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Caiman de Roubaix : Possession d’un crocodile ou éléphant sous conditions

Bernie Noël, le personnage du film Bernie, joué par Albert Dupontel, expliquait que « Etre ami avec une hyène, c’est plus important que d’être ami avec des vrais amis ». Le caïman à lunettes, retrouvé mort dans le canal de Roubaix il y a une semaine, était sans aucun doute détenu illégalement par son propriétaire, lequel n’a toujours pas été identifié.

«Être ami avec une hyène est plus important que d’être ami avec de vrais amis », affirmait avec sérieux Bernie Noël, un personnage du film Bernie, interprété par Albert Dupontel. En réalité, pourquoi pas ? Bien que l’affaire du caïman de Roubaix illustre parfaitement ce qu’il ne faut pas faire avec un animal sauvage, il est possible pour un particulier de détenir légalement des animaux non-domestiques, y compris des animaux dangereux. Bien sûr, cela nécessite de respecter de nombreuses conditions.

Le caïman à lunettes retrouvé mort dans le canal de Roubaix la semaine dernière était sans aucun doute détenu illégalement par son propriétaire, qui n’a toujours pas été identifié. Si cet individu avait respecté les règles, il ne serait pas recherché par la police et son reptile serait toujours en vie. La « détention d’animaux sauvages en captivité » n’est pas interdite, mais elle est strictement encadrée par les articles L413-1 à 5 du Code de l’environnement et, surtout, par l’arrêté du 8 octobre 2018 et son annexe II.

Certificat de capacité et autorisation d’ouverture

Cette annexe décrit les différentes espèces non-domestiques et les conditions à respecter pour leur détention, que ce soit pour un particulier ou une institution comme un zoo ou un aquarium. « Il existe trois catégories dans cette annexe : les animaux ne nécessitant pas de formalité, ceux nécessitant une déclaration de détention, et ceux pour lesquels un certificat de capacité et une autorisation d’ouverture sont requis », explique Alexis Maillot, vétérinaire et directeur zoologique du zoo d’Amnéville.

Les crocodiliens (alligators, caïmans…), ainsi que les lions, les éléphants ou encore les baleines appartiennent à cette troisième catégorie. Il est donc impératif d’obtenir, en premier lieu, un certificat de capacité. Pour un particulier, cela s’inscrit dans le cadre d’un « élevage à caractère non professionnel ». « La demande est instruite en préfecture par une commission composée d’experts », poursuit Alexis Maillot. Pour avoir une chance de passer devant cette commission, il est nécessaire de posséder un diplôme, de l’expérience dans ce type d’activité et une formation en lien avec l’espèce concernée, comme le précise l’arrêté du 12 décembre 2000.

La réglementation suivante exige également une autorisation d’ouverture. « Celle-ci couvre tout ce qui concerne la zootechnie, c’est-à-dire les infrastructures, ainsi que la sécurité de ces infrastructures », insiste le directeur zoologique d’Amnéville. En d’autres termes, les conditions de détention de l’animal doivent correspondre à ses besoins naturels et garantir qu’il ne subisse pas de maltraitance. « Pour un caïman à lunettes pouvant atteindre 2 m à l’âge adulte, il faut un terrarium d’au moins 20 m², avec un bassin chauffé et filtré, un point chaud dépassant 30 °C, un point plus frais autour de 20 °C, de la lumière naturelle, et des mesures de sécurité pour éviter toute évasion », énumère le vétérinaire.

Des conditions impossibles à réunir pour un particulier

Cette logistique est impressionnante et nécessite des moyens financiers considérables pour un reptile de 2 mètres. Imaginez les exigences pour un lion ou un hippopotame. « En théorie, il est possible de détenir presque n’importe quelle espèce en captivité, même si les conditions sont généralement impossibles à réunir pour un particulier », admet Alexis Maillot. En pratique, cela vaut aussi pour certaines espèces, indépendamment de la taille de l’institution. « Aucun aquarium n’est assez vaste pour accueillir des requins blancs par exemple, c’est techniquement irréalisable », affirme le vétérinaire. Le même constat s’applique aux baleines bleues.

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Enfin, une dernière étape est nécessaire avant de devenir légalement l’ami d’une hyène. « La personne faisant la demande doit prouver sa bonne foi à l’administration et la légalité de l’origine de l’animal », insiste l’expert d’Amnéville. Certificat, facture, provenance… Il est indispensable de démontrer que l’animal ne provient ni du trafic ni du marché noir. En effet, « on ne trouve pas un caïman à lunettes à l’animalerie du coin », conclut le vétérinaire.