Belgique

QRÂ : Pourquoi l’alcool, malgré ses effets néfastes, est-il omniprésent ?

John Apers, de Viroinval, a posé la question suivante : « Vu les effets néfastes de l’alcool, pourquoi est-il si omniprésent dans notre société ?  » En Belgique, le gouvernement fédéral a adopté un « Plan interfédéral 2023-2025 pour lutter contre la consommation nocive d’alcool », qui interdisait notamment la vente d’alcool dans les distributeurs automatiques entre 22 heures et 07 heures.


John Apers, de Viroinval, nous a posé cette question : « Vu les effets néfastes de l’alcool, pourquoi est-il si omniprésent dans notre société ? »

### Nos ancêtres et l’alcool

La première raison est d’ordre culturel et social. Il faut remonter loin dans l’histoire pour trouver des premières traces de boissons fermentées. Des archéologues ont découvert en Turquie, sur le site néolithique ancien de Göbekli Tepe, des auges et des bassins contenant des traces d’oxalate de calcium, un composé chimique lié au brassage et à la fermentation de céréales. Cela pourrait être le plus ancien signe connu de production de bière.

Depuis la préhistoire, des rites et des fêtes sont associés à l’alcool, et aujourd’hui encore, le modèle d’une société bourguignonne, qui valorise le « savoir-faire » de la bière et, de plus en plus, du vin en Belgique, demeure très présent.

### Une frilosité politique

En Belgique, le gouvernement fédéral a adopté un « Plan interfédéral 2023-2025 pour lutter contre la consommation nocive d’alcool ». Critiqué pour son insuffisance par les acteurs du secteur de l’aide aux addictions, ce plan interdit la vente d’alcool dans les distributeurs automatiques et les stations-service le long des voies rapides entre 22 heures et 07 heures, ainsi que dans les hôpitaux (hors cafétéria). La vente d’alcool est limitée aux personnes de plus de 18 ans, sauf pour le vin et la bière, autorisés dès 16 ans.

Plus récemment, l’accord de coalition fédérale du gouvernement De Wever (2025 – 2029) inclut des mesures complémentaires contre la « consommation excessive d’alcool » : itinéraires de soins, sanctions plus sévères pour l’alcoolémie au volant, et un changement significatif dans le discours sanitaire. La formulation sur la santé « l’abus d’alcool nuit à la santé » est remplacée par « l’alcool nuit à la santé ». Cependant, ce changement publicitaire n’a pas pu être mis en œuvre, en raison de l’opposition du secteur, soutenue par certains partis de la coalition.

Geert Van Lerberghe, directeur général de la Fédération des vins et spiritueux « Vinum Et Spiritus », a précisé que le secteur a autonomement adopté la mention « l’abus d’alcool (…) » dans ses publicités, alors que le message précédent était « notre savoir-faire se boit avec sagesse ». Il affirme que ce slogan est clair et respecte le plan sur l’alcool. D’après « Vinum Et Spiritus », il n’existerait pas de consensus scientifique prouvant que toute consommation d’alcool soit nocive. Le secteur vise donc à différencier l’abus d’alcool de ce qu’il considère comme la « consommation responsable ».

Pourtant, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le Conseil Supérieur de la Santé affirment clairement que c’est la consommation d’alcool, et non seulement l’abus, qui est liée à des risques de maladies hépatiques, de cardiopathies, de divers types de cancers, ainsi que de problèmes de santé mentale.

> Aucun niveau de consommation d’alcool n’est sans danger pour notre santé.

### Une économie importante

Enfin, il est important de considérer les revenus économiques pour ce secteur et fiscaux pour l’État : le secteur des boissons alcoolisées a généré l’an dernier 745 millions d’euros en accises. Plus de deux tiers de ces recettes fiscales proviennent des ventes de vins et spiritueux, le reste étant attribué à la bière.

Selon le dernier rapport de l’association nationale des « Brasseurs belges », la consommation de bière a chuté de 2,9 % en 2024, après un recul de 6 % en 2023. En dix ans, la consommation de bière a diminué de près de 20 % en Belgique, et l’association a signalé six fermetures de brasseries belges en 2024.

En revanche, le secteur viticole connaît une croissance, comptant plus de 300 viticulteurs en Belgique (2024) sur 958 hectares. La Fédération Vinum Et Spiritus recense également 70 distilleries et 35 000 emplois directs et indirects générés par ce secteur.

Pour soutenir cette économie belge, des efforts marketing importants sont déployés. Toutefois, le Conseil supérieur de la Santé recommande d’interdire la publicité pour les boissons alcoolisées et de relever à 18 ans l’âge minimum pour toute vente d’alcool. Actuellement, cet âge est de 16 ans pour la bière et le vin et de 18 ans pour les alcools forts. Le CSS suggère aussi d’améliorer l’information au consommateur en indiquant clairement le nombre d’unités d’alcool sur les étiquettes, la valeur nutritionnelle, ainsi que l’âge minimum recommandé pour chaque produit. Enfin, il estime que l’étiquette devrait renvoyer à un site web avec des informations scientifiques et des orientations vers les services d’aide.

Notons qu’il existe aussi un potentiel pour l’économie belge dans le secteur des boissons sans alcool, où, en 2025, les ventes de bières, vins et spiritueux sans alcool ont augmenté de 17 %.

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