Belgique

Prêt à prélever des écorces de platanes pour mesurer la pollution ?

L’opération « Ecorc’Air » consiste à récolter des morceaux d’écorces de platanes pour mesurer la qualité de l’air et son niveau de pollution. Les citoyens sont invités à participer en prélevant des écorces sur des platanes, jusqu’au 30 avril, et à les transmettre aux chercheurs pour aider à l’analyse de la pollution atmosphérique.

Pourquoi le platane et pas un autre arbre ?

L’opération se nomme « Ecorc’Air », un titre qui illustre bien son objectif : récolter des morceaux d’écorce d’arbres pour analyser la qualité de l’air et le niveau de pollution. Cependant, seuls les platanes, ces grands arbres qui ombragent nos routes, places publiques et jardins, sont concernés. Selon Yannick Agnan, professeur à la Faculté des bio ingénieurs de l’UCLouvain et coordonnateur du volet scientifique francophone de cette enquête : « Outre le fait qu’il soit assez répandu, le platane a l’avantage d’être un arbre qui perd son écorce naturellement, cela évite de le blesser en prélevant des échantillons. L’enquête est menée au printemps, au moment où les écorces commencent à tomber, il suffit de les détacher délicatement, c’est donc non destructif pour l’arbre. »

Cette période de chute des écorces a un autre intérêt : « Elle nous offre un enregistrement de la pollution qui correspond exactement à une année. Cela permet de comparer les situations d’année en année et de suivre l’évolution pour voir si la qualité de l’air s’améliore ou se dégrade. Chaque année à la même période, nous demanderons donc à la population de collecter des échantillons, en espérant qu’ils couvrent l’ensemble du territoire et qu’ils soient suffisamment nombreux pour tirer des conclusions. »

Mais pourquoi impliquer le public ? La raison principale est simple : « Faire appel aux citoyens permet d’abord de collecter davantage de données que si des agents étaient chargés de cela. C’est moins coûteux et cela nous donne plus de données spatialement variées, permettant de mieux identifier les différentes sources de pollution. Par ailleurs, cela sensibilise le public à la pollution de l’air et engage les citoyens dans une démarche scientifique. Ils contribuent à notre recherche universitaire et se questionnent également sur la qualité de l’air et notre responsabilité collective. »

Que cherche-t-on dans les écorces de platanes qu’on ne trouve pas ailleurs ?

Les citoyens sont donc invités à récolter des écorces de platanes pour les transmettre aux chercheurs. Mais que cherchent-ils exactement ? Sans entrer dans des détails chimiques, on peut dire que l’objectif est de détecter des traces concrètes de pollution : « Les écorces de platanes agissent comme une sorte d’éponge qui capte les particules fines provenant de l’industrie ou du trafic routier. Par exemple, l’usure des plaquettes de frein génère des particules fines que l’écorce de platane absorbe et conserve. En analysant ces échantillons, nous mesurons ainsi directement les concentrations de particules fines dans l’air. »

Ces particules fines sont connues pour être très nocives pour la santé, car elles pénètrent profondément dans les poumons, entrent dans le sang et causent de nombreux dommages aux systèmes respiratoire, cardiaque et neurologique. Les conséquences vont de l’asthme aux cancers, en passant par les AVC et les infarctus, sans oublier les risques de maladies chroniques, d’Alzheimer, de diabète ou de Parkinson, les personnes âgées et les femmes enceintes étant particulièrement vulnérables. On estime à 5800 le nombre de décès liés chaque année à la pollution de l’air en Belgique.

Les platanes peuvent-ils vraiment servir à la recherche scientifique ? Yannick Agnan en est convaincu : « Nous disposons de peu de données sur les particules fines. Bien qu’il existe des mesures précises dans certaines villes, il y a un manque de capteurs à long terme. Nous manquons de données directes alors que ces particules sont responsables d’une grande partie de la mortalité humaine. Les données disponibles sont modélisées à partir de situations théoriques, mais les relevés de platanes permettent de vérifier si la réalité correspond à la théorie, ce qui est d’une grande valeur. »

Pour analyser d’autres polluants, les lichens seront observés : « Si les platanes permettent d’évaluer les particules fines sur une année, pour des observations à plus long terme, nous préférerons les lichens, qui intègrent d’autres polluants sur plusieurs années. Cela offre une mesure complémentaire : un enregistrement à court terme des particules fines et une évaluation à long terme d’autres polluants comme les oxydes d’azote, les dioxydes de soufre ou l’ammoniaque. » On peut suivre cette observation des lichens sur : www.lichensgo.eu

Concrètement, comment s’y prendre pour participer à Ecorc’Air ?

Tout platane convient à l’enquête, il n’est pas nécessaire de rechercher des spécimens précis. L’important est d’avoir des localisations variées : « Les citoyens peuvent prélever des écorces sur différents types de platanes, notamment ceux qui se trouvent le long des routes, assez nombreux, permettant d’établir une cartographie de la pollution, par exemple dans les zones de freinage, les ronds-points ou près des feux tricolores. Un platane dans un jardin est également pertinent, car il permet de comparer des zones exposées et moins exposées à la pollution de l’air. »

Comment procéder pour prélever une écorce ? Peut-on la ramasser au sol ? « Non, il ne faut pas ramasser une écorce par terre, mais sur le tronc, idéalement à hauteur d’homme, entre 1m et 1,70m. Toutefois, il faut éviter les écorces bien attachées, car on risque de prélever des écorces neuves, non exposées à la pollution. Il est donc essentiel de choisir les écorces les plus anciennes, prêtes à tomber, car elles ont accumulé des particules fines pendant un an. »

Il est recommandé de prendre une écorce propre, sans graffiti ni mousse, du côté de la circulation automobile ou de la source potentielle de pollution. Pour ne pas laisser de traces dessus, il est conseillé de la prélever avec un sac en plastique retourné, comme un sac de congélation.

Une fois l’écorce prélevée, il faut utiliser son smartphone pour générer un code via l’application PartiCollect, disponible sur Google Play Store ou sur l’App Store. Après avoir créé un compte, il faut sélectionner « Nouvelle mesure », puis « Air », ensuite « Échantillon d’écorce ». Cela permettra de géolocaliser précisément l’arbre. Il suffit ensuite de compléter le formulaire et de l’enregistrer.

La dernière étape consiste à placer l’écorce dans une enveloppe, à inscrire le code généré au dos de l’enveloppe ainsi que l’adresse la plus proche de l’arbre. Le tout peut être déposé dans l’un des points de collecte à Bruxelles, Liège ou Louvain-la-Neuve, ou envoyé directement à l’adresse centrale, à savoir Plataancheck, Université d’Anvers, Groenenborgerlaan 172, 2020 Anvers. Vous avez jusqu’au 30 avril pour participer à cette opération Ecorc’Air, qui pourrait devenir annuelle.