Cocottes en fonte, charentaises et endives au jambon : les jeunes ne choisissent pas comme leur âge.
En octobre 2025, Miu Miu présente sa collection printemps-été 2026, intégrant des silhouettes inspirées des années 1950 à 70. Une étude menée par GetYourGuide révèle qu’au moins plus de huit Français sur dix se disent prêts à réserver des activités animées par des mamies locales.
Mamie et papi, ces influenceurs méconnus, bien qu’ils peinent parfois à maîtriser WhatsApp (« whatchap », « whaps » ?), parviennent à inspirer les jeunes générations sur les réseaux sociaux. Les hashtags leur étant dédiés se multiplient dans diverses langues, que ce soit pour des recettes culinaires, de la décoration, des loisirs ou de la mode.
Le phénomène du « grandma et grandpa core » est si marquant qu’il fait ressurgir des icônes des décennies 1950 à 1970. Les jeunes adultes, notamment ceux dans la vingtaine et la trentaine, adoptent des pratiques inspirées de leurs aînés en utilisant des cocottes en fonte, des napperons au crochet et des recettes d’autrefois, comme l’explique Vincent Grégoire, tendanceur chez NellyRodi. « C’est un état d’esprit global, et même un mode de vie, qui se retranscrit dans de nombreux domaines. »
La mode ne fait pas exception. En octobre 2025, Miu Miu présente sa collection printemps-été 2026, dévoilant des silhouettes inspirées de lointains souvenirs. On y retrouve des tabliers unis ou à motifs, évoquant l’artisanat et le quotidien des ménagères, qui semblent incarner le summum de la modernité.
C’est un coup de maître qui rappelle que, même si les jeunes sont toujours attirés par la fast-fashion, ils s’orientent également vers la seconde main et le vintage. Selon l’Institut Français de la Mode, la seconde main représente plus de 17 % des achats de vêtements chez les 18-34 ans, contre moins de 4 % chez les 55 ans et plus. « Il y a une forme d’uniformisation, de « sheinisation », « d’ikeaisation » qui fait qu’on a perdu les particularismes. Ça perturbe cette génération qui a aussi besoin de s’identifier à quelque chose de sécurisant », analyse Vincent Grégoire.
À l’automne 2025, Pinterest révèle une augmentation de 550 % des recherches pour les termes « trouvailles de rêve en friperie », confirmant l’intérêt des zoomers et des zillennials pour le rétro vintage. Les « marques oubliées » sont en vogue pour « la qualité des vêtements » et « une volonté d’acheter moins désincarné ». « On banalise beaucoup le vêtement. On l’achète, on le jette… On souhaite désormais y remettre de la charge affective », précise le tendanceur. Cela se manifeste par un retour des icônes vestimentaires de ces décennies passées, comme les mi-bas, les manteaux en fourrure, les pulls sans manches, les jupes mi-longues, les slingbacks et… les culottes de mémère.
En 2026, mamie et papi influencent non seulement la mode, mais aussi d’autres domaines. Pinterest signale une hausse de plus de 1.000 % de l’intérêt pour la cuisine de seconde main. Sur les réseaux sociaux, les anciennes recettes, toujours incarnées par mamie, rencontrent un franc succès, tout comme les éléments de décoration et les loisirs du passé. Vincent Grégoire évoque un retour des cocottes en fonte, de la belle vaisselle, du linge de maison ancien, mais aussi des plats mijotés, des chariots de course, de la poterie, de la couture, de la pétanque, entre autres objets ou activités qui évoquent chez les jeunes une nostalgie pour une époque qu’ils n’ont pas connue, mais qu’ils idéalisent.
C’est ce qu’on appelle une sorte de « newstalgie », comme le qualifie l’expert. « Ça peut venir d’une certaine peur de l’avenir. La jeune génération voit le passé comme une sorte de safe place », explique-t-il. « Cette génération est en quête de sens et de repères, et ces zones de confort symbolisent l’autorité et l’expérience. » Cela pousse les jeunes à vouloir recréer des liens « en revisitant le bon côté du passé », à l’image de Jacquemus qui a choisi sa grand-mère, Liline, comme première ambassadrice de sa marque.
Une étude récente de GetYourGuide révèle également une croissance du « grandma tourism » (« tourisme des grands-mères »). L’idée consiste à offrir des expériences animées par des mamies locales partageant leurs recettes familiales, leurs savoir-faire ou simplement leur histoire. Plus de huit Français sur dix se disent déjà prêts à réserver ce type d’activités.
Plus inattendu, cette mémérisation du mode de vie des jeunes se manifeste également par le retour du petit « chien-chien à sa mémère ». Les teckels, spitz et cockers, ces animaux tenus en laisse avec une touche rétro, deviennent les nouvelles idoles des jeunes. La mode s’y adapte avec des collections, parfois de luxe, pour nos compagnons à quatre pattes, tandis que les podcasts et médias consacrés aux animaux, comme le Bâtard Magazine, gagnent en popularité.
Mamie et papi continuent d’influencer les jeunes. Cela se vérifie avec le hashtag « nonna maxxing », qui connaît un grand succès sur TikTok. Les jeunes s’inspirent cette fois du mode de vie apaisé (et des clichés) de la grand-mère italienne pour vivre mieux et heureux. Une micro-tendance parmi tant d’autres qui témoigne de l’intérêt croissant d’une génération pour ses aînés. Et finalement, les plus jeunes de ces grands-parents, appelés les « quincados », ne passent-ils pas leurs journées à essayer d’imiter leurs cadets ?

