« Gisèle Pelicot publie ses mémoires : un modèle à suivre »
Gisèle Pelicot raconte son histoire dans ses mémoires, qui paraissent ce mardi, et évoque les viols organisés par son ex-mari et le procès historique d’Avignon. Le livre, intitulé « Et la joie de vivre », sortira le 17 février dans 22 langues, dont l’anglais, l’allemand ou l’espagnol, avec un tirage de 150.000 exemplaires par Flammarion.
Pour la première fois, Gisèle Pelicot partage son histoire, celle qui l’a élevée au rang de figure emblématique de la lutte contre les violences sexuelles. Ses mémoires, publiées ce mardi, détaillent les viols commis par son ex-mari ainsi que le procès historique qui s’est tenu à Avignon. Voici les cinq points essentiels à retenir de cet ouvrage.
**Le vrai visage d’un « super mec »**
*Et la joie de vivre* (Flammarion) commence le 2 novembre 2020, lorsque Gisèle et son mari Dominique Pelicot sont convoqués au commissariat de Carpentras, près de leur domicile à Mazan, dans le Vaucluse. Lors de son interrogatoire, Gisèle décrit son époux comme étant « bienveillant, attentionné. Un super mec ».
Cependant, quelques minutes plus tard, son univers s’effondre lorsqu’elle apprend qu’il l’avait « violée et fait violer par des inconnus pendant des années ». « Ma tête hurlait que non, non, ce n’était pas moi, ce n’était pas lui », se remémore-t-elle. Le livre alterne ainsi des chapitres qui narrent son long parcours personnel, familial et judiciaire jusqu’au procès, et d’autres où Gisèle évoque sa vie antérieure, ainsi que sa famille, notamment sa grand-mère et sa mère, qu’elle a perdue à l’âge de 9 ans.
**La volonté de « comprendre »**
Tout au long de son ouvrage, Gisèle Pelicot réaffirme sa volonté de « comprendre la descente aux enfers » que son ex-mari lui a fait subir à partir des années 2010, sans qu’elle en ait conscience, étant sous sédatifs lors des viols. Elle décrit le « gosse amoché » ayant grandi « à l’ombre du tyran paternel » et « des larmes continues de sa mère ».
Elle relate également ses difficultés professionnelles qui ont failli conduire la famille à la banqueroute, face à des huissiers. Le livre explique comment, en 2017, « la cadence des viols s’est accélérée », Dominique Pelicot se trouvant alors « pleinement connecté aux pires types, aux pires fantasmes, loin, si loin, du jeune électricien doux et timide » qu’elle avait rencontré en 1971.
Le jour où le tribunal a condamné le père de ses trois enfants à la peine maximale de 20 ans de réclusion, « je n’ai ressenti ni joie ni peine. C’était fait », se souvient-elle. Elle exprime maintenant son désir de lui rendre visite en prison, « même si tant de gens » le lui « déconseillent ». « Cette visite ne sera pas un cadeau, pas une faiblesse, ce sera un adieu, une étape indispensable à ma reconstruction », écrit-elle.
**Une histoire collective**
Gisèle Pelicot évoque l’émotion intense qu’elle a ressentie lorsque des femmes l’ont applaudie à l’extérieur du tribunal d’Avignon : « J’ai senti leur chaleur, leur émotion, leur fragilité se nouer à la mienne. […] Cette foule m’a sauvée. » Elle prend alors conscience que cette histoire ne lui « appartient plus totalement ». « Elle a réveillé une douleur muette et profonde, montée de la nuit des temps. Elle a provoqué une magnifique secousse tellurique », résume-t-elle.
Dans l’émission *La Grande Librairie* sur France 5, elle affirme que ce procès a permis de « parler de la soumission chimique », qualifier d’« outil de violence, de domination masculine », soulignant qu’il est urgent d’« alerter [à ce sujet] ». « Je voudrais que cette histoire serve aux autres, qu’une femme qui se lèvera le matin, qui ne se souviendra pas de ce qu’elle a fait la veille, s’interrogera et se dira « tiens, ça me rappelle le procès Pelicot » », a-t-elle déclaré mercredi soir.
**Un message d’espoir**
Comme l’indique le titre, Gisèle Pelicot n’a pas souhaité écrire « un livre de victime ». « Je suis heureuse d’offrir mon histoire en exemple et mon prénom en étendard », mais elle précise « je ne me suis jamais sentie une icône ».
« Je resterai celle que je suis, sans haine, incapable d’opposer les hommes aux femmes car, je le crois, nous sommes faits pour vivre ensemble », déclare Gisèle Pelicot, qui aspire à « profiter de la vie » avec son nouveau compagnon sur l’île de Ré. « Je suis cette femme ordinaire, qui s’est opposée au huis clos : c’est ça, Gisèle Pelicot », a-t-elle indiqué dans *La Grande Librairie*.
**Une sortie mondiale**
Le 17 février, *Et la joie de vivre* sera publié en 22 langues, notamment en anglais, allemand et espagnol. Aux États-Unis, le livre s’intitulera *A hymn to life, Shame has to change sides* (Un hymne à la vie, la honte doit changer de camp). En France, l’ouvrage, écrit en collaboration avec la journaliste et romancière Judith Perrignon, bénéficie d’un tirage de 150.000 exemplaires chez Flammarion.
Après avoir présenté son livre à Paris, Gisèle Pelicot se rendra le 20 février à Londres pour s’exprimer sur la scène prestigieuse du Royal Festival Hall, lors d’une soirée spéciale où des extraits de son livre seront lus par les actrices Juliet Stevenson et Kristin Scott Thomas. Elle poursuivra son tour en se rendant à Hambourg, Berlin et Munich en Allemagne, puis à Madrid et Barcelone en Espagne début mars, avant de se rendre en Italie, au Canada et à New York. En France, elle présentera le livre dans plusieurs villes, y compris Aix-en-Provence.

