Sammy Mahdi : « Avoir des enfants, c’est des responsabilités et des devoirs »
Bart De Wever est le président du gouvernement fédéral et il a une vision économique néolibérale selon Sammy Mahdi. Depuis le 1er janvier 2026, la réforme du chômage produit des effets et touche principalement les communes wallonnes et bruxelloises.

Bart De Wever vu par Sammy Mahdi
À la tête du gouvernement fédéral, le nationaliste flamand Bart De Wever est souvent perçu comme un fervent défenseur des intérêts flamands. Pourtant, il se positionne également en tant qu’homme d’État, à l’instar de Jean-Luc Dehaene, figure emblématique du CVP devenu CD&V, qui avait su redresser les finances publiques. Pour le président actuel des centristes flamands, « il est difficile de comparer deux personnes aux idéologies divergentes. Bart De Wever a une vision économique néolibérale. Pour un chrétien-démocrate, un malade ne doit pas être sanctionné et nous avons lutté pour cela. Le bilan ne peut encore pas être dressé après un an, il reste du chemin à faire. Cela ne dépend pas seulement de Bart De Wever, mais de nous tous. »
Nous avons pu convaincre la N-VA de prendre les décisions nécessaires pour la Belgique et ses citoyens.
Cependant, la N-VA, autrefois perçue comme le petit partenaire du cartel CD&V/N-VA, a désormais largement dépassé les centristes flamands. Pour Sammy Mahdi, Bart De Wever et la N-VA ne se sont pas transformés, mais s’adaptent aux circonstances. « Le premier article des statuts de la N-VA n’a pas changé. Le parti demeure en faveur de la scission du pays. Toutefois, n’ayant pas la majorité ni le pouvoir de changer les choses, ils jouent un autre jeu. L’essentiel est qu’aujourd’hui, nous avons réussi à convaincre la N-VA d’agir pour le bien de la Belgique, de ses citoyens et de notre sécurité sociale », déclame-t-il.
Au centre, mais un peu à gauche et à droite quand même
La première année du gouvernement De Wever a été marquée par de nombreuses réformes, dont certaines se poursuivent en ce début d’année. Toutefois, cette année a également été émaillée de mouvements sociaux et de grèves syndicales, exprimant le mécontentement face aux mesures d’un gouvernement orienté à droite.
« Investir dans la sécurité concerne tout le monde : la gauche, le centre et la droite. Ce gouvernement a alloué 4 milliards d’euros à la santé. Les Engagés et le CD&V représentent les partis de la santé. Quant à la sécurité sociale, il est agréable d’en défendre l’idée, mais lorsqu’elle est mise à mal par des abus, comme les cas de personnes restant au chômage pendant 20 ou 30 ans, croire que la sécurité sociale perdurera par magie, c’est illusoire ! Ce gouvernement s’engage à garantir son existence pour les générations futures », affirme-t-il.
Des réformes douloureuses, mais nécessaires
Depuis le 1er janvier 2026, la réforme du chômage commence à avoir des répercussions. Les premières personnes exclues se tournent vers le CPAS, une situation qui touche davantage les communes wallonnes et bruxelloises, en comparaison de la Flandre. Bien que les allocations de chômage soient financées par le fédéral, la charge au CPAS incombe aux communes, puis aux régions. S’agit-il d’un transfert déguisé ?
