Belgique

Trois traités de libre-échange en un an : la diplomatie commerciale de l’UE ?

L’Union européenne a finalisé plusieurs accords de libre-échange, y compris avec l’Australie, au cours des derniers mois. Selon Gonzague Vannoorenberghe, « si on additionne les exportations européennes actuelles vers le Mercosur, l’Australie et l’Inde, c’est entre 5 et 6% du total de nos exportations ».


Après les États du Mercosur et l’Inde, c’est au tour de l’Australie. En quelques mois, l’Union européenne a finalisé plusieurs accords de libre-échange dont les négociations s’étalaient sur plusieurs années. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié cela de « big bang de nouveaux accords commerciaux » lors de la signature du traité de libre-échange avec l’Australie. Elle a ajouté que cela représente « un des piliers de la politique économique européenne« , tout en annonçant des avancées dans les discussions avec les Philippines, la Thaïlande et la Malaisie, en vue de créer « une communauté mondiale attachée au commerce libre et équitable« .

Cela pourrait être perçu comme une critique voilée à l’encontre de la diplomatie commerciale du président américain Donald Trump et de son protectionnisme agressif. André Sapir estime que « C’est quelque part un moyen de dire aux États-Unis que nous n’avons peut-être pas le porte-avions Gerald Ford, on n’a peut-être pas d’autres armes, mais nous avons un certain poids en termes commerciaux« .

Si le contexte géopolitique a sans doute contribué à l’accélération de ces accords, Gonzague Vannoorenberghe remarque que « l’essence du projet européen, c’est la libéralisation« . Il souligne qu’il s’agit plutôt d’une « accélération que d’une exposition des traités bilatéraux« . Cette tendance naturelle de l’Union européenne à se rapprocher commercialement d’autres pays pourrait se révéler stratégiquement avantageuse, analyse André Sapir : « Déjà avant ces derniers mois, en signant des accords avec le Canada, le Japon, le Royaume-Uni, la Turquie, le Mexique, l’Indonésie, etc., nous avons effectivement un cercle d’amis de puissances moyennes. Est-ce que l’Union européenne est en train d’essayer de dire qu’il y a un certain nombre de problèmes, avec les États-Unis et la Chine, et qu’on prend avec d’autres, une initiative pour malgré tout garder un monde de règles ?« .

Pour le chercheur, ces accords de libre-échange ont surtout « une valeur défensive« , garantissant à l’Union européenne un accès continu aux marchés mondiaux et à certaines ressources, comme les minerais stratégiques en Australie, tout en cherchant à réduire sa dépendance vis-à-vis des importations de Chine et des États-Unis. André Sapir résume cela en disant que « C’est ne pas perdre en fait, ne pas gagner plus non plus« , ajoutant que « L’UE est bien obligée de prendre une assurance contre les risques, une assurance d’accès au marché pour nos exportations, et d’accès à différentes matières premières« .

L’idée d’une « troisième voie » moins dépendante des géants du commerce international reste encore à construire, selon Gonzague Vannoorenberghe qui affirme que « Si on additionne les exportations européennes actuelles vers le Mercosur, l’Australie et l’Inde, c’est entre 5 et 6% du total de nos exportations. Les États-Unis seuls en représentent 20%« . Il considère que même avec une « croissance phénoménale » des partenaires commerciaux de l’UE, « on ne va jamais arriver à des niveaux comparables aux échanges avec la Chine ou les États-Unis« .

La valeur de ces accords ressemblerait donc à un symbole dans le grand jeu géopolitique. L’Union européenne aspire à promouvoir un autre modèle de dialogue commercial et d’échanges, en évitant la brutalité entre États. Toutefois, les accords de libre-échange ne rencontrent pas toujours le soutien de la population européenne, comme l’ont révélé les manifestations d’agriculteurs à Bruxelles contre le traité du Mercosur ces derniers mois.

Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast Le Monde en direct ci-dessus.