France

À Grenoble, Shein au BHV : des avis partagés.

Le BHV de Grenoble inaugure un espace Shein de 600 m², au 3e étage, ce mercredi. Vincent Ducruet, directeur du BHV à Grenoble, détaille que le panier oscille entre 20 et 30 euros.

De notre journaliste à Grenoble,

« Vous avez la démonstration sous les yeux », déclare Fabien Saboret, directeur des ressources humaines du groupe SGM, affichant un large sourire et les bras ouverts devant les porte-manteaux soigneusement disposés. Ce mercredi, le BHV de Grenoble inaugure un espace Shein de 600 m², situé au troisième étage. Trois mois et demi après Paris, le géant chinois de l’ultra fast-fashion installe ses cintres, à proximité de Boss et Ralph Lauren. Depuis l’ouverture, « pas de rush », mais « aucun moment creux », assure la direction.

« En termes d’affluence, nous constatons l’équivalent d’un samedi de Noël dans cette zone précise », insiste Fabien Saboret. Sur les autres niveaux, les allées semblent, en effet, bien plus vides. Ici, toutefois, un « flux continu d’une quarantaine de personnes » serpente entre jeans, pulls et t-shirts « made in China ». « Le montant moyen du panier oscille entre 20 et 30 euros, précise Vincent Ducruet, directeur du BHV à Grenoble. Nous souhaitons toucher tous les portefeuilles et toutes les typologies de clients. »

Toucher, essayer et repartir avec le produit

Christine, 80 ans, n’achète « jamais sur Internet ». Fidèle de Zara et Primark, elle souhaitait voir ce que Shein proposait. « Je ne viens pas habituellement au BHV, je n’ai pas les moyens de dépenser 300 euros dans une parka », avoue-t-elle. Un peu plus loin, Jean-Claude et Chantal examinent leur ticket de caisse. « Vingt euros pour un haut et un bas, c’est une bonne affaire », s’enthousiasme Chantal, qui a bénéficié d’une promotion « de bienvenue », avec – 40 % dès deux articles achetés.

Une promotion de"bienvenue" au BHV de Grenoble ce mercredi.
Une promotion de « bienvenue » au BHV de Grenoble ce mercredi. - E. Martin / 20 Minutes

Aurélie, 46 ans, et sa fille Anna, 14 ans, souhaitaient « toucher, tester la qualité et essayer les produits », expliquent-elles. « Et puis, on peut repartir avec le produit si ça nous plaît ». La même motivation pour Stéphanie, 51 ans, et Lilou, 15 ans. L’adolescente commande « régulièrement » en ligne pour « le large choix » et « les prix attractifs ». « Et en plus, c’est bien présenté », observe sa mère avec le sourire, s’attendant à « des grands bacs un peu fourre-tout ». Originaire de Saint-Martin-d’Hères, elles profitent de cette sortie entre filles pour « se balader dans le centre ».

Des produits trop chers pour certaines clientes

Cependant, l’enthousiasme n’est pas partagé par tout le monde. « Je suis déçue, le choix est limité », déclare Léa, 19 ans, venue pendant sa pause déjeuner, espérant découvrir des articles qu’elle a l’habitude d’acheter en ligne. « Mais c’est beaucoup trop cher », souffle-t-elle. Elle mentionne avoir repéré un pull à 20 euros, alors qu’elle l’avait acheté sur le site pour 5 euros deux ans auparavant. Cette critique avait également émergé pour le magasin parisien. Son amie Cassandre finira tout de même par acheter un gilet. « 23 euros, ça va encore ! », dit-elle en haussant les épaules.

Installée sur un pouf près des cabines d’essayage, Mélissa discute avec ses amies Riham et Paola. « C’est excessivement cher pour du 100 % polyester », critique-t-elle. « Ce sont les prix d’autres magasins pour une qualité inférieure », renchérit une autre. Elles étaient surtout « curieuses » de l’arrivée de ce nouveau magasin, en étant nostalgiques du Zara du centre, parti à Neyrpic.

« En plus, c’est moche »

Elles ne sont pas les seules à être « curieuses ». Quentin et Lucas, 26 ans, « passaient par ici » et ont voulu jeter un coup d’œil. « Franchement ? Bof, hein… C’est plus cher que Primark. Tout ça pour ça ? ». Ils s’interrogent également sur « l’image du BHV, historiquement associée à des produits de qualité », notent-ils. Clarisse, 17 ans, habituée des Galeries Lafayette, partage cet avis. « Je ne comprends pas pourquoi ils nous proposent des produits de qualité médiocre à 5,50 euros, à côté d’articles de grandes marques à 500 euros », lance-t-elle. « Je ne m’attendais à rien mais je suis tout de même déçue ». Avant de descendre les escalators, elle touche un pull et lâche : « Et en plus, c’est moche ! ».

Une file d'attente devant le BHV de Grenoble mercredi après-midi pour l'ouverture de Shein.
Une file d’attente devant le BHV de Grenoble mercredi après-midi pour l’ouverture de Shein.  - E. Martin / 20 Minutes

Devant le magasin, des clients fidèles expriment aussi des regrets quant à ce choix de BHV. « C’est honteux ! Je ne veux pas aller chez Shein », déclare une « ancienne cliente ». Ariane et Françoise, respectivement 57 et 77 ans, se disent « horrifiées ». « Il n’y a plus de Chanel, Dior, Lacoste ou Longchamp, mais… Shein ?! Ce n’est plus le magasin d’avant ! C’est dommage… », affirment-elles. Pour elles, « Grenoble est devenu un désert pour les magasins », mentionnant « sept commerces fermés dans une rue adjacente ». Anna, gérante d’un magasin de prêt-à-porter, qui préfère garder l’anonymat, considère l’arrivée du géant chinois comme « déloyale » alors « que les commerçants français sont en difficulté ». « On parle de désertification et on fait entrer ça ? », s’indigne-t-elle.

Le BHV assume

Vincent Ducruet, directeur du BHV Grenoble, défend cette décision. « Oui, beaucoup de magasins ferment. Mais ce type d’enseigne va attirer des clients et dynamiser le magasin ainsi que le centre-ville en même temps. » Selon lui, plus de 90 000 foyers de l’agglomération grenobloise seraient déjà des clients en ligne de Shein. « C’est une opportunité en or de leur offrir un lieu physique. Peut-être que pour certains jeunes, ce sera la première fois qu’ils franchiront la porte du BHV. »

Notre dossier Shein

« L’objectif est de mélanger la clientèle habituée des grands magasins avec une clientèle plus jeune », ajoute Fabien Saboret, en précisant que l’offre devra encore évoluer, notamment dans le secteur enfant. Malgré les critiques, il reste confiant : « Nous avons plus à gagner qu’à perdre avec les détracteurs. » Dans un contexte de centre-ville fragilisé, l’enjeu est clair pour lui. « Notre but aujourd’hui est la fidélisation. Nous croyons fermement que Shein va fonctionner ici. Cela va marcher », conclut-il.