France

Mort de Quentin Deranque : « On s’organise pour ne pas être visibles » avant l’hommage à Lyon

Samedi, une marche pourrait rassembler entre 2.000 et 3.000 personnes dans le 7e arrondissement de Lyon, en hommage à Quentin Deranque, militant nationaliste mortellement agressé la semaine dernière. La famille de Quentin Deranque a appelé « au calme et à la retenue » et a indiqué qu’ils ne participeraient pas à la marche.

« On a prévu qu’elle change de vêtements. Et même qu’elle aille dormir ailleurs si besoin. » Quelques mètres de la place Jean-Jaurès, dans le 7e arrondissement de Lyon, Bérénice anticipe. Samedi, une marche en hommage à Quentin Deranque, militant nationaliste mortellement agressé la semaine précédente, pourrait rassembler entre 2.000 et 3.000 personnes, selon une source proche du dossier. Cette marche a notamment été relayée dans des réseaux nationalistes et d’extrême droite, et plusieurs groupes radicaux d’Europe pourraient y participer, toujours d’après la même source. Dans le quartier, l’inquiétude monte.

« Ça crée un véritable sentiment d’insécurité. Pour un couple de femmes lesbiennes, on peut se sentir ciblées », confie la jeune femme. Elle ne sera pas à Lyon le jour du rassemblement, mais elle a conseillé à sa compagne d’adopter une tenue « plus neutre » et a envisagé une solution de repli. « On s’organise pour ne pas être visibles », assure-t-elle.

Une soirée LGBTQIA + annulée après des « menaces »

« Événement annulé. Cause ? Menaces fascistes. » Jeudi, dans une publication sur Instagram, les associations Le Bon Queer et Aimel + ont annoncé l’annulation de leur soirée LGBTQIA +. « Pas par manque d’envie ou de courage, mais parce que des groupes d’extrême droite ont menacé de transformer une soirée de joie, de danse et de solidarité en scène de violence », écrivent-elles dans leur communiqué.

Aimel +, qui accueille des personnes LGBT+ migrantes et exilées, déclare néanmoins : « On ne cède pas, on se relève. » Cette association n’est pas la seule à « être inquiète ». Depuis l’annonce de l’hommage à Quentin Deranque, des appels à « faire attention » circulent, recommandant d’éviter la Guillotière, la place Jean-Jaurès et le centre-ville samedi après-midi et en soirée, notamment pour les personnes susceptibles de subir des actes racistes ou homophobes.

Les élus demandent l’interdiction de la marche et une pétition lancée

Face aux inquiétudes, la maire du 7e arrondissement, Fanny Dubot, et le maire de Lyon, Grégory Doucet, ont demandé à la préfecture d’interdire la marche. « Une marche est légitime lorsqu’on a perdu un proche. Ce n’est pas ça le sujet, souligne l’élue. Ce qui me préoccupe, c’est que cet appel tourne dans des réseaux à l’international. On craint que cette marche déborde et mette en péril la sécurité du quartier. » Elle ajoute : « Le 7e a été très secoué ces derniers jours. Rajouter une marche d’une telle ampleur ne contribue pas à l’apaisement général. »

Ce sentiment est partagé par de nombreuses personnes. Une pétition a été lancée par le média Lyon Insurrection pour demander l’interdiction de la marche. Elle a recueilli plus de 10.000 signatures en moins de 24 heures. « Cette marche dépasse la seule mémoire d’une personne et prend l’allure d’une démonstration de force préoccupante », estime-t-il. « Quand des réseaux militants se déplacent à l’échelle nationale ou européenne, cela correspond souvent à une stratégie de visibilité et d’affirmation idéologique dans l’espace public. Le risque de violences, en particulier avant et après la marche, est extrêmement élevé. Les groupes d’extrême droite ne cachent pas leur désir de vengeance, et certains, comme Luminis, présents ce samedi à Lyon, glorifient ouvertement la « lutte à mort » de leur camarade Quentin Deranque », observe-t-il.

Le collectif appelle toutefois à la prudence face aux rumeurs de contre-manifestation, considérant qu’une confrontation directe exposerait inutilement les participants à des « groupes armés et organisés ».

Dans le quartier, entre émotion et incompréhension

Rue Victor-Lagrange, là où le jeune homme de 23 ans a été agressé mortellement, des fleurs ont été déposées. Sur place, des messages politiques sont apparus : « LFI tue », peut-on lire sur un mur. Bien qu’il ait été recouvert, on peut encore deviner un « Justice pour Quentin » et « Fuck AFA [Antifa] ». Sur un poteau électrique, une feuille affiche : « Hommage à Quentin, ni oubli, ni pardon ». Une habitante, ayant déposé des fleurs samedi, confie : « J’ai été touchée parce qu’un jeune a été tué à 100 m de chez moi. »

Les lieux où Quentin Deranque s'est fait agressé à Lyon.
Les lieux où Quentin Deranque s’est fait agressé à Lyon. - E. Martin / 20 Minutes

Malgré son émotion, elle ne se rendra pas à la marche. Selon une source proche du dossier, celle-ci pourrait partir de la place Jean-Jaurès et se terminer dans cette rue. La riveraine espère « qu’elle ne sera pas maintenue ». « Faire venir des milliers de personnes ici, je ne comprends pas », affirme-t-elle, en partant.

D’autres habitants du quartier estiment quant à eux qu’il est « normal » d’organiser quelque chose pour « le jeune ». « Il n’y a pas plus d’angoisse que d’habitude dans le coin », assure une passante, en rentrant chez elle. Le même discours se fait entendre dans un bar du quartier. Les clients échangent à ce sujet « car on n’entend parler que de cette affaire », lancent-ils. Selon eux, la marche aura bien lieu samedi. « Il y aura juste beaucoup plus de policiers que d’habitude », affirme le gérant de l’établissement.

La famille appelle au calme

Jeudi, la famille de Quentin Deranque a appelé « au calme et à la retenue » et dénonce « toute forme de violence politique ». Sur BFM, Bastien Brajon, l’avocat des proches de la victime, a précisé qu’ils ne participeraient pas à la marche et souhaitent que les personnes présentes s’y rendent « dans le calme », « dans la retenue » et « sans expression politique ».

Aliette Espieux, coorganisatrice de la marche et ex-porte parole de la Marche pour la vie, avait indiqué à France Info que cet hommage allait « permettre à certaines personnes de manifester leur colère et leur désir de justice ». Elle a ajouté : « Après, s’il n’y a pas la justice qui est faite ou si elle est rendue impossible à cause du délai pris par la justice, on passera de la colère à la vengeance. » Contactée par 20 Minutes, elle n’avait pas répondu aux sollicitations à la publication de cet article.

A la veille de l’événement, dans le 7e arrondissement (et ailleurs), beaucoup attendent désormais la décision de la préfecture, qui devrait être annoncée dans la journée.