Municipales 2026 : Béziers, élections les plus à droite avec RN et Robert Ménard ?
Robert Ménard brigue un troisième mandat successif aux élections de 2026 et sera opposé à Julien Gabarron du Rassemblement national. Selon les dernières estimations, Robert Ménard raflerait 61 % des voix dès le premier tour, tandis que Julien Gabarron ne récolterait que 10 % des voix.

De notre envoyé spécial à Béziers,
Maire de Béziers depuis 2014, Robert Ménard a une longue expérience en politique. En 2026, alors qu’il vise un troisième mandat consécutif, il fait face à un concurrent du Rassemblement national, Julien Gabarron, ce qui constitue une première pour lui. Auparavant, le parti de Marine Le Pen faisait partie de ses listes électorales. Malgré ce changement, le vote local ne semble pas très affecté par cette division de l’extrême droite biterroise. Les dernières estimations indiquent que Robert Ménard pourrait obtenir 61 % des voix au premier tour, l’un des plus grands succès à l’échelle nationale, tandis que Julien Gabarron ne recueillerait que 10 % des suffrages.
Ce qui signifie que l’extrême droite totaliserait, en cumulant les votes, 71 % dans la ville, faisant de Béziers l’une des communes les plus à droite de France. À ce sujet, Robert Ménard commente une « gauche écartée et quasiment éradiquée dans la région ». À part Montpellier, qui reste le dernier bastion du PS, toutes les grandes villes du Languedoc-Roussillon, y compris Béziers, Perpignan, Narbonne, Nîmes, Sète et Carcassonne, sont contrôlées par la droite ou l’extrême droite. Le candidat à sa propre succession déroule alors le discours habituel sur les « deux France en politique » qui s’opposent. D’un côté, les grandes villes où « LFI et la gauche arrivent à exister », et de l’autre, « une autre France, souvent oubliée, qui n’aime pas qu’on se moque de son accent, une France terrienne, qui défend des traditions, qui apprécie le rugby et la corrida… »
« Appelez-le comme vous voulez, c’est un bon maire »
Laurent, actuellement au chômage, déguste une bière en terrasse et nous invite à partager son verre pour illustrer la convivialité de la ville. « Rien ne vaut un bon Picon pour défaire les idées reçues », affirme-t-il. « À Béziers, on ne mange pas les enfants et on ne part pas en croisade contre les musulmans. On vote Ménard pour ce qu’il fait pour la ville, pas pour son étiquette politique. RN, extrême droite, appelez-le comme vous voulez, c’est un bon maire. » La rénovation du centre-ville est souvent citée comme un succès visuel, même reconnu par l’opposition. Cela pousse Ménard à avoir de grandes ambitions, lui qui n’hésite pas à proposer des projets audacieux, comme un Béziers inspiré de l’Antiquité.
Il ne fait aucun doute que cela suscitera encore des discussions dans le pays concernant sa nouvelle initiative ménardienne. Mais Kévin, un maçon, n’est pas trop inquiet pour l’image de la ville. « Je pense que Ménard nous fait plus de bien que de mal. Les clichés sur les fachos, c’est plutôt au Nord, à Lyon ou à Nice. Ici, les touristes viennent pour la mer, pas pour nos bulletins de vote. Tant qu’on a la Méditerranée, on pourra voter ce qu’on veut, les Parisiens nous laisseront tranquilles. »
Face à une extrême droite massive, la gauche désunie
Dans cette perspective d’un échec électoral annoncé, la droite a choisi de ne présenter aucun candidat. Seules trois autres listes ont osé se lancer, dont celle de Thierry Mathieu, qui a préféré ne se rattacher à aucune étiquette. Ainsi, seule la gauche se présente comme opposition identifiable. Une union sacrée a été tentée, rassemblant huit partis sur une même liste (Les Écologistes, Parti socialiste, Parti communiste, Parti radical de gauche, Place publique, Génération.s, L’Après, Partit occitan). Thierry Antoine, qui mène ce Printemps de Béziers, admet avoir réalisé un « gros effort collectif » entre différents « partis très divers ». « Certaines discussions ont fait trembler les murs. »
Face à l’extrême droite, il n’y a pas d’autre choix, selon lui, surtout face à un adversaire de cette envergure. « C’est une ville pauvre, où le populisme, l’absence de nuances et le discours « Nous contre eux » sont forcément attractifs. » Béziers étant une ville âgée, « le côté « vu à la télé » est plus efficace ici qu’ailleurs. Plus que l’extrême droite, c’est son omniprésence médiatique qui constitue une force. » C’est ainsi que Thierry Antoine identifie le problème Ménard : beaucoup de tapage, de strass et d’apparence, mais peu de résultats. « Oui, il a embelli Béziers, mais la ville reste économiquement moribonde. Ça ne sert à rien de refaire 20 fois la carrosserie d’une voiture si elle n’a pas de moteur. »
Une absence notoire, celle de LFI. Les deux listes se renvoient la responsabilité de la non-union. Pour Thierry Antoine, il s’agit d’« une consigne nationale de LFI, au détriment du bon sens local ». De son côté, David Ocard, le candidat insoumis, parle d’« une association de petits partis » qui a agi dans leur dos et n’a pas voulu d’eux en tête de liste.
