Festival de Cannes 2026 : Antoine Reinartz joue Samuel Paty dans « L’Abandon »
L’Abandon de Vincent Garenq a été présenté Hors Compétition au Festival de Cannes ce mardi. Antoine Reinartz y incarne Samuel Paty, professeur d’Histoire-géographie au collège de Conflans-Sainte-Honorine, assassiné et décapité par un terroriste en 2020.
L’Abandon de Vincent Garenq a été présenté Hors Compétition au Festival de Cannes ce mardi. Ce film saisissant et instructif sans être rébarbatif est sorti en salles en même temps. Antoine Reinartz y interprète Samuel Paty, professeur d’Histoire-géographie au collège de Conflans-Sainte-Honorine, assassiné et décapité par un terroriste en 2020.
L’acteur, remarquable en procureur général dans Anatomie d’une chute de Justine Triet et dans la série Des vivants de François-Xavier Lestrade, apporte une humanité poignante à son personnage. Sans jamais tomber dans l’égocentrisme, il offre une performance pleine de retenue qui souligne d’autant plus le destin tragique de cet enseignant dévoué. L’artiste, également présent dans La Troisième nuit de Daniel Auteuil, projetée à Cannes, a évoqué L’Abandon pour 20 Minutes.
La projection cannoise a-t-elle été riche en émotions ?
« C’était étrange, car normalement, il y a quelque chose de joyeux lorsque l’on vient à Cannes. Mais là, cela ne pouvait pas être léger. Même quand on vient pour un film difficile, il y a une certaine distance qui n’est pas possible ici. Le sujet pèse sur le cinéma. J’ai beaucoup pensé à Samuel et je me suis dit que c’était un bel hommage. Sa sœur, Mickaëlle Paty, m’a confié qu’elle voyait cela plutôt comme le début d’une discussion sur ces sujets lourds. Elle a transformé sa colère en combat tourné vers l’avenir et a déjà contribué à faire évoluer les choses dans l’Éducation nationale. »
Comment avez-vous abordé ce rôle ?
« Ce qui est intéressant, c’est qu’il est vraiment un symbole pour beaucoup, tout en étant désincarné. Le but n’était pas de l’imiter, car seuls ses proches savent vraiment comment il était et on m’a rapidement indiqué que je n’aurais pas accès à sa vie intime, ni à des vidéos de lui. Il fallait surtout éviter le côté ‘papier glacé’. Nous avons été très précis sur tout ce qui concernait le procès, mais j’ai voulu improviser et m’approprier le personnage, particulièrement pour les scènes de cours. »
Vous êtes-vous fait une idée précise de qui il était ?
« Je crois que c’était un professeur tel qu’on les aime. Sa passion pour la connaissance et la transmission est émouvante. Il avait la vocation, aimait son métier et était parfaitement à sa place. Il avait un vrai côté très ‘Éducation nationale’ avec ses petits polos et les blagues qu’il racontait à ses élèves. Le film le rend plus vivant, moins ‘théorique’. Il avait une véritable humilité que j’espère avoir réussi à restituer. »
La famille de Samuel Paty vous a-t-elle épaulé ?
« Je crois que sa famille a validé mon casting. Sa sœur Mickaëlle m’a parlé de son comportement, ce qui m’a été très utile. C’était formidable de bénéficier de son soutien, car la famille souhaite vraiment garder cela pour elle. Ils cherchent un équilibre entre vouloir valoriser ce que représente Samuel et préserver leur intimité. J’ai été très touché lorsque Mickaëlle m’a dit qu’elle avait retrouvé son frère dans le film. »
Avez-vous eu peur d’éventuelles réactions négatives ?
« Pas lors du tournage, où j’étais complètement inconscient. Lorsque la promotion a commencé, j’ai réalisé que les gens sont très sensibles à cette affaire et qu’ils projettent des choses. Certains affirment que le film pourrait être récupéré, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Pour moi, ce dont parle L’Abandon va au-delà du destin de Samuel Paty. On propose de réfléchir à ce qu’est une cabale contre quelqu’un sur les réseaux sociaux et aux conséquences tragiques qui peuvent en découler. »

