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Arc de triomphe de Trump : une renaissance des logiques impériales s’opère.

Le projet « Arc de triomphe des Etats-Unis » culminera à plus de 76 mètres, soit bien au-delà de l’Arc de triomphe à Paris, qui mesure 50 mètres. Le projet fait déjà l’objet de recours en justice, des vétérans de la guerre du Vietnam et un historien ayant saisi un tribunal fédéral pour tenter de stopper sa construction.


Il devait être le plus haut de tous. Autrefois désigné sous le nom d’« Arc de Trump », le projet officiellement appelé « Arc de triomphe des États-Unis » atteindra plus de 76 mètres, bien au-dessus de l’Arc de triomphe de Paris, qui mesure 50 mètres. Dominé par une imposante allégorie de la liberté, cet arc célébrera le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, prévue pour le 4 juillet prochain. Toutefois, ce projet soulève des questions quant à la portée symbolique d’un monument souvent associé au triomphe militaire et à la manifestation de puissance.

L’arc de triomphe n’est pas un bâtiment comme les autres. Il remonte à la Rome antique et célébrait les victoires militaires lors de grandes cérémonies où les généraux défilaient avec leurs troupes et prisonniers. Des monuments tels que l’Arc de Constantin étaient avant tout symboliques, glorifiant le pouvoir et inscrivant la domination dans la pierre.

Ce modèle a connu un regain d’intérêt au XIXe siècle, surtout sous Napoléon Ier. Après la bataille d’Austerlitz, l’empereur promet à ses soldats qu’ils rentreront « sous des arcs de triomphe », entraînant la création de l’arc parisien, lancé en 1806 et terminé sous le règne de Louis-Philippe en 1836. Comme l’indique François Houdecek, historien à la Fondation Napoléon, « c’est un bâtiment qui célèbre avant tout la gloire militaire ». Cependant, rapidement, sa signification évolue : après la chute de l’Empire, le monument prend une connotation plus nationale, notamment en rendant hommage aux morts.

Un monument « très européen »

« C’est donc un monument très européen, ancré dans une culture antique », souligne François Houdecek. Pourtant, l’idée de construire un tel édifice aux États-Unis n’est pas entièrement incongrue : « l’architecture américaine est déjà largement influencée par le néoclassicisme, avec ses colonnes, ses obélisques et ses références antiques ». Toutefois, ici, le projet prend une autre dimension. « On est dans quelque chose de très grandiloquent, presque pharaonique. Il veut marquer de son empreinte », analyse l’historien.

Au-delà de l’aspect esthétique, c’est véritablement le message qui suscite des interrogations. Ériger un arc de triomphe aujourd’hui, ce n’est pas seulement honorer l’histoire, c’est également exprimer une vision du monde. « Avec ce type de monument, on assiste à une forme de renaissance des logiques impériales », explique François Houdecek. Une interprétation qui résonne avec le discours politique de Donald Trump, souvent axé sur la force et la domination. « C’est à la démesure du personnage », résume-t-il.

Dans un contexte international où les rapports de force entre grandes puissances refont surface, ce projet revêt une importance particulière. Il représente une posture politique, une manière de revendiquer la suprématie. « MAGA va s’incarner dans ce bâtiment », avance François Houdecek. À l’instar des gratte-ciel toujours plus imposants, cet arc de triomphe s’inscrit également dans une logique de compétition symbolique : « C’est la loi du plus fort. »

Des recours en justice

D’après France 24, le projet fait déjà l’objet de recours en justice. Des vétérans de la guerre du Vietnam et un historien ont saisi un tribunal fédéral pour tenter de bloquer sa construction, soutenant que l’arche obstruerait la vue entre le Lincoln Memorial et le cimetière national d’Arlington. « Cette arche n’est qu’une intrusion grossière », a déclaré dans le New York Times Calder Loth, historien de l’architecture à la retraite au Département des ressources historiques de Virginie, qui figure parmi les plaignants.

De son côté, la Maison Blanche reste déterminée à mener ce projet à terme. « Bien longtemps après que tout le monde dans cette pièce aura disparu, nos enfants et petits-enfants demeureront inspirés par ce monument national », a affirmé la porte-parole Karoline Leavitt aux médias.