Adidas peut-elle vraiment réussir son marathon en moins de 2 heures ?
Il y a une semaine, Sabastian Sawe et Yomif Kejelcha sont devenus les premiers hommes à courir un marathon en moins de 2 heures dans des conditions officielles. La nouvelle Adidas Adizero Adios Pro Evo 3 est mise en vente ce jeudi à 500 euros.
Il y a encore une semaine, un homme n’avait jamais couru un marathon en moins de 2 heures dans des conditions officielles. Dimanche à Londres, deux Kenyans, Sabastian Sawe et Yomif Kejelcha, ont franchi cette barrière mythique. Les deux athlètes portaient la même paire de chaussures : les Adidas Adizero Adios Pro Evo 3.
C’est une belle opportunité pour la marque allemande, qui met la paire en vente ce jeudi. Adidas détient désormais la « chaussure qui permet de courir sous les 2h », le Saint Graal pour toutes les marques de chaussures.
Sans diminuer le mérite de ces deux athlètes « sub 2h », il est à noter que le temps dépend aussi de la chaussure utilisée. Adidas souligne notamment le poids léger de son modèle : seulement 97 grammes, comparé à 190 grammes pour l’un des modèles les plus emblématiques de la concurrence, la Vaporfly 2 de Nike, explique Tristan Pawlak, cofondateur de l’application pour coureurs Campus Coach. « 100 grammes de moins représentent environ 1 % d’économie de course », précise-t-il, en se référant à la capacité à courir tout en se fatiguant moins. « Il y a donc un véritable gain ».
« C’est une superbe publicité mondiale à très faible coût, puisque la compétition n’a pas été organisée par Adidas. La chaussure suscite presque autant de commentaires que l’athlète », ajoute Guillaume Vallet, professeur à l’Université de Grenoble Alpes et spécialiste en économie du sport. C’est une occasion rare, en particulier dans un marché très concurrentiel – Hoka, Nike, Brooks – et en plein essor. La croissance annuelle du secteur de la chaussure de course est estimée à 5,5 % entre 2024 et 2035, avec des projections optimistes allant jusqu’à + 7 % par an. Cette opportunité est d’autant plus précieuse pour une marque qui traverse des difficultés, son action ayant chuté de 37 % en un an, et bien que le résultat net de 2025 soit en hausse par rapport à l’année précédente, il se situe toujours en dessous du niveau de 2021.
Revenons à 2017, lorsque son concurrent Nike lance la quête du « sub 2h ». L’athlète Eliud Kipchoge tente de franchir cette barrière mythique, échouant de peu avec un chrono de 2h00:25, mais ce record n’est pas homologué car réalisé dans des conditions non officielles. Bien que Kipchoge ait manqué son « sub 2h » de quelques secondes, ses chaussures ont connu un succès fulgurant. La Nike Vaporfly 4 % a permis de gagner 4 % de temps sur le record du monde, qui a été amélioré de plus de deux minutes.
Non seulement la chaussure « qui fait gagner 4 % » s’arracha, mais Nike en profita sur les autres modèles de sa gamme Vaporfly, première à démocratiser les plaques carbone, la technologie révolutionnaire à l’origine de ce record. Les revenus de Nike dans le secteur du running atteignirent un pic historique de 5,2 milliards de dollars en 2017, contre 4,8 milliards en 2016, avant de connaître une chute prolongée, d’autres marques investissant dans le secteur des chaussures à plaques carbone.
Fin 2019, environ 41 % des marathons sous trois heures étaient courus en Vaporfly, selon le New York Times. « Aujourd’hui, quasiment tous les coureurs sous les 3h au marathon portent des chaussures à plaque carbone », indique Tristan Pawlak. Ces modèles peuvent atteindre environ 250 euros. Avant l’apparition des Vaporfly, dépenser plus de 150 euros pour une paire de chaussures semblait aberrant. Aujourd’hui, une paire à 200 euros est acceptée par de nombreux amateurs de niveau correct, les plaques carbone n’offrant que peu de gains pour ceux qui visent plus de 3h-3h30 au marathon.
La Adidas Adizero Adios Pro Evo 3, qui sera disponible ce jeudi, sera vendue deux fois plus cher, soit 500 euros. Un prix peut-être dissuasif : « Non seulement les stocks sont très limités, mais le prix me semble trop éloigné des habitudes de consommation de la plupart des coureurs », estime Tristan Pawlak. La question de la durabilité se pose également, car une chaussure de course s’use, et parfois rapidement. « Les premières chaussures carbone, destinées aux professionnels, ne tenaient pas 100 kilomètres », rappelle le coach et fondateur de Campus Coach.
Cependant, tout comme les plaques carbone, « la technologie associée profitera à l’ensemble de la gamme Adidas, permettant de démocratiser cette innovation », affirme Denis Beynel, responsable du magasin Running Conseil à Saint-Étienne. La sortie de l’Adidas Adizero Adios Pro 5, version « amateur » de la Evo, est prévue pour l’automne. Cette chaussure devrait être la première à intégrer ces technologies de pointe pour les coureurs amateurs. « Elle devrait rencontrer un grand succès ».
Ce record met également en évidence l’importance de la recherche en matière de chaussures de course. Même si aucun coureur amateur ne réalisera un temps sous les 2 heures, nombreux sont ceux cherchant à optimiser leur performance. Ils portent donc une attention particulière aux innovations, précise Guillaume Vallet. Les plaques carbone ont marqué le début de l’ère des « super shoes », mais la technologie Evo est perçue comme une avancée suffisamment significative pour inaugurer une nouvelle époque, celle de la « hyper shoe ».
Comme l’a démontré Nike, cette période d’euphorie ne sera probablement que passagère, le temps que d’autres marques s’inspirent de la technologie pour regagner des parts de marché. Toutefois, l’hyper shoe pourrait aussi apporter un autre avantage, avertit Tristan Pawlak : « Elles sont utiles pour le chrono, mais surtout pour la récupération. On ressent moins de courbatures après l’entraînement, ce qui, pour les coureurs exigeants qui peuvent s’entraîner cinq à six fois par semaine, représente une différence considérable ». C’est un autre aspect très recherché par les coureurs, aux côtés de la durabilité et du prix, insiste Denis Beynel : « Le confort. Est-ce que le coureur se sent bien dans sa chaussure ou pas ? ». Courir vite est essentiel, mais le faire sans douleur est encore mieux.