« La gauche a des discours à mille lieues des réalités »
Ensemble, les listes de gauche ne représentent que 20 % du vote (12 % pour Thierry Antoine et 8 % pour David Ocard) selon les sondages. Mais pour la première fois dans l’histoire biterroise, la gauche n’est pas en duel exclusif, et chaque liste souhaite croire que la désunion de l’extrême droite va créer des opportunités. « Je pense que les sondages sont trop favorables à Ménard, et que les deux listes d’extrême droite vont se nuire mutuellement. À nous de tirer notre épingle du jeu », espère Magali Crozier, cheffe de file insoumise. Elle a déjà expérimenté une situation semblable lors des législatives, où elle s’est frayé un chemin entre Emmanuelle Ménard et Julien Gabarron au second tour, bien que ce dernier ait finalement remporté l’élection.
Ainsi, Robert Ménard n’est pas inquiet, convaincu que ses adversaires manquent leur cible. « La gauche a des discours à mille lieues des réalités et des aspirations des Biterrois. » Selon lui, elle se serait plusieurs fois ridiculisée en s’opposant à ses projets « les plus populaires ». La crèche, souvent critiquée pour atteinte à la laïcité ? « Elle a attiré 65.000 visiteurs. » La féria, jugée trop catholique et traditionnelle ? « 1,2 million de personnes. » Son refus de marier une personne en situation d’OQTF, une décision controversée ? « Mon choix est soutenu par 80 % de la commune. »
« C’est à Robert Ménard de se positionner face au RN »
Après avoir parcouru la ville pendant des heures, nous avons effectivement rencontré une Biterroise qui vote à gauche, une espèce plus rare qu’un ours polaire dans le Sahara ou une bonne pâtisserie en Angleterre. Jade déclare « qu’elle ne donnera jamais son bulletin à l’extrême droite », pleinement consciente qu’elle représente un animal politique en voie de disparition ici. « Même unie, la gauche n’avait aucune chance. Donc, en deux listes… C’est beau de parler de printemps, mais rien ne pousse ici. »
Preuve qu’il est difficile d’échapper à l’extrême droite à Béziers, le local du candidat RN est situé à quelques pas du camp de base du Printemps de Béziers. « C’est à Robert Ménard de se positionner face à nous, c’est lui qui nous a quittés », ironise Julien Gabarron, qui affirme qu’à Béziers, comme ailleurs en France, le RN représente le nouveau phare politique. Même face à Ménard, « sans doute le maire le plus difficile à battre du pays », le député trouve normal de se présenter. « Le Rassemblement national se doit d’avoir un candidat ici, comme dans des centaines de communes en France, surtout dans une région qui devient l’un de nos bastions. »
Loin de ces manœuvres politiques, Laurent termine sa bière et lance avec ironie : « Gaza, la laïcité, c’est important, mais ici, il y a de vrais problèmes. Oh, ne nous en voulez pas trop, les Parisiens. À Béziers, on ne peut pas avoir à la fois les montagnes, la mer et la gauche. Ça ferait trop de beauté d’un coup, vous comprenez. »

