France

Donald Trump critique Léon XIV : est-ce habituel pour un chef d’État ?

Le président américain Donald Trump a critiqué le pape Léon XIV sur son réseau Truth Social, l’accusant d’être « faible face à la criminalité » et d’avoir un jugement « catastrophique » en matière de politique étrangère. En pleine tournée en Afrique, le pape Léon XIV a déclaré qu’il « n’avait pas l’intention d’entrer dans un débat » avec le président américain.


« Je ne suis pas un grand fan du pape Léon XIV ». Ce dimanche, sur son réseau Truth Social, le président américain Donald Trump a exprimé des critiques acerbes à l’encontre du pape. Après avoir ciblé Emmanuel Macron, Keir Starmer ou le régime iranien, le chef de l’Église catholique est désormais dans le viseur du milliardaire républicain.

Trump reproche au pape d’être « faible face à la criminalité » et d’avoir un jugement « catastrophique » concernant la politique étrangère, l’accusant notamment de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien et d’avoir désapprouvé l’opération américaine au Venezuela. Il a également posté une image de lui-même représentant Jésus, générée par intelligence artificielle. En tournée en Afrique, Léon XIV a affirmé qu’il « n’avait pas l’intention d’entrer dans un débat » avec le président américain, en ajoutant : « Je n’ai peur ni de l’administration Trump ni de dire le message de l’Evangile. »

« C’est ahurissant », déclare Bernard Lecomte, journaliste et écrivain, spécialiste du Vatican, qui évoque un « bras de fer d’une dimension inédite » entre les deux hommes. La source de l’agacement de Donald Trump réside dans le fait que le pape Léon XIV continue d’appeler à la paix. « Ce pape est un juriste d’origine : il défend le droit international, indique le spécialiste. Évidemment qu’il fallait s’attendre à ce que tôt ou tard le président Trump comprenne que c’est contre lui et qu’il réagisse à sa façon », souligne Bernard Lecomte. De plus, le fait que Léon XIV soit né à Chicago lui confère une influence particulière sur environ 60 millions d’électeurs américains se déclarant catholiques, comme l’analyse l’auteur de *France-Vatican, deux siècles de guerre secrète* (éd. Perrin).

Ces tensions pourraient s’intensifier, selon Bernard Lecomte, en raison de la tournée « à l’enjeu géopolitique colossal » du pape. « Le pape va sillonner plusieurs pays d’Afrique en expliquant que ce qu’il faut c’est le dialogue, la paix, la fraternité… Toutes ces valeurs qui mettent le président américain en porte-à-faux. »

Bien que l’attaque du président américain soit directe, la papauté a déjà traversé des crises plus graves, rappelle toutefois Christophe Dickès, historien du Vatican. « Il y a une longue tradition de lutte entre le pouvoir temporel, les chefs d’État, et le pouvoir spirituel, le pape », nuance-t-il. Au Moyen Âge, un violent conflit opposait la papauté de Grégoire VII au Saint Empire romain germanique. De plus, aux années 1300, le roi Philippe le Bel avait envoyé des hommes capturer le pape Boniface VIII à Agnani, en Italie. Cinq siècles plus tard, Napoléon III fit de même avec Pie VII. « Même un Saint-Louis a critiqué le pape », illustre l’historien. Bien qu’ils n’avaient pas le style de Trump ni les réseaux sociaux, leur état d’esprit était similaire.

« Pendant la Première Guerre mondiale, le pape Benoît XV était traité de « pape Bosch » par les Français et de « pape pro-Français » par les Allemands », remarque Christophe Dickès, soulignant la position « d’équilibriste » du Vatican, Etat neutre mais à la diplomatie active, pour « préserver les catholiques ». Plus récemment, Jean-Paul II, qui s’était opposé à la guerre en Irak ou à l’idéologie communiste, avait également été critiqué. S’en prendre au pape n’est donc « absolument pas nouveau, mais il y a un effet de loupe en raison des réseaux sociaux et du style de Donald Trump », conclut l’historien.