France

Affaire Dany Leprince : un nouveau procès et une audience historique.

Dany Leprince, 69 ans, joue son va-tout devant la Cour de révision jeudi après avoir été frappé par la perpétuité en 1997 pour un quadruple meurtre qu’il jure n’avoir jamais commis. Selon le rapport annuel 2022 de la Cour de cassation, la Commission d’instruction a été saisie de 145 requêtes en révision sur la seule année 2022, mais seule une cinquantaine a abouti à une annulation depuis 1990, soit un taux de succès global d’environ 1,5 %.


C’est peut-être le dernier chapitre d’une tragédie judiciaire qui s’étend sur trois décennies. Jeudi, Dany Leprince, âgé de 69 ans, mise tout devant la Cour de révision. Ancien agriculteur et ouvrier de boucherie, il est en liberté mais a été condamné à perpétuité en 1997 pour un quadruple meurtre qu’il clame n’avoir jamais commis. Il espère faire annuler ce verdict afin d’être rejugé sur le fond.

« Il est très déterminé », confie à *20 Minutes* Me Olivier Morice, qui le défend aux côtés de Me Missiva Chermak Felonneau. « Nous espérons, comme le sollicite l’avocat général, que sa condamnation sera annulée et qu’un nouveau procès puisse se tenir. Mais nous sommes pleinement conscients que, dans l’histoire criminelle française, les révisions sont peu fréquentes. »

L’affaire débute le 4 septembre 1994 à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe. Ce jour-là, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés mortellement agressés à l’arme blanche dans leur maison. Seule Solène, la benjamine de deux ans, a survécu. Dany Leprince, accusé par son ex-femme, Martine Compain, et sa fille aînée Célia, avait d’abord avoué le meurtre de son frère avant de se retracter. Depuis 32 ans, celui que l’on surnomme « le boucher de la Sarthe » clame son innocence, soutenu par un dossier qui ne contient aucune preuve matérielle ni ADN.

### « Il y a beaucoup plus d’éléments qu’à l’époque »

En 2011, la justice avait rejeté sa première demande de révision, considérant qu’aucun nouvel élément ne remettait en cause sa culpabilité. Ce refus avait été d’autant plus sévère que Dany Leprince, bénéficiant d’une suspension de peine, avait été immédiatement réincarcéré après l’audience. Quinze ans plus tard, l’espoir semble renaître pour lui. « Il y a beaucoup plus d’éléments qu’à l’époque », affirme Me Morice.

Dans un avis consultatif particulièrement détaillé, l’avocat général Jean-Michel Aldebert s’est prononcé en faveur d’un nouveau procès. Il évoque des « éléments nouveaux et inconnus » qui méritent d’être confrontés aux « zones d’ombre du dossier ». Parmi ces éléments, une reconstitution de 2023 révèle des incohérences dans le témoignage de sa fille Célia, ainsi qu’une lettre de Solène, la rescapée, exprimant des « sérieux doutes » sur la culpabilité de son oncle.

Cependant, obtenir une révision en France relève du miracle statistique. Selon le rapport annuel 2022 de la Cour de cassation, 145 requêtes en révision ont été soumises pour l’année 2022. La marge de manœuvre est étroite : depuis 1990, sur plus de 3.300 demandes examinées, seule une cinquantaine a abouti à une annulation, représentant un taux de succès d’environ 1,5 %. Omar Raddad, par exemple, a vu sa demande de révision rejetée à deux reprises depuis sa libération en 1998 après une grâce présidentielle.

### « Il faut des faits nouveaux »

« Il est logique que la justice soit très sélective, sinon il faudrait rejuger sans fin des personnes qui contestent leur culpabilité. Prétendre à son innocence ne suffit pas à obtenir ipso facto une révision. Il faut des faits nouveaux », souligne à *20 Minutes* Jacques Dallest, ancien magistrat spécialiste des affaires non résolues. Instruction, procès, appel, cassation… Il précise qu’une condamnation provient d’un processus long où « de nombreuses personnes se prononcent ». « On ne peut pas annuler cela d’un simple revers de main en prétendant que tout le monde s’est trompé ».

Pour Jacques Dallest, la rareté des révisions ne doit pas être interprétée comme un corporatisme des magistrats, qui, selon lui, n’auraient aucun intérêt à dissimuler d’éventuelles erreurs. « Il est crucial que le processus judiciaire ait une conclusion. On ne peut pas laisser une affaire ouverte indéfiniment sous prétexte qu’une personne conteste sa condamnation. »

Derrière la quête d’honorabilité se cache une question d’indemnisation significative. En France, la loi sur l’indemnisation des victimes d’erreurs judiciaires, instaurée après l’affaire Jean-Marie Deveaux en 1969, permet à un acquitté de demander une réparation intégrale à l’État. Les sommes sont souvent à la hauteur des souffrances subies : Loïc Sécher a touché près de 800.000 euros en 2011 après sept ans de détention, tandis que Marc Machin, qui a connu la révision après six ans et demi de privation de liberté injustifiée, a reçu plus de 600.000 euros. Pour Dany Leprince, ayant purgé 18 ans de prison avant d’obtenir une liberté conditionnelle en 2012, l’indemnisation pourrait atteindre plusieurs millions d’euros.

### Un nouveau procès à préparer

« Pour l’instant, nous n’en sommes pas là. Si sa condamnation devait être annulée, il faudrait ensuite préparer son procès devant une cour d’assises et espérer qu’il soit acquitté », insiste Me Morice. L’histoire montre que la vérité de la Cour de révision n’est pas toujours celle des jurés populaires. Patrick Dils, l’un des cas les plus médiatisés, a été à nouveau condamné à 25 ans de prison en 2001 suite à sa révision, avant d’être finalement acquitté en appel l’année suivante.