Belgique

Un jour, une carte : au Royaume-Uni, le pouvoir ne s’use pas vite

La semaine dernière, le parti Labour a subi une débâcle historique aux élections locales, avec plus de mille sièges perdus. Keir Starmer a déclaré ce mercredi : « Le pays attend que nous continuions à gouverner ».

Keir Starmer est-il courageux ou simplement en déni ? C’est la question que se posent de nombreux Britanniques aujourd’hui. La semaine dernière, son parti, le Labour, a subi une déroute historique lors des élections locales : plus de mille sièges perdus. Il recule dans tout le pays : en Angleterre, en Écosse, au Pays de Galles.Ce mercredi, lors d’une réunion de crise à Downing Street, plusieurs ministres ont demandé à Keir Starmer de préparer sa sortie. Mais il refuse de céder.

Encore mardi, il tentait de reprendre le dessus avec un discours ambitieux censé relancer son parti. Sans succès. Un chroniqueur du Guardian a eu une formule assez cruelle : « On dirait un homme au bord du divorce, un bouquet de fleurs à la main, disant à sa femme : ‘Cette fois, ce sera différent. Fais-moi confiance.’ Et c’est précisément le problème : une grande partie de la population ne le croit plus.

Pourquoi une telle hostilité envers Keir Starmer ?

Depuis moins de deux ans à la tête du Labour, Keir Starmer atteint déjà des niveaux d’impopularité impressionnants. À ses débuts, il se présentait comme l’anti-Boris Johnson : sérieux, calme, sans excès. Toutefois, cette sobriété se retourne aujourd’hui contre lui.

Lors des matches de football ou des compétitions de fléchettes, les supporters scandent des insultes à son égard (« Starmer is a wanker » : « Starmer est un branleur »). Au-delà de la vulgarité, ces scènes reflètent une colère plus profonde. De nombreux électeurs estiment avoir été trompés. En 2024, Starmer avait promis du changement après 14 ans de pouvoir conservateur. Pourtant, pour beaucoup, rien ne change. Les prix demeurent élevés. Le NHS est toujours en crise. Les services publics se détériorent. Starmer apparaît comme un dirigeant froid, dépourvu de vision.

L’affaire Peter Mandelson a également contribué à cette impopularité. Keir Starmer a nommé cet ancien poids lourd travailliste ambassadeur aux États-Unis. Problème : son nom est lié au prédateur sexuel Jeffrey Epstein. Pour de nombreux Britanniques, cette nomination renforce l’idée d’un pouvoir déconnecté.

D’autres décisions impopulaires ont alimenté le malaise, comme la suppression d’aides énergétiques pour des millions de retraités. Peu à peu, Starmer est perçu non seulement comme un dirigeant inefficace, mais aussi comme insensible.

Attaqué de toutes parts

Le plus préoccupant pour le Labour, c’est que les électeurs se détournent vers toutes les directions. Les classes populaires du nord de l’Angleterre se dirigent vers le parti anti-immigration de Nigel Farage. Les jeunes urbains se tournent vers les Verts, tandis que l’Écosse et le Pays de Galles se rapprochent des nationalistes.

Derrière cette fragmentation se cache une immense fatigue collective. Le Brexit n’a pas tenu ses promesses et de nombreux jeunes estiment qu’ils vivront moins bien que leurs parents. Dans ce contexte, les électeurs ne recherchent plus forcément des programmes, mais une personnalité forte, quelqu’un qui paraisse authentique. Sur ce terrain, Nigel Farage est particulièrement redoutable.

Remporter une élection ne suffit plus

Au fond, la crise que traverse Keir Starmer dépasse largement sa personne et peut-être même le Royaume-Uni. Comme dans d’autres pays d’Europe, le pouvoir s’use très rapidement. Aujourd’hui, remporter une élection ne suffit plus. On peut triompher dans les urnes et perdre le pays quelques mois plus tard.

Keir Starmer souhaite incarner la stabilité dans un monde de plus en plus chaotique. « Le pays attend que nous continuions à gouverner », a-t-il déclaré ce mercredi. Cependant, le problème de Starmer pourrait ne pas être le chaos, mais plutôt le fait qu’une partie de la population interprète son calme comme de l’impuissance.