Mort de Quentin Deranque : Relations entre La France insoumise et la Jeune Garde ?
Après l’agression mortelle de Quentin Deranque lors d’une conférence à Sciences Po Lyon, plusieurs responsables politiques ont interrogé les liens entre La France insoumise et le mouvement de la Jeune Garde. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a suspendu les « droits d’accès » de Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, en raison de son implication présumée dans cette agression.
La France insoumise traverse une période difficile. Suite au décès de Quentin Deranque, gravement agressé jeudi dernier lors d’une conférence organisée par l’eurodéputée insoumise Rima Hassan à Sciences Po Lyon, plusieurs figures politiques ont pointé du doigt le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Dès lundi matin, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a évoqué sur France inter le mouvement « antifasciste » de la Jeune Garde, mis en cause par de nombreux témoignages dans cette affaire. Il a également dénoncé ses « liens extrêmement forts » avec La France insoumise. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a souligné la « responsabilité morale » de LFI face au « climat de violence » dans le débat politique, y compris ses « liens avérés et assumés avec des groupes d’ultragauche extrêmement violents ».
La Jeune Garde a été fondée à Lyon en 2018 par Raphaël Arnault. Ce mouvement se présente comme une « réaction d’autodéfense » contre des mouvances d’extrême droite violentes à Lyon. D’autres groupes locaux se sont formés dans des villes comme Paris, Strasbourg, Lille ou Montpellier, employant le même slogan : « Face à l’extrême droite, riposte immédiate ». Les relations avec la direction insoumise se sont renforcées en juin 2023, lorsque Jean-Luc Mélenchon a participé au camp d’été du mouvement « antifasciste », accompagné de Manuel Bombard et Sébastien Delogu, comme l’atteste une photo publiée sur leur compte Instagram.
Un an plus tard, Raphaël Arnault a été désigné par La France insoumise pour se présenter aux législatives dans le Vaucluse. L’investiture de ce candidat « fiché S » a suscité la controverse, même au sein de la gauche locale. Cependant, le jeune militant, élu sous l’étiquette du Nouveau Front populaire face au RN, a été fermement défendu par les figures LFI. « Nous sommes fiers d’avoir avec nous Raphaël Arnault parce qu’il lutte contre les fascistes », s’est réjoui Jean-Luc Mélenchon. Malgré cela, ce nouveau visage de La France insoumise est fréquemment critiqué par ses opposants, notamment depuis sa condamnation définitive pour « violences volontaires en réunion » en mars 2025, comme le rapporte Le Figaro.
Lors d’un live sur la chaîne Twitch de Cass_Andre, Raphaël Arnault a relaté : « Les premières discussions, c’était, »racontez-nous ce que vous faites, comment ça peut nous être utile, et inversement, comment nous, on peut vous aider ». Le député du Vaucluse a exprimé sa satisfaction de conserver « une autonomie » vis-à-vis du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Les responsables insoumis ont fréquemment montré leur soutien au mouvement « antifasciste », notamment lors de l’engagement d’une procédure de dissolution en avril 2025, sous le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau.
Jean-Luc Mélenchon a déclaré lors d’un meeting le 30 avril 2025 : « C’est une organisation alliée, liée au mouvement insoumis […] Ont-ils fait une seule fois l’apologie de la violence ? Jamais ! J’en parle avec passion car ce sont mes jeunes camarades ! Je leur donne raison », ajoutant qu’il appelait tous les insoumis à « se grouper derrière la bannière de la Jeune Garde » pour le défilé du 1er mai.
Bien que la dissolution de la Jeune Garde ait été prononcée en juin 2025, le groupe insoumis à l’Assemblée nationale n’a pas abandonné son allié. Mercredi dernier, il a encore appelé le gouvernement à « abandonner sa procédure de dissolution » dans un communiqué, alors qu’un recours (finalement reporté) devait se tenir devant le Conseil d’Etat. Les élus LFI ont souligné : « Nous le disons fièrement : la Jeune Garde est essentielle justement parce qu’elle a pour mission depuis sa création de lutter contre l’extrême droite, contre des groupes fascistes et néonazis de plus en plus violents partout en France ».
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a annoncé lundi la suspension des « droits d’accès » de Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, afin d’éviter un « trouble à l’ordre public » au palais Bourbon. Elle a justifié cette décision en indiquant que son nom était « cité par plusieurs témoins » dans l’agression mortelle du jeune militant nationaliste Quentin Deranque. L’intéressé a formellement démenti, par le biais de son avocat, toute responsabilité dans ce drame et a annoncé qu’il se retirait de ses fonctions de collaborateur « durant le temps de l’enquête ».
Des membres de la Jeune Garde sont-ils sous enquête ? « Quand on aura interpellé les gens, on va vous en dire plus sur leur appartenance », a rétorqué le procureur de Lyon lors d’une conférence de presse, soulignant qu’il souhaitait se fonder « non pas sur des rumeurs, mais sur des éléments » d’investigation. Dans un communiqué publié dimanche, la Jeune Garde a déclaré qu’elle ne « saurait être tenue pour responsable des tragiques événements ayant eu lieu à Lyon le jeudi 12 février ». La France Insoumise a également condamné les violences survenues à Lyon. Contacté par 20 Minutes, Raphaël Arnault n’a pas répondu à nos sollicitations.

