France

Après la mort de Quentin Deranque, tensions aux Pentes de Croix-Rousse ?

Après le décès de Quentin Deranque, plusieurs tags sont apparus sur les murs des Pentes de la Croix-Rousse, à Lyon, incluant des croix celtiques et le nombre 1161. La librairie autogérée La Plume Noire, liée à l’Union communiste libertaire (UCL), a été vandalisée, tout comme la mosquée Koba, laquelle a été prise pour cible quatre fois en moins de deux ans selon le député insoumis Abdelkader Lahmar.


«Justice pour Quentin», «assassin», «mort R. Arnault». Suite au décès de Quentin Deranque, un bénévole du service d’ordre du collectif identitaire Nemesis, mortellement agressé jeudi dernier, de nombreux tags ont été découverts sur les murs des Pentes de la Croix-Rousse à Lyon.

Des croix celtiques, symboles chrétiens détournés par des groupes d’extrême droite, ainsi que le nombre 1161, considéré comme un code « anti antifa », ont été peints à la bombe bleu marine. La même peinture a été utilisée pour recouvrir des affiches « Génération antifasciste, éteignons la flamme [du RN] », présentes dans ce quartier historiquement de gauche depuis plusieurs semaines.

La librairie autogérée La Plume Noire, associée à l’Union communiste libertaire (UCL), a été particulièrement touchée. Non loin de là, la mosquée Koba a également subi des dégradations. Le député insoumis du Rhône, Abdelkader Lahmar, a déclaré sur ses réseaux sociaux que c’était la quatrième fois en moins de deux ans que ce lieu de culte était ciblé, attribuant ces actions à des militants d’extrême droite.

Jeudi, vers 18 heures, lors d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon, un service d’ordre soutenant des militantes de Némésis a été agressé par des individus masqués et cagoulés, selon le parquet de Lyon. Trois hommes ont été isolés, y compris Quentin Deranque, qui a été frappé à plusieurs reprises alors qu’il se trouvait au sol. Après avoir été hospitalisé dans le coma, il est décédé samedi. L’enquête, initialement ouverte pour des violences en réunion, a été requalifiée en « homicide volontaire ». À ce jour, aucune interpellation n’a été effectuée et les auteurs restent non identifiés. Le gouvernement a mentionné une possible implication du groupe antifasciste La Jeune Garde, qui a démenti toute responsabilité.

Lundi matin, deux jours après les dégradations, la plupart des inscriptions sur les murs des Pentes avaient été effacées, mais l’inquiétude demeure. Des messages partagés sur Telegram, repérés par Le HuffPost, évoquent une éventuelle « vengeance » suite à la mort de Quentin Deranque, l’un d’eux appelant à se « préparer pour la suite ».

Sarah, résidente du quartier depuis quatorze ans, a confirmé avoir entendu des nouvelles de militants de gauche ayant reçu « des menaces de mort ». Dès vendredi, la présidente de Némésis, Alice Cordier, a accusé un des assistants parlementaires de Raphaël Arnault, ce dernier niant toute implication dans cet incident tragique. D’autres noms de membres ou d’anciens membres de La Jeune Garde circulent sur les réseaux sociaux. L’avocate Aïnoha Pascual a déclaré à l’AFP que « le fichage des militants de gauche et d’extrême gauche par les groupes identitaires n’était pas nouveau » et a jugé cette pratique dangereuse.

La porte-parole de Némésis a également désigné des membres du syndicat Solidaires comme étant des agresseurs. Le lendemain, le syndicat a rapporté qu’« un individu au visage dissimulé » avait frappé son local « à coups de barre de fer ». Dans un communiqué, il a déclaré que « les stratégies de dénonciation calomnieuse, de victimisation et d’instrumentalisation politique […] nous désignent comme des cibles pour toute la fachosphère. Cela semble avoir fonctionné ».

À l’approche du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, certaines militantes craignent de nouvelles tensions. Une militante féministe antifa a exprimé sa peur que Némésis prenne part à des manifestations, soulignant que le groupe d’extrême droite, qui instrumentalise le féminisme pour promouvoir ses idées, n’a pas sa place dans ces événements. Elle craint également des affrontements et que les membres de ce mouvement utilisent la manifestation pour justifier leur violence.

En 2021, entre 50 et 100 militants d’extrême droite avaient tenté de s’en prendre à la marche des fiertés lesbiennes, lançant des projectiles sur les participants. Cela s’était produit quelques semaines après une attaque contre La Plume Noire, qui avait été ciblée par des pavés dans sa vitrine.

Sarah, vivant à proximité de cette librairie, se dit à la fois inquiète et habituée. « Ce n’est pas la première fois que des groupes viennent ici pour déverser leur haine », explique-t-elle, se remémorant une attaque contre le « bar place Colbert », où une trentaine de personnes avait agressé le bar et ses clients. « Malheureusement, on apprend à vivre avec la menace de violences. Mais on aimerait que ça se calme. Ne laissons pas d’autres drames arriver. »

Bernard, 72 ans, voisin de la librairie, avait choisi de s’installer dans ce quartier pour être « à l’écart de la ville » tout en ayant « toutes les facilités de la vie ». Selon lui, cet endroit reste agréable malgré les dégradations. « On est la cible parce qu’on est historiquement un quartier populaire, où il y avait des QG de syndicats et d’associations, même si c’est de plus en plus bobo désormais », observe-t-il. D’après lui, « il n’y a pas de doutes, ici : ça va se jouer entre LFI et le maire sortant écolo ».

Pour Bruno, 31 ans, il est crucial de « laisser la politique en dehors de cette histoire ». Commerçant dans les Pentes, il témoigne avoir été « témoin de défilés de gens tout en noir ». « Mais qu’est-ce que je peux vous dire ? On assiste à tout ça, impuissants. Au lieu de commenter, il faut apporter des solutions et éviter la récupération politique », insiste-t-il.

Selon Le Progrès, la mort de Quentin suscite des craintes de nouveaux affrontements violents. La préfecture a informé 20 Minutes qu’elle maintiendrait une « surveillance particulière » en raison des risques de tensions entre groupes d’extrême droite et antifascistes, même si la sécurité à Lyon reste constante. Les CRS déployés en centre-ville ont reçu des consignes de « vigilance », en lien avec « les événements du week-end ».

Pour le rassemblement prévu samedi en hommage à Quentin, co-organisé par Aliette Espieux, ex-porte-parole de la Marche pour la Vie [qui revendique l’abolition de l’avortement], les services de l’État ont prévu un « dispositif renforcé ». « Mais nous sommes toujours en phase d’évaluation des risques de troubles à l’ordre public », précisent-ils.