-Hélène Dini, tandis que Yannick Pham est mis en examen pour complicité de tentative de meurtre.

### Plus d’une centaine de crimes et délits découverts

Les « missions » de ce petit réseau criminel, la plupart du temps confiées à Daniel Beaulieu par Frédéric Vaglio, se multiplient : agression et vol d’un ordinateur par un faux livreur de pizzas, incendie d’une voiture, dépôt de rats morts dans un jardin, agression d’un élu du Val-de-Marne…

Le tournant intervient avec l’assassinat de Laurent Pasquali, pilote automobile, en novembre 2018 pour un recouvrement de dettes. Il s’agit de la première mission « homo » – pour homicide – confiée à Sébastien Leroy, qui envoie une photographie du corps déposé dans une forêt en Haute-Loire. Le même Sébastien Leroy avait recruté les deux militaires chargés de l’assassinat de Marie-Hélène Dini.

Convaincu de servir l’État, selon ses dires, il déclare aux enquêteurs avoir été « progressivement manipulé » par Daniel Beaulieu, qui lui a d’abord proposé de « devenir une source », puis un « informateur pour le renseignement intérieur ».

De nombreuses autres affaires apparaissent durant l’enquête, telles que des menaces de mort sur Sylvain Berrios, député et maire LR de Saint-Maur-des-Fossés, cible d’un « faux accident » potentiellement mortel. Un autre élu, Jean-François Le Helloco, est violemment frappé en 2016 avant d’être photographié ensanglanté par ses agresseurs. D’autres projets criminels, comme la neutralisation d’un opposant politique congolais ou l’extorsion d’un milliardaire russe à Monaco, n’ont pas abouti.

Sébastien Leroy évoque lors de sa garde à vue un total possible de 10 à 20 assassinats et mentionne la mort d’un ambassadeur chinois en Israël, tandis que Daniel Beaulieu évalue ce chiffre à « quelques-uns seulement ».

### Une des têtes pensantes mise sous silence ?

Incarcéré après sa garde à vue, Daniel Beaulieu, ancien agent des renseignements devenu consultant en intelligence économique, est retrouvé « gisant dans une mare de sang » par une surveillante dans sa cellule, en janvier 2021, à la maison d’arrêt de Meaux-Chauconin.

À 66 ans à l’époque, cet homme n’a plus de souvenirs de ce qui s’est passé « en raison de ses blessures et de son coma », souffrant d’un traumatisme crânien, lombaire et cervical. Des expertises sont ordonnées pour évaluer sa capacité à suivre l’audience. Aujourd’hui âgé de 72 ans, Daniel Beaulieu, en fauteuil roulant, peut réfléchir, mais souffre de troubles de la concentration.