France

« Le témoignage de Laëtitia R. sur son viol et torture »

Laëtitia R. a témoigné devant la cour d’assises de Digne-les-Bains sur les violences qu’elle a subies de la part de son ex-compagnon, Guillaume Bucci, entre 2015 et 2022. Elle a déclaré être aujourd’hui âgée de 42 ans et handicapée à hauteur de 50 à 80 %.


D’un pas hésitant, Laëtitia R. quitte le banc des parties civiles pour se rendre à la barre de la cour d’assises de Digne-les-Bains. Elle évite le regard de Guillaume Bucci, son ancien compagnon accusé de viols aggravés, d’actes de torture et de barbarie, ainsi que de proxénétisme aggravé à son encontre entre 2015 et 2022. Âgée de 42 ans, la mère de famille est résolue à contrecarrer l’idée véhiculée par la défense selon laquelle ces pratiques extrêmes étaient totalement consenties, dans le cadre de jeux sexuels sadomasochistes.

Depuis le lundi précédent, la cour d’assises explore chaque jour un peu plus une relation marquée par une emprise extrême. « Petit à petit, j’avais l’impression de mourir à l’intérieur. À chaque pratique imposée, il y avait une partie de moi qui se brisait définitivement », raconte Laëtitia R, vêtue d’un pantalon et d’une veste noires légèrement rayées de blanc, avec une bague chapelet à son index. Lors de sa rencontre avec Guillaume Bucci, directeur d’agence bancaire à Manosque, celui-ci lui propose de lui faire découvrir le sadomasochisme. Elle envisage un scénario semblable à celui de « Fifty Shades of Grey », incluant des fessées ou des liens pour l’attacher, mais la réalité est bien différente.

Dans une salle d’audience bondée, Laëtitia R. narre l’inimaginable. Elle décrit la violence inouïe, les relations zoophiles et scatophiles, ainsi que les centaines d’hommes dont elle a été livrée. L’emprise et la terreur la hantent. « Quand je lui disais non, il y avait des menaces et des violences. J’ai très vite compris qu’il mettait ses menaces à exécution », témoigne-t-elle à la barre. Elle relate des strangulations jusqu’à la perte de connaissance, accompagnées de menaces très explicites : « Aujourd’hui tu te réveilles, mais la prochaine fois tu ne te réveilleras pas. »

Laëtitia R. se sentait « terrorisée », surtout que Guillaume Bucci, passionné de chasse, possédait de nombreuses armes. Selon ses dires, presque tout était prétexte à un déchaînement de violences, même des erreurs commises par les enfants. « Et quand je les défendais, c’était pire. » Elle finit par ne plus s’opposer.

Pour anticiper les questions de la défense, Laëtitia R. choisit de s’expliquer sur des messages laissant penser qu’elle appréciait cette relation sadomasochiste. « J’ai pu dire « oui, j’aime ça », pour survivre. Car les moments où il voit que j’adhère, il lâche un peu la pression, j’ai moins de coups. Je me disais : « Une fois de plus, une fois de moins, ça ne changera rien. » » Avec des sanglots dans la voix, elle évoque un mécanisme de survie : « je ne regardais jamais en arrière ce qui m’était arrivé. Je me répétais : « aujourd’hui je suis vivante, demain on verra. » »

Chaque jour depuis le début du procès, Guillaume Bucci secoue la tête, manifestant son désaccord. Il enlève ses lunettes, se frotte les yeux, reprend son attention et lève parfois les bras lorsque ses avocats soulèvent ce qu’il considère être une contradiction de la victime.

Laëtitia R., aujourd’hui handicapée à 50 à 80 %, exprime sa « honte » et son sentiment de culpabilité « de ne pas avoir su se défendre ». Après un peu plus d’une heure, elle vacille, et rester debout devient un défi pour elle. « Ça va aller ? », demande la présidente de la cour, Estelle Lassaussois, en lui apportant une chaise.

Cette relation a mené à sa « destruction psychique », selon le psychiatre qui l’a évaluée. Elle confie sans détour que si elle « n’avait pas ses enfants, elle ne serait plus là aujourd’hui ». Elle complémente : « la nuit, je regardais à quelle heure passait le premier train du matin pour me jeter dessous. » Actuellement, Laëtitia tente de se reconstruire, seule avec ses quatre enfants, dont les trois plus âgés sont venus la soutenir. Elle ne veut plus entendre parler des hommes, en qui elle n’a « plus confiance ».

« Je peux être en train de faire des haricots verts et d’un coup j’ai des souvenirs de violences ou d’actes sexuels que j’ai subis. Et mes enfants me voient d’un coup me décomposer. J’essaie de faire bonne figure », témoigne-t-elle.

Dans le public, des larmes sont visibles et des nez se mouchent nerveusement. Le verdict sera rendu ce samedi. L’accusé risque la réclusion criminelle à perpétuité.