Etats-Unis : Le discours de Trump avait-il un aspect dictatorial ?
Mardi, le président américain Donald Trump a donné le plus long discours sur l’état de l’Union de l’histoire des Etats-Unis, d’une durée de 1h47. Selon Jérôme Viala-Gaudefroy, dans ce discours, Donald Trump a donné 70 à 80 % de chiffres faux ou trompeurs, dont 35 à 40 % sont totalement faux.
Sur ce coup-là, Donald Trump est numéro 1. Mardi, le président américain a prononcé le discours sur l’état de l’Union le plus long de l’histoire des États-Unis. Sa durée, 1h47, dépasse de près d’une demi-heure le précédent record, détenu par le démocrate Bill Clinton en 2000. Selon le *New York Times*, les discours de l’état de l’Union de Donald Trump durent en moyenne 107 minutes, contre 74 pour Joe Biden et seulement 37 minutes pour le moins bavard George W. Bush. Cela montre à quel point le locataire de la Maison-Blanche est loquace.
Les grands discours façonnent l’histoire politique. Chez les dictateurs, ils sont souvent longs, parfois très longs. De Joseph Staline, dont certaines interventions duraient deux heures, à Adolf Hitler, connu pour hypnotiser les foules avec ses mots, en passant par Fidel Castro, dont certaines allocutions ont pu atteindre sept heures. Peut-on alors dire que le discours de Donald Trump présente des caractéristiques dictatoriales ? « La longueur du discours n’est pas nécessairement un signe de dérive dictatoriale, mais on perçoit des éléments antidémocratiques », analyse Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine, spécialiste des présidents et auteur de *Les mots de Trump* (Dalloz).
Une mise en scène soignée
Applaudissements, cris d’enthousiasme, haie d’honneur… Lorsque le magnat de l’immobilier s’est présenté devant le Congrès américain, une foule de Républicains s’est pressée pour le toucher ou demander un selfie. À tel point que certains journaux, comme *The Guardian*, ont parlé d’une mise en scène de « monarque médiéval ». Alors que les invités sont généralement présents dans la salle dès le début du discours, il a fait entrer les personnalités une par une comme sur une scène. « Metteur en scène, commentateur, sportif… Il prend plusieurs casquettes », analyse Jérôme Viala-Gaudefroy.
Le président américain est célèbre pour ses logorrhées, si fréquentes qu’elles compliquent la tâche des sténographes de la Maison-Blanche. « A priori, il s’agit de son dernier mandat et il adore être au centre de l’attention. Cela lui permet de remplir l’espace et de contrôler le récit », explique Jérôme Viala-Gaudefroy. Cette mise en scène lui permet aussi de se présenter comme le « sauveur » de l’Amérique. « On est dans un discours religieux, souvent convoqué en politique aux États-Unis, mais ici particulièrement centré sur lui. C’est lui, simplement en étant élu, qui a offert la rédemption aux États-Unis », note l’expert.
Un « test de loyauté »
Au-delà de ce qui approche le culte de la personnalité, renforcé par la tentative d’assassinat dont il a été victime, Donald Trump surveille son camp de plus en plus attentivement. Mardi, durant son discours, tout en parlant, il prêtait attention à ceux qui se levaient et applaudaient. Ou plus précisément à ceux qui ne le faisaient pas. « Vous devriez avoir honte de vous ! », a-t-il aussi vociféré à l’encontre de ceux qui ne l’applaudissaient pas. « C’est une forme de test de loyauté », souligne Jérôme Viala-Gaudefroy.
Lors d’une mise en scène étrange, il a également demandé aux membres du Congrès de se lever s’ils étaient d’accord pour que le gouvernement protège les citoyens « et non les étrangers en situation irrégulière ». Objectif : créer une image forte, selon *The KBS Chronicle* : « d’un côté, ceux qui défendent « l’Amérique », de l’autre, ceux qui la rejettent ouvertement ».
Des affirmations erronées, Donald
Concernant le contenu, le président des États-Unis a continué à déformer – voire à inventer – la réalité. Que ce soit sur le prix de l’essence, les fraudes électorales fantaisistes ou sa déclaration selon laquelle « au cours des neuf derniers mois, aucun étranger en situation irrégulière n’a été admis aux États-Unis », les mensonges se sont multipliés. « Dans ce discours, Donald Trump a avancé 70 à 80 % de chiffres faux ou trompeurs. Parmi eux, 35 à 40 % sont totalement faux. Or, il donne beaucoup de chiffres », souligne Jérôme Viala-Gaudefroy.
Cette tendance à la falsification de la vérité – bien qu’elle ne soit pas nouvelle – « est une marque du populisme et de certaines formes de dictatures, à travers la propagande, même si les États-Unis n’en sont pas là », note-t-il. Comme toutes les dérives politiques, Donald Trump se distingue aussi et surtout par son extrémisme et ses paroles de haine. Le dirigeant a notamment ciblé la communauté somalienne du Minnesota, qualifiée de « pirate » qui « pille » l’État. Derrière le spectacle se trouve un discours dangereux pour les habitants des États-Unis, alors que deux citoyens ont été tués en pleine rue par la police de l’immigration ces deux derniers mois.

