Municipales 2026 : un maire des Yvelines divise en agressant sa compagne
Edgard Moulin a été réélu à Saint-Ellier-les-Bois dans l’Orne le dimanche 15 mars malgré sa mise en examen pour viol, recours habituel à la prostitution de mineurs et détention d’images pédopornographiques. Laurent Brosse, maire sortant de Conflans-Sainte-Honorine, a obtenu au premier tour des élections municipales du 15 mars 33,18 % des voix malgré une condamnation à une peine de dix mois de prison avec sursis pour tentative d’agression sexuelle, violences et harcèlement.
« Il faut séparer l’homme du politique… » C’est sans doute ce que se sont dit les électeurs qui ont réélu Edgard Moulin, à Saint-Ellier-les-Bois dans l’Orne, le dimanche 15 mars, malgré sa mise en examen pour viol, son recours habituel à la prostitution de mineurs et la détention d’images pédopornographiques. De nombreux candidats faisant face à la justice pour des affaires de mœurs ont obtenu de bons résultats au premier tour des élections municipales de ce dimanche 15 mars.
C’est le cas de Laurent Brosse, maire sortant de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), arrivé en tête au premier tour avec 33,18 %, malgré sa condamnation par la Cour d’appel de Versailles en décembre dernier à dix mois de prison avec sursis, ainsi qu’à deux ans de sursis probatoire, pour tentative d’agression sexuelle, violences et harcèlement sur son ex-conjointe.
Dans cette ville de plus de 36 000 habitants, située à 25 kilomètres au nord-ouest de Paris, la candidature du maire divers droite (ayant perdu le soutien du parti Horizons pour cette élection) divise la population. Assis devant le marché de la Fonderie ce mercredi, Alain, 71 ans, dont 65 passés à la « capitale de la batellerie », s’indigne : « Ce n’est pas normal, oui les gens disent que la vie privée est différente de la politique. Mais il n’a pas grillé un feu rouge là. Il doit montrer l’exemple. » Il fait allusion à une première condamnation de l’élu de 40 ans en octobre 2022 pour refus d’obtempérer et rébellion après un contrôle routier. « J’ai participé au dépouillement du bureau de Jules-Ferry. Sur ma table, sur 200 enveloppes, 50 étaient des bulletins Brosse… J’étais sans voix. » Il est d’autant plus « scié » que tous les gens qu’il croise se disent choqués par leur maire. « Il semblerait que dans le secret de l’isoloir, la nature des gens se révèle », souffle-t-il.
Pendant qu’il parle, un autre homme s’approche. Lui aussi s’appelle Alain et salue chaleureusement son homonyme en lui tendant un flyer du comité de quartier Romagné-Renouveau dont il est membre. Lui aussi se dit scandalisé : « On ne peut pas ignorer de tels faits. Le maire est quand même officier de la police judiciaire. C’est même plus qu’un devoir d’exemple. Je ne comprends pas qu’on puisse se représenter après ça alors que plein de métiers requièrent un casier vierge. »
C’est également la position de l’association Mouv’Enfants, qui a lancé une pétition en ligne demandant le retrait de Laurent Brosse et 15 autres candidats ayant des cas similaires, réunissant déjà plus de 150 000 signatures. « On ne peut que demander de l’exemplarité sur ces sujets de la part d’un élu quand on sait que près de 300 000 femmes sont victimes de violences chaque année », explique à 20 Minutes Arnaud Gallais, président de l’association. Bien qu’il ait tenté de joindre Laurent Brosse pour lui proposer de se saisir de ce sujet comme un acte de repentance, il a reçu en réponse « un blocage total sur les réseaux sociaux ».
« Son rôle est de protéger ses administrés. Comment lui faire confiance alors même qu’il a agressé sa propre compagne ! » Joséphine, se promenant avec une amie et ses enfants au parc municipal, partage son indignation. Alors qu’elle s’exprime devant le club de tennis, un homme lui lance : « Il ne faut pas tout mélanger. C’est sa vie privée, il n’a pas d’inéligibilité », sans vouloir donner plus de détails. Joséphine répond sans tarder : « On ne parle pas d’un artisan, là. Il s’est engagé dans la vie publique, pour l’intérêt de tous. Il a l’obligation d’être irréprochable sur certaines questions. Si demain, il y a des affaires similaires dans la ville à gérer, il va compatir peut-être ? Je ne comprends même pas comment les femmes de sa liste font pour se regarder dans une glace. »
Si les colistiers de Laurent Brosse n’ont pas voulu s’exprimer sur ce sujet, l’une d’entre elles, ayant choisi de demeurer anonyme, avait déclaré à l’AFP après la condamnation du maire : « Pour les femmes de la liste spécifiquement, si nous avons choisi de le soutenir, c’est que nous avons complètement confiance. »
Une opinion qui indigne Manon Coléou, candidate LFI à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine (7,81 %), à l’origine d’une opération « coup de poing » en janvier lors d’un conseil municipal pour dénoncer le maire condamné : « Il parle de sécurité en permanence et veut mettre des caméras de vidéosurveillance partout. Mais à quel moment on se dit qu’une personne inscrite au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais) peut assurer la sécurité de ses administrés si ce n’est la culture du viol ? De plus, il nuit à l’image de la ville. »
C’est aussi l’avis de Mireille, 79 ans, revenant de ses courses avec son caddie. Elle nous confie sa « honte » avec un sourire gêné : « Quand je vois ça. Je n’ai pas l’impression d’être représentée. Je ne comprends pas ceux qui votent pour lui. Après l’affaire de l’instituteur (Samuel Paty, tué à Conflans-Sainte-Honorine en 2020), nous devrions être vigilants face à la violence. Je n’ai plus l’impression d’être à ma place ici. »
Pour ses partisans, la politique de la ville prime sur la vie privée du maire. Bertrand, un de ses soutiens, parle avec un ami attablé à une terrasse devant la Seine après une sortie à vélo : « Il a eu un moment de faiblesse, il paie sa dette à la société et basta. Le reste ça ne me regarde pas. Je ne suis pas dans sa chambre à coucher et je ne veux pas y être. » Selon lui, la politique de la ville est ce qui compte le plus. Son ami rétorque qu’il n’est pas d’accord, expliquant : « J’ai voté pour lui en 2020. J’ai les mêmes idées politiques, mais il y a des limites. J’ai des principes. J’ai voté blanc et je le referai dimanche. »
Ce dimanche, Laurent Brosse sera opposé à deux candidats : l’écologiste Raphaël Prats (16,22 %), qui a fusionné sa liste avec celle des socialistes (13,33 %) et des macronistes (12,34 %), et la candidate du Rassemblement national, Emmanuelle Fortin (11,73 %).
Contacté par 20 Minutes, Laurent Brosse n’a pas souhaité répondre à nos demandes.
*Les prénoms ont été modifiés.*

