Nikos Aliagas présente « La photo, un choc sur le temps » au Musée de l’Homme
Nikos Aliagas a rencontré le public au Musée de l’Homme, à Paris, début avril pour tourner le numéro de « Scope ! », l’émission de 20 Minutes TV, alors que son exposition « Les grands âges » sera accessible dès ce mercredi et jusqu’au 3 janvier. Les photographies exposées invitent les visiteurs à réfléchir sur le vieillissement et les relations intergénérationnelles à travers des portraits de personnes de plus de 65 ans.
« Je ne te cache pas que je ressens un stress plus important que lorsque je me trouve face aux caméras d’un plateau de variété, avec un décompte dans l’oreille. Dans ces cas-là, j’ai une idée de la manière dont cela va se dérouler. En revanche, avec une exposition, l’incertitude est totale », confie Nikos Aliagas, rencontré au Musée de l’Homme à Paris début avril, pour le tournage d’un numéro de « Scope ! », l’émission de 20 Minutes TV où il sera prochainement l’invité.
Cet entretien convivial a eu lieu en pleine préparation de son exposition « Les grands âges », accessible au public dès ce mercredi et jusqu’au 3 janvier. Les portraits en noir et blanc de personnes âgées de plus de 65 ans, qu’elles soient célèbres ou anonymes, invitent les visiteurs à réfléchir sur le temps qui passe, le vieillissement, les liens intergénérationnels et la façon dont nous considérons nos aînés. Ces œuvres révèlent aussi la sensibilité artistique de Nikos Aliagas, que le public, habitué à le voir en tant qu’animateur, découvrira sous un autre jour.
**Comment as-tu collaboré avec le biodémographe et spécialiste du divertissement Samuel Pavard pour la conception de cette exposition ?**
Nous avons tenu de nombreuses réunions pour déterminer si nous partagions une approche commune, moi derrière l’appareil photo et lui en tant que scientifique. Ce sont les émotions et l’affect qui nous ont réunis. Nous avons tous deux côtoyé des personnes âgées souhaitant partager leurs récits de vie. Samuel, en adoptant une méthodologie différente, et moi, en me concentrant davantage sur le ressenti, même si j’ai souvent amené à parler les personnes que je photographiais ; parfois, cela se fait sans mots. J’ai appris énormément avec Samuel et, par exemple, je lui ai montré dans un Ehpad comment j’abordais une personne de 103 ans sans la considérer comme un dinosaure. C’est crucial d’échanger, car dans son esprit, elle pourrait se sentir âgée de 30 ou 40 ans. Il ne faut pas se laisser impressionner par ce que l’on pense voir. Le grand âge représente une forme de résistance, mais c’est surtout une densité de vie, un témoignage.
**Photographier des personnes âgées est un exercice particulier ?**
Certes. Cela nécessite du dialogue et une tendresse sincère. Nous avons tous un ancêtre vieux. Le grand âge nous offre un temps de réflexion. Ainsi, on ne doit pas voir quelqu’un avec l’idée « Oh, voilà une personne âgée », mais plutôt comme quelqu’un qui vous rappelle que vous pouvez vivre de nombreuses existences et que votre visage témoigne de votre parcours de vie, à un moment où l’on cherche souvent à dissimuler cela.
**Quel est ton rapport au vieillissement ? Es-tu serein ou éprouves-tu de l’angoisse ?**
J’ai surtout peur de ne pas vieillir. Certains âges avancés peuvent être plus compliqués que d’autres : si le corps faillit ou si on souffre… Cependant, vieillir, c’est également avoir l’opportunité de témoigner, de passer le flambeau, de transmettre. Vieillir ne signifie pas être bon pour l’oubli ou coupable de quelque chose simplement parce que l’on a pris de l’âge ou que des rides sont apparues. Dire systématiquement : « J’ai toujours la jeunesse d’un homme de 30 ou 20 ans ! », c’est parfois absurde. Il est important d’être en phase avec l’époque et avec le temps que l’on représente. Il ne faut pas craindre le temps, mais plutôt ne pas comprendre le passage du temps.
**Quand la photographie est-elle entrée dans ta vie ?**
Lorsque j’ai découvert des photos de mes ancêtres, sérieux, car à cette époque-là, les gens ne souriaient pas sur les images. La photographie n’avait pas la même fonction sociale. J’ai voulu comprendre qui ils étaient. J’ai saisi qu’il s’agissait de mes proches, mais à une époque où ils étaient jeunes. Pour moi, la photographie a été un choc face à la temporalité et le fil du temps. Elle évoque la finitude et la fragilité. « Cela signifie qu’il était jeune, mon grand-père ? Ça veut dire qu’il vieillit ? Ça veut dire qu’il va mourir ? » Oui. « Et mon père ? » Oui. « Et moi aussi ? » Oui. Ainsi, je ne photographie pas pour arrêter le temps, mais pour comprendre ce qui passe. Je photographie pour affirmer : « Je me souviens ». Ce ne sont pas juste des souvenirs : je me souviens et c’est par ce souvenir que je prends en compte mon vivant pour demain. Je m’efforce d’aligner ma démarche et d’apprendre.
