Séjours linguistiques en néerlandais : les francophones ne s’engagent plus
Les jeunes Belges francophones partent de moins en moins en séjour linguistique pour apprendre le néerlandais, et depuis la fermeture d’un autre programme similaire à Vught aux Pays-Bas en 2023, LABS est désormais la seule école de langues à proposer des séjours immersifs en Flandre et aux Pays-Bas. Pascal Carré, président d’Abelio, a déclaré : « Depuis la suppression du Plan Langues du Forem, il n’existe en Wallonie plus aucun système de bourse pour les séjours linguistiques. »
Les jeunes Belges francophones s’engagent de moins en moins dans des séjours linguistiques pour apprendre le néerlandais. Certaines structures, comme la WEP, ont abandonné ces séjours, et la dernière école immersive en Flandre et aux Pays-Bas a des difficultés à remplir ses classes.
« Pendant 18 ans, l’école était ouverte presque chaque semaine de l’année, les étudiants pouvaient arriver chaque lundi et rester le nombre de semaines qu’ils souhaitaient. Depuis septembre, il arrive très souvent que l’école soit complètement vide pendant des semaines, » avertit Charlotte Bauwens, directrice de l’école privée LABS à Anvers.
Depuis la fermeture d’un programme similaire à Vught aux Pays-Bas en 2023, LABS est devenue la seule école de langues à offrir des séjours immersifs en Flandre et aux Pays-Bas, associant cours intensifs et hébergement en famille d’accueil ou en kot.
Paradoxalement, si les francophones désertent, les étudiants étrangers montrent un intérêt accru pour le néerlandais : « Ça crée une situation un peu bizarre : cet été, il y aura plus d’Allemands qui viennent étudier le néerlandais que de Belges francophones. »
## Une langue qui fait moins rêver
Pourquoi ce désintérêt ? Coleen Cheniaux, consultante en séjours linguistiques pour l’école privée ESL, estime que le problème est aussi culturel : « Le néerlandais n’est pas hyper attrayant de base. On le voit peu dans la pop culture, contrairement à l’anglais. Et les destinations anglophones font plus rêver que la Flandre ou les Pays-Bas. Quitte à investir dans l’apprentissage d’une langue, les étudiants préfèrent partir loin. »
Tom Vandevelde, coordinateur de projet néerlandais pour Roeland vzw, souligne également ce constat : « On observe une évolution de la société : on met davantage l’accent sur les maths et les sciences, et les langues passent au second plan. »
## Des séjours plus chers et la fin du Plan Langues
Le facteur financier influence également les choix des étudiants. Pascal Carré, président d’Abelio, l’Association belge des organismes de séjours linguistiques et éducatifs, déclare : « Depuis la suppression du Plan Langues du Forem, il n’existe en Wallonie plus aucun système de bourse pour les séjours linguistiques. Toute une génération de jeunes wallons en a pourtant bénéficié et a atteint un bon niveau de langues. »
Maxime Bertholet, administrateur et conseiller pour les séjours pour Langues Vivantes, ajoute que les prix ont augmenté : « Après le covid, l’école aux Pays-Bas a fermé et la seule école restante à Anvers a dû réduire sa capacité d’accueil. Pour pouvoir se financer, elle a aussi dû augmenter ses tarifs. Avant, une semaine coûtait environ 600 euros. Aujourd’hui, il faut compter 980 euros. »
Des alternatives comme l’immersion en famille avec cours particuliers existent, mais elles sont encore plus chères : « Nous avons régulièrement des demandes pour ce type de formations, mais le tarif est aussi plus élevé : environ 1400 euros/semaine, » précise Maxime Bertholet.
## Les camps de vacances résistent
Si les séjours à l’année diminuent, les camps de vacances se maintiennent. « Les camps d’été en néerlandais à Spa, en collaboration avec le CERAN, fonctionnent encore bien, » constate Coleen Cheniaux d’ESL, « mais il s’agit d’une offre premium : une semaine en pensionnat avec 4h30 de cours intensifs chaque matin et d’autres activités l’après-midi coûte 1 990 €. »
Chez Roeland, connu pour ses camps en français, la tendance est stable, comme l’explique Tom Vandevelde : « La baisse s’est arrêtée. Ces trois dernières années sont restées stables, avec une légère hausse, même si le néerlandais reste un segment relativement petit. »
Cependant, l’inquiétude persiste ailleurs. Morgane Payet, responsable marketing pour l’école gantoise de Ruysschaert, a constaté une baisse des demandes en camps linguistiques : « Certaines écoles wallonnes ont supprimé l’obligation du néerlandais, et les différents calendriers scolaires entre le nord et le sud du pays compliquent notre organisation. Tant que ces calendriers resteront différents, nous restons peu optimistes. »
## L’effet de l’enseignement en immersion
Une autre explication pourrait être l’essor de l’enseignement en immersion, souligne Pascal Carré : « Beaucoup d’étudiants francophones suivent des cours en immersion et à Bruxelles, une partie significative d’entre eux sont inscrits dans l’enseignement néerlandophone. Avec entre 12 et 14 heures par semaine en néerlandais, voire tout leur cursus, pourquoi payer pour un séjour linguistique ? »
## L’immersion reste un atout
Malgré tout, les acteurs du secteur défendent l’intérêt des séjours linguistiques pour l’apprentissage du néerlandais. « C’est une immersion pour apprendre intensément le néerlandais tout en découvrant une autre culture. En Belgique, où l’on se connaît peu entre communautés, vivre en famille d’accueil à Anvers permet aussi de changer de regard : beaucoup d’étudiants découvrent sur place une autre réalité, loin des clichés, » soutient Charlotte Bauwens.
Pascal Carré appuie cet argument : « C’est paradoxal, car il y a de nombreux emplois en Flandre. La connaissance du néerlandais reste un atout précieux pour l’avenir des francophones. » Tom Vandevelde partage cet avis : « Les technologies de traduction simultanée peuvent faire douter de l’utilité d’apprendre une langue, mais la place de l’humain reste essentielle. Nous misons sur l’audace de parler et d’oser faire des erreurs. L’immersion change tout : avant, je n’aurais jamais osé une interview en français, aujourd’hui, oui. »
## Un secteur obligé de se réinventer
Face à la baisse des demandes, le secteur n’est pas inactif. « Nous avons adapté notre programmation : nous misons davantage sur des activités ludiques et collaborations avec des organisations externes, » témoigne Morgane Payet de Ruysschaert.
Les séjours plus courts, l’optimisation des coûts et les nouvelles formules sont autant d’initiatives entreprises pour se réinventer. Pascal Carré appelle également les pouvoirs publics à agir : « À Bruxelles, les chèques langues Actiris sont limités aux écoles de langues de la Région bruxelloise. Dans la plupart des pays voisins, l’apprentissage des langues est considéré comme un bien essentiel. 21 % de TVA, c’est injuste et cela crée une concurrence entre public et privé. »
Pour Charlotte Bauwens, une chose est sûre : « L’immersion a longtemps été la meilleure solution pour apprendre une langue. Aujourd’hui, il existe plus d’options. On cherche donc des solutions pour découvrir ce dont les étudiants ont besoin. Le besoin d’apprendre le néerlandais est toujours là, on le sait… mais sous quelle forme ? »
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[Article réalisé en collaboration avec DaarDaar, le site qui propose le meilleur de l’actualité flamande en français].

