Saïda, éleveuse de chèvres, ne sort pas de sa ‘grotte’
Saïda, âgée de 50 ans, vit dans une caravane à proximité de son exploitation et fait partie des 20 % d’agriculteurs wallons vivant sous le seuil de pauvreté, selon la Fédération wallonne des agriculteurs. Eric Wyngaert, éleveur de blancs bleus depuis 25 ans, déclare : « On n’a jamais eu de salaire. Une fois que toutes les factures sont payées, il n’y a plus grand-chose. »
La journée de Saïda débute tôt, consacrée aux biberons pour les chevreaux, suivie de la distribution de fourrage. Chaque geste et détail sont cruciaux. Saïda examine avec soin le foin à la recherche d’objets susceptibles de causer des problèmes à ses chèvres, tels que des canettes. Elle déclare : « Il faut toujours bien vérifier parce que ça peut donner des lésions ou même la mort de l’animal. »
À 50 ans, Saïda réside dans une caravane près de son exploitation. Elle explique : « Je dois être quand même à côté des animaux pour une surveillance », ce qui justifie son choix de ne pas investir dans un logement séparé, qui serait beaucoup plus onéreux. D’après la Fédération wallonne des agriculteurs, elle fait partie des 20 % des agriculteurs wallons vivant sous le seuil de pauvreté.
Face à l’explosion des coûts, Saïda envisage de chercher un emploi complémentaire, notamment en titres-services dans l’aide à la personne, mais elle s’interroge : « Est-ce que je pourrais faire les deux ? ». Son rêve de vendre son fromage et de subsister de sa production devient de plus en plus complexe : « Les coûts sont énormes. On est en train de se battre en disant : est-ce que ça ne va pas être la fin des petits ? »
Le cas de Saïda n’est pas isolé. D’autres agriculteurs wallons rencontrent des conditions similaires. Éric Wyngaert, éleveur depuis 25 ans, confie : « On n’a jamais eu de salaire. Une fois que toutes les factures sont payées, il n’y a plus grand-chose. Je ne me suis jamais rien offert, ni à ma femme ou à mes enfants. »
Saïda évoque également un autre fléau de son métier : la solitude. Elle avoue : « Je ne sors pas beaucoup entre guillemets de ma ‘grotte’, mais je voudrais pouvoir aller manger un paquet de frites avec quelqu’un, une dame, une amie », partage-t-elle avec émotion.
Par ailleurs, Saïda raconte bénéficier de l’aide de la Croix-Rouge, via des colis alimentaires. Elle souligne que cet isolement social est d’autant plus préoccupant, étant donné qu’une étude en France montre que les agriculteurs de 15 à 65 ans ont un risque de suicide 30 % supérieur à celui des autres professions.
Malgré tout cela, Saïda choisit de garder espoir et exhorte à « s’accrocher à ses rêves ». Elle souhaite faire passer un message : elle veut rester « toujours positive », témoignant ainsi de la résilience des agriculteurs, qui continuent à se battre malgré des conditions de vie précaires.

