« Franchement, c’est bon » : le Crous à 1 euro menace-t-il les restos universitaires ?
Une très longue file d’étudiants se presse devant L’Astrolabe, le plus grand restaurant universitaire du campus Beaulieu, à Rennes, alors qu’il est presque 13 heures ce lundi. Depuis ce lundi, tous les étudiants français peuvent bénéficier d’un repas à 1 euro dans les restos U.
« Clairement, nous aurons du mal à être à l’heure en cours. » Il est presque 13 heures ce lundi et une très longue file d’étudiants se forme devant L’Astrolabe, le plus grand restaurant universitaire du campus Beaulieu à Rennes. Tous attendent, espérant pouvoir manger en moins de trente minutes et retourner en cours à temps. « C’est souvent comme ça, mais aujourd’hui, il y a encore plus de monde », témoigne Marie, étudiante en première année. « C’est peut-être à cause du repas à un euro », avance son amie Lola.
Depuis ce lundi, tous les étudiants français peuvent bénéficier d’un repas à 1 euro dans les restos U. C’est une réponse du gouvernement aux demandes insistantes des syndicats de jeunesse qui dénoncent la précarité croissante des étudiants, mais aussi à la pression du Parti socialiste, qui avait réclamé cette avancée en échange de soutien politique.
### Un repas complet coûte 7,87 euros à produire
Ce repas à un euro était jusqu’ici réservé aux seuls étudiants boursiers, les non-boursiers devant débourser 3,30 euros pour un repas complet. « Nous mangeons ici tous les midis de la semaine, donc cela va faire une différence dans mon budget », témoigne Sarah. « Je suis super contente de pouvoir en profiter, mais j’espère que cela ne va pas affecter la qualité. Si c’est pour manger des pâtes tous les midis, autant que je reste chez moi », ajoute Lou, étudiante en master 1.
Les responsables du Crous promettent que cela ne sera pas le cas. « Ce n’est pas parce que le prix change que nous allons transiger sur la qualité. Nous continuerons à proposer du fait maison », assure Jean-Marc Quemener. Le directeur du Crous Bretagne rappelle qu’un repas coûte 7,87 euros à produire et que c’est la dotation de l’État qui finance la différence. Une enveloppe supplémentaire de 50 millions d’euros a été allouée pour étendre le dispositif.
### Des postes en plus, mais…
En Bretagne, plus de trois millions de repas sont servis chaque année dans les 41 établissements de type resto U ou cafétéria. Ce chiffre est voué à augmenter avec la généralisation de l’offre à un euro. Jusqu’où ? « Nous allons avoir une augmentation de la fréquentation chez les non-boursiers, mais nous ignorons dans quelle mesure », concède le directeur régional.
Au niveau national, le Cnous anticipe une hausse de 12 % qui lui sert de repère pour évaluer les besoins en main-d’œuvre. Un peu plus de 200 emplois équivalents temps plein viendront renforcer les 7.500 agents déjà en poste. Sera-t-il suffisant pour gérer la foule ? « Au début, cela ira parce que nous sommes dans une période creuse, mais à la rentrée, cela risque d’être plus compliqué », prédit une agente. « Nous attendons toujours les renforts », glisse une autre. Plusieurs syndicats ont déjà exprimé leurs craintes concernant une dégradation des conditions de travail.
### Un temps d’attente allongé
En Bretagne, sept équivalents temps plein supplémentaires sont attendus, soit potentiellement « 28 CDD » selon le directeur régional. Cependant, ces renforts ne seront disponibles qu’en septembre. « Pour l’instant, nous sommes dans une période plus creuse. Certains étudiants sont en partiels ou en stage. La fréquentation est plus faible. Cela nous permet de nous préparer à absorber la fréquentation de la rentrée », justifie Jean-Marc Quemener.
Alors que plusieurs sites sont déjà saturés le midi, certains étudiants s’inquiètent d’un allongement du temps d’attente lié à l’élargissement du repas à un euro. Habitué du resto U, Hugo explique qu’il lui arrive parfois d’attendre quarante minutes. « Quand je suis avec des amis, ça va, mais si je suis seul, je préfère prendre un sandwich ». « Le prix est imbattable et vraiment bon, et c’est bon pour la santé. Donc on ne va pas se plaindre », tempère son ami Tudi, étudiant en troisième année.
### Le secret ? Venir avant ou après
Le problème principal des restos U de France est que tous les étudiants arrivent à la même heure. « Si tout le monde vient entre 12h15 et 13h15, nous ne pouvons pas y parvenir. Nous conseillons de venir avant ou après, cela réduit le temps d’attente ». Le directeur du Crous Bretagne promeut également l’application Izly, qui permet un règlement plus rapide.
L’autre solution pourrait venir directement des établissements. L’an dernier, le Crous a établi un accord avec l’université de Rennes pour décaler les horaires de cours pendant la fermeture de son plus grand resto U. Toujours dans la file d’attente, Lou indique que certains professeurs permettent à leurs étudiants de sortir plus tôt pour manger. Mais, le plus courant, c’est que quelqu’un fasse la queue pour son groupe d’amis. « Ici, tout le monde le fait », lâche Lola.