Le président du CD&V défend cette position : « C’est incroyable comment des enjeux qui ne devraient pas l’être le deviennent. Écoutez ce que les citoyens demandent. Dans un sondage de la RTBF avant les élections, 70 % des personnes interrogées étaient en faveur d’une limitation dans le temps des allocations de chômage […] Lorsqu’il s’agit de réinsérer des individus dans le monde du travail, c’est bénéfique pour la Belgique, mais aussi pour la Wallonie. Le taux de chômage en Wallonie est deux fois plus élevé qu’en Flandre. Chacun a sa part de responsabilité. Limiter la durée des allocations de chômage, c’est bénéfique pour tous, pour chaque citoyen belge et pour notre économie. »
Donner de l’espoir et de l’oxygène aux citoyens
Lors des vœux du CD&V en début d’année, Sammy Mahdi a lancé une série de « moonshots », un terme inspiré du président Kennedy, pour évoquer ses ambitions politiques. « Il est temps de mettre fin au défaitisme, à l’idée qu’il y aura moins de pensions, moins d’argent, et que cela doit être accepté. Non, nous ne pouvons pas considérer cela comme une fatalité. Nous devons porter des projets ambitieux qui redonnent espoir et énergie à nos citoyens. Par exemple, en matière de pensions, le citoyen partant à la retraite reçoit 48 % de son salaire. Peu de pays européens ont des niveaux de pensions aussi bas que les nôtres. Le moonshot du CD&V serait de promouvoir un second pilier de pension qui serait généralisé et capitalisé, tel que pratiqué dans les pays scandinaves. Cela impliquerait que l’employeur contribue à ce deuxième pilier, mais le travailleur n’en bénéficierait qu’à la fin de sa carrière. C’est une combinaison gagnant-gagnant pour l’employeur, l’employé et l’État. »
Bruxelles, un nœud difficile
Sur le plan politique, l’attention se concentre sur l’impasse actuelle en Région bruxelloise. Plus de 600 jours ont passé depuis les élections régionales de juin 2024, sans qu’aucune coalition n’ait pu être formée malgré plusieurs tentatives. « Le seul moyen d’apporter de l’espoir aux Bruxellois est que chacun prenne ses responsabilités. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Certains continuent à jouer des jeux de pouvoir, 600 jours après les élections. Il est évident que les grands partis doivent se réunir autour de la table; un gouvernement d’unité nationale est nécessaire. À mon sens, aucune option ne peut être écartée. Toutefois, tant que le MR et le PS, les deux principaux partis à Bruxelles, ne parviennent pas à s’entendre, cela reste difficile. On peut débattre pendant les campagnes, mais après 600 jours, cela n’est plus acceptable. »
Un laxisme qui dure depuis 30 ans
Sammy Mahdi, qui a grandi à Bruxelles, est très conscient des défis majeurs auxquels fait face la Région Capitale, notamment en matière de sécurité. Il appelle à un sursaut politique, mais également à plus de responsabilité de la part des parents. « La sécurité à Bruxelles soulève des enjeux considérables. Lorsque je vois à Anderlecht des jeunes de 15 ans lancer des cocktails Molotov sur d’autres jeunes, je me demande dans quelle société nous vivons. Il y a une responsabilité politique à veiller à la fermeté face à ces jeunes qui s’égarent, mais aussi une responsabilité parentale. Quand j’avais 15 ans, je ne sortais pas dans la rue à 2 heures du matin. Être parent ne se résume pas à partager des photos sur Facebook ou à percevoir des allocations familiales; cela implique aussi des responsabilités et des devoirs. Je ne comprends pas pourquoi l’on ne remet pas en question ces parents. À Bruxelles, un laxisme perdure depuis 30 ans. »
Sauver le soldat Verlinden
Depuis plusieurs semaines, Annelies Verlinden, la ministre CD&V de la Justice, est l’objet de vives critiques. Le partenaire MR l’accuse de responsabilité quant à la surpopulation carcérale, tandis que la presse francophone la considère comme le maillon faible du gouvernement fédéral. « Elle représente plutôt le maillon fort de la politique. Annelies Verlinden est une personnalité politique atypique, car elle ne se conforme pas aux pratiques habituelles. Elle cherche des solutions dans des domaines où elle montre des vulnérabilités en proposant des idées sur la table. Malheureusement, en politique, il y a beaucoup de renards qui pullulent. »
Il y a beaucoup de personnes dans nos prisons qui devraient plutôt être dans leur pays d’origine.
Pour réduire la surpopulation carcérale, des mesures telles que l’écourte des peines ou l’envoi de détenus à l’étranger sont envisagées. « Il y a 4 000 personnes dans nos prisons qui ne sont pas belges et qui n’ont même pas le droit d’y être. Tout le monde ne doit pas être concerné, mais cela a déjà été fait précédemment aux Pays-Bas. Je préfère que cela coûte cher que d’avoir quelqu’un qui reçoit une convocation pour aller en prison sans qu’il y ait de place », précise Sammy Mahdi, ajoutant : « Notre inquiétude réside dans le fait qu’un criminel qui doit purger une peine ne le fasse pas parce qu’il n’y a pas de place. Lorsque le juge condamne, il faut que cette peine soit appliquée. Plusieurs personnes dans nos prisons devraient être retournées dans leur pays d’origine. Actuellement, nos centres fermés ont une capacité de 600 personnes et sont occupés par 400 individus. Ainsi, des personnes qui devraient être en prison ne le sont pas, tandis que d’autres qui devraient être en centre fermé y sont. »

