Joël Guerriau s’excuse en procès, mais déplore que Sandrine Josso « n’ait rien montré »
Joël Guerriau est accusé par la députée Sandrine Josso de l’avoir droguée à son insu le soir du 14 novembre 2023. Il admet avoir oublié de laver un verre contenant de la drogue qu’il avait prévue pour lui, tout en affirmant ne jamais avoir eu de « mauvaise intention » envers Sandrine Josso.

Au tribunal correctionnel de Paris,
Joël Guerriau, ancien sénateur Horizons de Loire-Atlantique, fait face à des accusations sérieuses. La députée de la même région, Sandrine Josso, l’accuse de l’avoir droguée à son insu le 14 novembre 2023. À la barre, vêtu de manière sobre, il commence par présenter des excuses : « La seule déclaration que je voudrais faire, c’est que je suis désolé pour Sandrine, je n’ai jamais voulu lui faire du mal, c’est très difficile à accepter, j’espère qu’elle me pardonnera. »
Lors de son interrogatoire par le président du tribunal, Thierry Donard, Joël Guerriau essaie de naviguer entre le repentir et le rejet de la responsabilité sur sa collègue. Ce soir-là, Sandrine Josso, accueillie dans une « tenue inhabituelle », tente de garder contenance, malgré des symptômes qui la submergent : tremblements, palpitations, nausées.
Sandrine Josso s’est « sentie partir »
La députée a ingéré une dose de MDMA, bien supérieure à la normale pour une prise récréative. Bien qu’elle ne comprenne pas l’origine de ses symptômes, elle se rend compte progressivement qu’un danger la guette. Venant pour célébrer sa réélection, elle se rend compte qu’elle est confrontée à un agresseur. Affolée à l’idée d’être piégée, elle quitte l’appartement dans un état préoccupant, déclarant même dans un taxi qu’elle « va mourir », tout en étant à un mètre de son accusateur.
« Je regrette qu’elle ne l’ait pas exprimé. J’aurais réagi immédiatement, mais elle ne m’a rien montré. Je n’ai strictement rien vu. Il n’y avait rien dans son comportement qui le montrait », se défend Joël Guerriau. Il insiste sur le fait que cette dose était initialement destinée à lui. Provenant d’un autre sénateur dont il garde le nom secret, il dit ne rien connaître des effets de cette drogue dérivée de l’ecstasy.
Conseillée pour ses crises d’angoisse lors de la campagne électorale, il a voulu l’essayer. Quelques jours ou une semaine avant les faits, il admet ne plus se souvenir précisément de la chronologie, étant « dans une situation catastrophée » durant son audition.
« La soirée se passait normalement pour moi »
Aujourd’hui âgé de 68 ans, Joël Guerriau reconnaît avoir été conscient, au cours de la soirée, qu’une des flûtes de champagne contenait de la drogue. Il aurait oublié de nettoyer le verre dans lequel il avait prévu de prendre la dose. Il assure ne pas savoir quelle flûte était contaminée, espérant « par lâcheté » que c’était la sienne, tout en surveillant le comportement de sa convive, par précaution
À aucun moment, cependant, il n’informe Sandrine Josso, sa complice amicale. « Vous êtes face à cette femme, vous vous dites potentiellement dans une coupe il y a de la drogue, à aucun moment, alors que vous êtes sénateur, que la loi vous l’avez bien en tête, vous faites le choix de lui dire ? », interroge le président. « Sandrine ne manifestait rien, elle ne m’a pas interpellé, la soirée se passait normalement pour moi », répond-il, tout en se disant « responsable ».
Des « tours de magie »
D’autres aspects soulèvent des doutes, notamment lorsque Joël Guerriau, réélu sénateur, joue avec les lumières de l’appartement. Sandrine Josso raconte que, pendant la soirée, il allumait les lumières très fort, pour les réduire puis les rallumer, une attitude jugée suspecte, sachant que de telles variations peuvent intensifier les effets de la drogue. Joël Guerriau se défend en affirmant qu’il voulait créer une ambiance spéciale pour ses tours de magie. D’ailleurs, le sachet plastique qu’il aurait eu en mains au moment de resservir le champagne contenait, selon lui, des accessoires pour ses illusions, bien qu’un sachet rempli de MDMA ait été retrouvé dans le tiroir indiqué par la victime.
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Pour Joël Guerriau, un « magicien, c’est quelqu’un qui essaie de transmettre un moment de divertissement et de bonheur ». Pendant cette soirée de deux heures, il affirme qu’il voulait offrir un moment agréable à Sandrine Josso. En entendant ce récit, cette dernière, assise avec ses avocats, se prend parfois la tête entre les mains, son menton sur sa paume, attentive aux explications de Joël Guerriau. Elle reste stoïque, même quand le prévenu, comparant libre, valide son engagement sur la question de la soumission chimique, la qualifiant de « très bonne chose ».
Des recherches Internet sur le GHB
Concernant ses recherches sur le GHB, « GHB effet lendemain, effet combien de temps, point de vente GHB, acheter GHB », Joël Guerriau précise qu’il les a effectuées car il trouve « épouvantable que quelqu’un puisse être victime de ce genre d’attaque sans même en avoir conscience ». En tant que « parlementaire », il estime devoir s’informer.
Malgré son droit au silence, Joël Guerriau répond à presque toutes les questions. Une seule demeure en suspens : ses visionnages de vidéos pornographiques. « Il y a des choses que je pourrais vous dire qu’à vous, entre hommes », avait-il averti face au président, entouré de deux assesseures. La journée se termine comme elle a commencé, par des excuses de la part du prévenu. « Je me sens comme un apprenti sorcier qui a touché à un truc qu’il ne connaissait pas. J’ai reconnu ma faute, je sais ce que j’ai fait. J’étais quelqu’un d’autre, j’étais perdu », déclare-t-il en sanglotant, tout en maintenant qu’il n’a jamais eu de « mauvaise intention » envers son « amie ».

