Alzheimer : Pourquoi les femmes ne sont-elles pas plus touchées par cette maladie ?
En France, 900.000 personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer, dont 600.000 sont des femmes. De plus, il a été observé que les femmes ayant une ménopause très précoce ont davantage de risque de développer la maladie d’Alzheimer que celles ayant une ménopause tardive.
En France, 900 000 personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer, dont 600 000 femmes, soit deux malades sur trois. Cette disparité a longtemps été attribuée à une espérance de vie plus élevée chez les femmes, le principal facteur de risque étant l’âge. Le docteur Olivier de Ladoucette, psychiatre, gériatre et président de la Fondation Recherche Alzheimer, illustre : « À 80 ans, le risque d’avoir un Alzheimer est de 15 % et à 90 ans, il est de 30 %. » Cependant, cette différence d’espérance de vie n’est pas le seul facteur explicatif. « Il y a sûrement des facteurs que nous n’avons pas encore identifiés mais nous en avons déjà mis en évidence un certain nombre », prévient le médecin.
### Une différence de fonctionnement cérébral
La maladie d’Alzheimer est caractérisée par une accumulation anormale de deux protéines – amyloïde-β et Tau – dans le cerveau, provoquant des lésions qui altèrent les neurones et leurs synapses, entraînant ainsi une perte de mémoire. Ce phénomène varie toutefois selon le genre. Géraldine Rauchs, directrice de recherche à l’Inserm, souligne : « Pour un même niveau de plaques amyloïde, les femmes vont avoir plus de protéines Tau, celles qui créent une neurodégénérescence. » Elle précise que, lorsque les lésions s’accumulent, les femmes compenseraient davantage que les hommes en utilisant d’autres réseaux cérébraux pour accomplir une tâche. Cette capacité de résistance ne leur est pas favorable, car si les lésions sont déjà présentes, les troubles de la mémoire apparaîtront plus tard, rendant ainsi le diagnostic et la prise en charge plus tardifs.
### Le rôle des hormones
Les hormones jouent également un rôle clé. Géraldine Rauchs souligne que « les œstrogènes protègent le cerveau, mais ils cessent d’être produits au moment de la ménopause, d’où la plus grande vulnérabilité des femmes ». Les femmes ayant une ménopause très précoce courent un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer par rapport à celles ayant une ménopause tardive, insiste la directrice de recherche.
Un facteur génétique pourrait également expliquer la prévalence de la maladie chez les femmes. Le docteur de Ladoucette avance que « sur le chromosome X se situent peut-être des allèles qui pourraient jouer un rôle dans la survenue de la maladie d’Alzheimer. On ne les connaît pas encore bien, mais on pense que quelque chose se joue de ce côté-là. » Les femmes, ayant deux chromosomes X contrairement aux hommes qui en ont un X et un Y, auraient ainsi deux fois plus de risques de développer la maladie.
### Dépression et sommeil
La réserve cognitive, qui est la densité de connexion entre les neurones, est également cruciale. La maladie d’Alzheimer débute dix à vingt ans avant les premiers symptômes. Pendant cette période, bien que les connexions neuronales soient détruites, le cerveau compense. « Plus on a une réserve cognitive importante, plus le cerveau va compenser et donc plus on va résister longtemps avant que les symptômes n’apparaissent », explique le président de la Fondation Recherche Alzheimer. Cette réserve dépend beaucoup de la stimulation tout au long de la vie, et des études montrent qu’un niveau d’éducation élevé est associé à une réserve cognitive importante. Or, jusqu’aux années 1970, les femmes étaient moins encouragées à poursuivre des études et à occuper des postes intellectuellement stimulants.
Géraldine Rauchs évoque aussi des facteurs psychoaffectifs. « La dépression est un facteur de risque reconnu, et les femmes y sont plus sujettes. De même, de plus en plus d’études montrent qu’un mauvais sommeil accroît le risque de développer la maladie, et les femmes souffrent davantage d’insomnies. »
### Le cerveau n’est pas neutre
Pendant longtemps, les études scientifiques se sont concentrées uniquement sur les hommes pour des raisons de simplicité, l’absence de cycles menstruels chez eux étant un facteur de facilité. « On a longtemps considéré que le cerveau était un organe neutre, mais on se rend compte aujourd’hui que le fonctionnement diffère selon le genre », souligne Géraldine Rauchs.
Bien qu’aucun traitement contre la maladie d’Alzheimer n’ait été commercialisé jusqu’à présent, des facteurs de risque et protecteurs ont été identifiés. « En matière de prévention, il est important de connaître la différence des facteurs de risque ou protecteurs selon le genre », insiste la directrice de recherche. Cette distinction est d’autant plus cruciale que, selon plusieurs études récentes, certains traitements en cours de test s’avèrent moins efficaces chez les femmes.