**Chaque exposition que tu as présentée depuis quinze ans a-t-elle été une validation ?**
Je ne recherche pas cela, mais un partage intime. Quand tu vois une personne passer une demi-heure à essayer de comprendre une photo, émue, qui peut lui rappeler ses propres proches et accéder à une partie intime de elle-même, tu te dis que cela a valu le coup. À ce moment, je ne me mets pas en avant. Lors de ma première grande exposition à la Conciergerie, « Nikos Aliagas, Corps et âmes », en 2016, je me cachais. Une dame est venue me voir : « Ne te cache pas ! Je t’ai vu, maintenant je sais qui tu es. » Je lui ai répondu : « Vraiment ? Mais je n’apparais pas sur les photos. » Elle m’a dit : « Justement, je sais que tu es bien plus que ce que tu penses. » Au départ, on ne peut pas l’anticiper. La manière dont tu observes les gens et la société derrière ton objectif peuvent souvent en dire plus que des mots prononcés devant un micro.
**On te voit sur le plateau de « The Voice » ou « Star Academy » en train de prendre des photos…**
C’est surtout pour m’amuser.
**Ces images révèlent-elles une autre dimension de Nikos Aliagas ?**
Je ne sais pas, étant souvent prises avec mon téléphone. C’est principalement pour montrer une autre perspective. Par exemple, lorsque Marine est sur le plateau de « Star Academy », brandissant son trophée, cela permet de voir le moment de l’intérieur. Il y a quelque chose de plus authentique quand tu es dans l’action.
**C’est le journaliste qui ressurgit…**
Je ne peux pas m’en empêcher. Parfois, je me dis : « Arrête, tu en fais trop » et je m’autocensure. C’est pour ne pas perdre le contact avec le téléspectateur. On ne doit pas se détourner de celui ou celle qui regarde. Il ne faut pas que cela devienne de l’autosatisfaction.
**Penses-tu à la retraite ?**
Peut-être une retraite spirituelle… C’est une question. J’ai 57 ans…
**Une carrière à la Michel Drucker ?**
Michel Drucker, c’est une carrière exceptionnelle, unique en son genre. Michel est un grand. Les temps évoluent, la télévision a changé. Dans un avenir proche, tu pourrais voir un clone me remplacer, et tu ne sauras plus faire la différence entre un animateur réel et une création d’intelligence artificielle.
**Penses-tu que les animateurs seront remplacés par l’IA à la télévision, même pour les grandes émissions ?**
Assurément ! On pourra prendre un animateur d’aujourd’hui et le faire présenter une émission des années 1970, vêtu comme à l’époque, avec la coupe de cheveux correspondante. On verra la sueur sur son front, la texture de sa peau… Aujourd’hui, c’est réalisable. Donc, si cela peut m’aider à prendre ma retraite sans trop de souci sur les plateaux, qu’ils envoient mon clone, il s’en chargera.
**D’autant plus si le salaire suit ?**
En effet, mais c’est une autre histoire. Je viens d’une famille modeste et j’ai toujours travaillé ; je suis un fils de travailleurs. Chaque opportunité qui se présentait après ma condition sociale devait être nécessairement meilleure, car cela a été difficile. Mes parents n’étaient guère séduits par l’idée de « je vais faire cela pour gagner tant ». Cela ne fonctionne pas ainsi. Si tu cours après le succès ou l’argent, cela ne te mènera nulle part. Poursuis ce qui te rend heureux et tu ne comptabiliseras pas. Si tu ne comptes pas, l’autre le ressentira.
Je ne suis pas un homme d’argent. Je travaille surtout pour subvenir aux besoins de ma famille et de celles qui m’entourent, et également parce que, en fin de compte, ce métier, qui est des plus particuliers, te garde vivant. Tu as assisté à de nombreuses émissions, tu sais que c’est une dynamique unique, une vibration très particulière. Le poids du temps qui passe disparaît sur un plateau de télévision. Tu ne le ressens plus. J’ai souvent débarqué avec des douleurs, mais lorsque je suis devant la caméra, je ne les sens plus.
La retraite, je ne vais pas te répéter des banalités, du genre « On vieillit lorsqu’on ne désire plus rien ». C’est vrai. Si je suis encore pertinent, pour moi et pour les autres, il n’y a pas de problème à continuer à être à l’antenne. En revanche, si je ne le suis pas et que je m’accroche pour paraître encore dans le coup, ce serait triste.

