Inclusivité, religion et consentement : définition d’une « romance halal » ?
En 2023, les Français ont acheté plus de 6 millions d’ouvrages d’un des genres de la romance, soit une hausse de + 106 %. LK Imany a déclaré que la « romance halal » désigne une histoire où « deux personnages musulmans respectent les règles pour se courtiser en respectant les valeurs de l’islam. »
On peut facilement penser en lisant le titre de cet article que seule la viande peut être halal. Pourtant, dans l’islam, ce terme désigne ce qui est « permis » selon la religion. Cela ne concerne pas seulement l’alimentation, mais aussi les règles de vie en général, y compris les relations amoureuses. Pour écrire des romans d’amour, des autrices musulmanes françaises et principalement anglophones se sont ainsi tournées vers des histoires d’amour « halal », permettant à toutes et à tous de lire et de s’évader.
Dans *Nous, malgré tout* (Scrineo), l’autrice LK Imany décrit l’histoire d’Amina, une jeune femme qui vient de s’installer à Grenoble pour ses études, et qui rencontre Yahya, un jeune auteur noir passionné et sensible.
### Plus inclusif et respectueux ?
Vous avez probablement vu le terme sur TikTok ou Instagram ces derniers mois. « Romance halal », « halal romance »… Mais que signifie-t-il exactement ? Entre pudeur, valeurs religieuses et désir d’inclusivité, LK Imany, qui vient de publier son dernier livre, précise que ce terme fait référence à une histoire où « deux personnages musulmans respectent les règles pour se courtiser tout en respectant les valeurs de l’islam. » Elle ajoute qu’il n’y aura pas de « relation charnelle avant le mariage » et que, si une relation amoureuse débute, il faut mettre en place un cadre islamique. « À la fin, si tout le monde est consentant, on va vers le mariage. » Ce genre rencontre un grand succès auprès des jeunes lectrices, y compris celles qui ne sont pas musulmanes. En effet, la « romance halal » est avant tout une histoire d’amour sans « smut » (sexe), comme le disent les initiés.
Ce genre est accessible aux jeunes lecteurs sans qu’ils craignent de tomber sur un langage trop explicite. « Beaucoup de gens m’ont dit, ‘je vais le lire avec mon ado ou je vais pouvoir partager ce livre avec ma sœur ou le faire lire à mon fils’ », se réjouit l’autrice. « Mon livre peut être un support pour aborder les relations amoureuses dès le collège, car il parle de consentement, de connaître l’autre et de devenir un soutien, » estime LK Imany.
La « romance halal » permet alors d’atteindre un public bien plus large que la romance traditionnelle. En 2023, plus de 6 millions de livres appartenant à un genre de la romance ont été achetés par les Français, soit une augmentation de + 106 %. De plus, en 2024, 30 des 100 romans les plus vendus en France étaient de cette catégorie. « J’ai écrit pour l’Imany ado, confie l’autrice, qui avoue écrire sous pseudonyme, mais aussi pour que la génération actuelle puisse grandir avec d’autres modèles. L’idée n’est pas de tout jeter à la poubelle et de n’avoir que de la ‘halal romance’, mais que les jeunes aient accès à du choix. » Un discours inclusif émanant de l’autrice.
### Un marché difficile à rejoindre
Cependant, LK Imany reconnaît que son parcours vers les librairies ne ressemble pas à une belle histoire d’amour comme celles qu’elle aime raconter. Elle a été confrontée à des « retours d’envoi de manuscrits, qui étaient racistes et islamophobes », confie-t-elle. Après une brève carrière dans un cabinet d’architecture où elle a « souffert de racisme et de sexisme », son aventure artistique a débuté par le dessin. « Je réalisais des illustrations et écrivais des recueils, mais je n’arrivais pas à me faire publier », se remémore-t-elle, elle qui vit dans le sud de la France. « J’ai participé à un concours d’écriture pour de la fantaisie dans une grande maison d’édition et j’ai reçu des retours compliqués. J’ai alors tenté de rejoindre le marché anglophone, où j’écris aussi en anglais, car le marché de la ‘romance halal’ y est beaucoup plus développé. »
Avec le temps, elle a rencontré une éditrice séduite par son travail d’illustratrice, qui lui a proposé d’imaginer des histoires en lien avec ses dessins. Aujourd’hui, cette mère de famille rencontre un incroyable succès grâce à ses vidéos sur les réseaux sociaux et au bouche-à-oreille.
Lors du Festival du Livres de Paris, son nouveau projet *Nous, malgré tout* s’est vendu entièrement, « acheté par des personnes blanches, asiatiques, noires, afrodescendantes, nord-africaines, ainsi que par des personnes portant un hijab et d’autres ne le portant pas, sans oublier des personnes queers. Une grande diversité était présente, et c’était vraiment très agréable. » conclut avec un sourire l’autrice de « romance halal ».

