« Le tribunal, ça fait trop peur » : des jeunes en prison pour saisir la justice
Les étudiantes en BTS du lycée Saint-Martin visitent l’ancienne prison Jacques Cartier de Rennes ce mercredi matin, un lieu où l’association Champs de justice sensibilise aux rouages de la justice. Selon les données du ministère de la Justice, 87.126 personnes étaient incarcérées au 1er mars 2026 pour 63.353 places.
Lorsque les étudiantes en BTS du lycée Saint-Martin ont franchi l’épaisse porte bleue menant à l’ancienne prison Jacques Cartier de Rennes, elles n’ont pas été réellement surprises. Habituées aux séries télévisées, elles s’attendaient à ce décor austère, dissimulé derrière de hauts murs et des barbelés. « C’est très grand. C’est vrai que voir tous les étages au-dessus de nous, avec les cellules alignées, ça fait bizarre. C’est vraiment froid et délabré », témoigne Léonie, 21 ans. « Moi, je trouve ça un peu glauque. C’est neutre, on dirait qu’il n’y a pas de vie », ajoute Juliette, 20 ans.
Ces deux jeunes femmes font partie d’un petit groupe qui visite ce mercredi matin l’ancienne prison Jacques Cartier. C’est ici que l’association Champs de justice accueille des lycéens et des étudiants pour les sensibiliser aux mécanismes de la justice. L’ancienne prison, particulièrement vétuste lors de sa fermeture en 2010, sert de décor ultra-réaliste pour aborder les multiples aspects de cette administration qui suscite à la fois l’espoir d’être protégé et la crainte d’être condamné.
« Quand les gens arrivent en prison, souvent, ils sont un peu sonnés par leur condamnation. Ils ne posent pas trop de questions », raconte Yves Bidet, directeur de la prison de 1994 à 2000. Un ancien surveillant devenu formateur relate le quotidien derrière les barreaux. « Aujourd’hui, les prisons sont beaucoup plus modernes. Il y a la télévision, des consoles, des douches en cellule. Les conditions se sont nettement améliorées. S’il n’y avait pas une telle surpopulation, les conditions de vie ne seraient pas désagréables », estime cet agent qui préfère garder l’anonymat. Cependant, selon les données du ministère de la Justice, 87.126 personnes étaient incarcérées au 1er mars 2026 pour 63.353 places. Près de 7.000 personnes dorment chaque jour sur un matelas au sol. Un record historique. Et l’un des pires chiffres en Europe.

L’objectif de l’association est de mettre un terme aux clichés, souvent influencés par les séries télévisées. « On essaie de préparer les gens à l’éventualité d’être un jour confrontés à la justice, qu’ils sachent s’orienter si un jour ils doivent y faire face », témoigne Olivier Paugam, trésorier de l’association Champs de justice. À ses côtés, Cécile Cora, bénévole, ajoute : « Notre idée, c’est de vulgariser, de démystifier. De raconter ce que cela représente quand on est victime ou quand on est détenu. »
« Je me suis sentie protégée »
Dans le groupe d’étudiantes présentes ce matin-là, certaines ont déjà eu des expériences avec la justice. Victime des violences de son père, Clélia a dû témoigner, une expérience qui lui a glacé le sang. « Le tribunal, ça fait trop peur, on ne sait pas ce qu’il va se passer. Je ne savais pas comment m’en sortir. » Sa psychologue a su trouver les mots pour la rassurer. « Je me suis sentie protégée par la justice. J’ai eu une décision exceptionnelle. Mais c’est une sensation étrange car la décision ne t’appartient pas. On décide pour toi », raconte la jeune femme.
Son amie Juliette conserve pour sa part un souvenir plus amer de sa confrontation avec la justice. « Mon père a été plusieurs fois jugé. Moi, je n’ai pas eu l’impression que la justice était juste. J’ai l’impression que tu n’es pas toujours condamné à la hauteur de ce que tu as fait », glisse-t-elle.

Lors de cette matinée immersive, les étudiantes n’ont pas seulement observé les couloirs et les cellules. Elles ont également assisté à un procès fictif, à de fausses gardes à vue, et rencontré des professionnels du milieu : de futurs avocats, une agente des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP), un ancien de la police judiciaire… « Au moins, on découvre comment ça se passe. On apprend », estime Florine, 22 ans. Une chose est sûre : elle ne veut surtout jamais finir en prison. « Ce sont les délinquants qu’il faut y mettre. »

