Pourquoi les vêtements de sport stylés ne sont-ils pas abordables ?
Le business des vêtements de sport est estimé à environ 235 milliards de dollars en 2026 et pourrait avoisiner les 402 milliards d’ici 2034. Le premier magasin parisien de la marque Alo devrait ouvrir au 92 Avenue des Champs-Élysées dans quelques semaines, bien que son inauguration ne soit prévue que pour 2026.
Alors que les grandes villes regorgent de studios de sport à la mode, les amateurs de fitness doivent non seulement trouver la motivation pour s’entraîner, mais aussi réfléchir à leur tenue. Il est donc fréquent que certains dépensent une somme conséquente, notamment lorsque l’abonnement à la salle de sport ne représente pas la totalité de leurs frais. Les vêtements de sport tendance peuvent coûter très cher : entre 100 et 120 euros pour un legging chez Lululemon, 80 euros pour un sweat Gymshark et près de 88 euros pour une brassière de la marque très prisée Alo Yoga.
Ces prix peuvent être difficiles à assumer, surtout lorsqu’un jean de bonne qualité coûte deux fois moins cher. Selon les derniers chiffres, le marché des vêtements de sport est évalué à environ 235 milliards de dollars en 2026 et pourrait atteindre près de 402 milliards d’ici 2034. Les marques promettent des produits dits « techniques » et révolutionnaires, mais cela suffit-il vraiment à justifier une telle augmentation des prix ?
## Un legging comme signe d’appartenance
Dans quelques semaines, le premier magasin parisien de la marque Alo devrait ouvrir au 92 Avenue des Champs-Élysées. Son inauguration est attendue avec impatience par les fans, à tel point qu’une incompréhension a eu lieu. Dès qu’elle a appris la nouvelle, la créatrice de contenu Marie Barrault s’est précipitée à l’adresse indiquée, pour réaliser que l’ouverture n’était pas prévue avant 2026. Cet incident illustre l’attente très forte autour de cette marque en France. Au fil des ans, Alo, Lululemon et Aybl se sont imposés comme des références premium incontournables. Pourtant, leurs produits n’ont rien de révolutionnaire, comme l’explique Luca Gallaccio, créateur de contenu et spécialiste de la mode masculine : « pour ces marques, la marge est énorme, d’autant plus que les matières utilisées sont souvent du type industriel pétrolier, c’est-à-dire du plastique. Et on n’est pas sur une technicité incroyable sur les produits de la marque Alo par exemple. Alors que d’autres marques comme Arcteryx proposent une vraie technicité. » Il ajoute que « l’on paie clairement du plastique, le prix n’est pas du tout justifié. Cela sert à financer le marketing. »
Ces marques mettent en avant des célébrités en tant qu’égéries et consommatrices, des figures prisées par la génération Z comme Bella Hadid, Kendall et Kylie Jenner ou encore Gigi Hadid, qui possèdent toutes des ensembles dans leur garde-robe. Porter un ensemble à plus de 200 euros serait devenu un moyen de se sentir partie intégrante d’une communauté. Ce besoin d’appartenance est souligné par l’experte mode, qui explique : « Je pense qu’ils essaient de créer une communauté et comme les femmes portent tous les jours des leggings et des brassières, il faut aussi afficher son style d’une certaine manière. » Ainsi, le « quiet luxury athleisure » s’affiche, où un logo sobre signifie « je prends soin de moi et j’ai les moyens ». Les consommateurs acceptent de payer pour le mélange confort, fonctionnalité et prestige de la marque, érigeant ces pièces au rang de symboles sociaux. Cependant, ces articles ne sont pas durables et nécessiteront des achats réguliers. « L’efficacité de ces pièces ne s’étend pas sur plusieurs années. Même sur l’élasticité de certains produits pour les tenues de yoga, beaucoup de femmes les changent assez souvent car ils se détendent, » analyse Luca Gallaccio.
## S’assumer à tout prix ?
Les grandes marques de mode sportive ont également compris qu’en 2026, leurs clients cherchent à porter leurs leggings au-delà de la salle de sport. Ce style qui restait cantonné aux vestiaires s’est transformé en véritable mode de vie, porté pour un brunch entre amis, à la maison ou lors de séances de shopping en ville. Les marques proposent ainsi un confort chic et polyvalent. « Ce qui m’étonne, c’est de voir de nombreuses femmes porter leur tenue de sport dans la ville, en assumant pleinement ce look, » remarque Sophie Malagola. Aujourd’hui, les styles sont plus affirmés et chaque marque répond à des attentes variées des clients. Si les leggings envahissaient les cours de yoga ou de Pilates, ils sont progressivement remplacés par des pantalons évasés, ainsi que par « de grands joggings bouffants, ou en toile parachute, ou en vrai molleton, portés avec un haut un peu court, ou très ample mais resserré à la manière des années 80, » juge la styliste, qui observe les tendances dans sa salle de sport.
Cependant, il n’est pas nécessaire de débourser une fortune pour être stylé en pratiquant des squats. Le marché des imitations abordables et des marques accessibles offre des alternatives proches du haut de gamme sans atteindre des prix exorbitants. L’experte en mode évoque la marque espagnole Oysho : « Il existe aussi des marques qui restent accessibles et qui continuent à bien se positionner. Par exemple, avec un legging à 35 euros chez Oysho, face à un prix de 100 euros chez Lululemon, il est légitime de se questionner sur son achat. Ils disposent de magasins attractifs et leur qualité est très bonne. On peut les laver plusieurs fois par semaine sans qu’ils ne se déforment, » conclut Sophie Malagola.

