Réforme des pensions : « Les grosses pensions vont contribué », selon Jean Hindriks
Le gouvernement De Wever s’est accordé en mars dernier sur la nouvelle réforme des pensions, qui s’appliquera à toutes les personnes prenant leur retraite à partir de 2027. Le Bureau du Plan estime que les fonctionnaires perdront 15% de leur pension d’ici 2070, tandis que celle des salariés sera réduite de 7% et celle des indépendants de 3%.
Le gouvernement De Wever a conclu en mars dernier une nouvelle réforme des pensions, jugée nécessaire pour « sauver le système des pensions légales« , selon le député fédéral et ancien ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine (MR). En effet, le professeur d’économie à l’UCLouvain, Jean Hindriks, constate que « nous sommes passés de 4 cotisants pour 1 pensionné en 1975, à 2 cotisants pour 1 pensionné en 2025« , ajoutant que « dans 50 ans, nous serons à 1 cotisant pour 1 pensionné« .
Ludivine Dedonder, députée fédérale PS, souligne que la réforme entraînera des coupes telles que la suppression de l’enveloppe bien-être et l’indexation des pensions supérieures à 2000 €, affectant les pensionnés actuels. Elle précise que « la réforme s’appliquera à toutes les personnes qui prendront leur retraite à partir de 2027« . Cette réforme risque également de faire augmenter le nombre de personnes vivant dans la pauvreté. Effectivement, elle fait état d’une hausse du risque de pauvreté de 10 %, confirmée par le Bureau du Plan, car « l’on fait travailler les gens plus longtemps pour gagner moins« . Dedonder avertit que cette réforme est particulièrement problématique pour les femmes, avec un malus pension qui les affectera une sur trois. Elle s’insurge contre la suppression des mécanismes qui prenaient en compte la pénibilité au travail et la qualifie d’ »injuste« .
Alors même que Dedonder affirme que « Ce système de pension est finançable« , elle critique le gouvernement pour sa gestion : « Le coût des pensions augmente jusqu’en 2050 de 1,8 % du PIB, ce qui représente seulement 0,07 % du PIB par an. Ce montant est dérisoire sur un budget de 25 ans. On pourrait instaurer une norme de croissance comme pour la santé, mais ce gouvernement ne veut pas. Il s’attaque aux pensionnés alors que l’argent pourrait être récupéré ailleurs« .
Sofie Merckx, cheffe de groupe PTB, partage son indignation et déclare que « Ce n’est pas une réforme des pensions, c’est un vol des pensions ! À 55 ans, on ne peut plus changer ce que l’on a fait dans le passé« . Selon elle, le Bureau du Plan a montré que « tout le monde est perdant« , avec un impact particulièrement pour « les pensions les plus basses« . Elle conclut sur l’incapacité d’un grand nombre de travailleurs à atteindre l’âge légal de la pension à cause des exigences du gouvernement.
Concernant l’impact sur les petites pensions, le professeur Hindriks avertit que « tout le monde paiera les pots cassés de cette réforme tardive, mais à des degrés divers« . D’après les estimations du Bureau du Plan, les fonctionnaires pourraient voir leur pension diminuer de 15 % d’ici 2070, tandis que celle des salariés diminuerait de 7 % et celle des indépendants de 3 %. Hindriks ajoute que ce sont surtout les grosses pensions qui contribueront aux réductions, les petites pensions étant moins touchées, et il conteste la hausse du risque de pauvreté qui ne devrait atteindre que 7,9 % d’ici 2030.
Enfin, Daniel Bacquelaine aborde la question des salaires des fonctionnaires en mentionnant que le Bureau du Plan a effectué une analyse, tout en soulignant l’importance d’ »harmoniser le système de pension« . Les pensions des fonctionnaires permettent souvent un certain niveau de vie, mais si celles-ci étaient plus élevées, c’était en raison d’une rémunération inférieure pendant leur carrière. Isabelle Hansez indique que les mécanismes retenus face à des contraintes budgétaires rendent difficile une revalorisation des salaires, notant que les financements européens sont également en jeu avec des pénalités pour ne pas répondre aux critères de soutenabilité des pensions.

