Belgique

Pressions financières et contrats abusifs dans le concours Miss Belgique.

Les candidates au concours Miss Belgique ont entre 17 et 26 ans et doivent signer des contrats contenant plusieurs clauses qui pourraient être jugées abusives, dont l’une stipule qu’une finaliste qui publie des articles critiques s’expose à une action en justice pour un montant provisionnel de 12.500 euros. Une candidate admet avoir dépensé entre 10.000 et 15.000 euros au total pour sa participation, tout en notant que les frais de vote, qui coûtent 1 euro par vote, avaient déjà engendré des dépenses de 800 euros.


Elles ont entre 17 et 26 ans. Elles sont pleines d’ambitions. Pour beaucoup, participer au concours Miss Belgique représente une chance, un rêve d’enfance. Cependant, la désillusion peut être difficile à encaisser.

À quelques jours de la finale, les répétitions se succèdent. Talons hauts, sourires figés, regards rivés sur l’objectif : en apparence, les candidates au titre de Miss Belgique semblent resplendissantes et prêtes à tout pour obtenir la couronne.

Pourtant, derrière cette façade, la tension est palpable. Les échanges de regards deviennent chargés, les silences s’allongent.

### Du rêve au cauchemar

Dans l’ombre des projecteurs, une candidate accepte de s’exprimer avec sincérité. Préparant sa finale ce samedi à La Panne, elle se dévoile sous couvert d’anonymat.

* »Honnêtement, si je pouvais prendre mes affaires et partir, je le ferais, »* confie-t-elle. * »C’est vraiment un rêve qui devient un cauchemar. Ils ont déjà leur miss en tête. Je peux même vous donner le top 5, »* ajoute la finaliste. * »On est juste là pour leur faire gagner de l’argent… J’ai plus l’impression d’être un clown qu’autre chose. »*

Les mots sont durs et la déception immense. * »Je suis presque tombée en dépression, »* déclare la candidate. * »Tout est question d’argent. C’est vraiment un business. »*

### Des frais inédits

* »Les organisateurs appellent les candidates pour leur mettre la pression pour avoir des votes, »* raconte-t-elle. Chaque vote coûte 1 euro, en plus du prix du sms. * »Moi, j’ai dépensé 800 euros en votes, »* reconnaît-elle.

Elle explique également avoir dû payer une centaine d’euros de frais de participation, ainsi que 300 euros pour le voyage.

Les candidates doivent aussi acheter des bikinis et des tenues pour les séances photo chez le partenaire de Miss Belgique. * »Cela coûte extrêmement cher, »* dit-elle. * »En plus de ça, on doit aller chez les sponsors et acheter leurs produits. »*

Sans compter les tenues de soirée pour la finale, * »Des filles dépensent 15 000 euros pour leur robe. »*

### Des prix enflés

Selon de nombreuses candidates, le comité Miss Belgique incite à acheter les robes de soirée chez son partenaire, Atelier ExC à Gand, où les prix varient de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros, souvent fixés selon la capacité de paiement de la cliente. * »Beaucoup se sont rendu compte que c’était une arnaque. Pour une même robe, l’une a payé 2000 euros, l’autre 3500, »* explique une finaliste de Miss Belgique 2025.

Une autre candidate raconte : * »Moi, j’ai réussi à avoir ma robe à 750 euros. J’avais dû payer une partie en cash pour obtenir une remise. Mais une autre miss a payé la même robe plusieurs milliers d’euros. »*

Elles ont aussi constaté que certaines de ces robes, vendues à des prix exorbitants, se retrouvaient sur des sites étrangers à des tarifs nettement plus bas. * »On les a retrouvées sur des sites turcs… à 200 ou 300 euros. »*

Une miss dénonce : * »Quand on sait que la présidente du comité Miss Belgique incite à acheter ces robes, ce n’est vraiment pas normal ! On se fait arnaquer ! »*

La gérante d’Atelier ExC, Ebru Sari, défend ses prix : * »Vous avez tout sur Internet ! Mais il faut prendre en compte les droits d’importation et les frais de douane. C’est pour ça que c’est beaucoup plus cher en magasin que sur un webshop. »*

### Des dépenses hallucinantes

Sara (prénom d’emprunt), finaliste du concours Miss Belgique 2025, affirme avoir dépensé entre 10 000 et 15 000 euros au total. * »Je me suis sentie vraiment manipulée et très bête, »* regrette-t-elle. * »J’ai eu beaucoup d’aide de mes parents, mais tout mon argent y est passé. Mon compte était à zéro. Quand je dis zéro, je n’avais plus rien. Même acheter un sandwich à l’école, ce n’était pas possible. »*

Elle ajoute : * »On avait énormément de pression pour les votes. Un membre du comité passait près de nous en disant : ‘Il faut que tu en mettes plus pour remonter dans le classement.' »*

Les frais de déplacement pour les répétitions et les activités pèsent également sur les candidates francophones. * »Quasiment tout se passe en Flandre, »* témoignent-elles. * »Les frais pour payer le train ou l’essence sont toujours à notre charge. »*

### Des contrats jugés « abusifs »

L’enquête révèle aussi que les finalistes de Miss Belgique doivent signer des contrats étonnants, dont plusieurs clauses interrogent.

– * »La finaliste déclare en âme et conscience qu’elle est célibataire et sans enfants. »*
– * »Rien de négatif ne doit être dit sur l’organisation. »*

Une finaliste qui publie des articles négatifs pendant ou après le concours risque des dommages et intérêts provisionnels de 12 500 euros.

Le contrat stipule aussi que * »la finaliste s’engage à vendre au minimum 10 entrées VIP ou normales, »* ces tickets valant entre 160 et 330 euros. De plus, une finaliste qui ne se présente pas aux répétitions doit indemniser le comité à hauteur de 12 500 euros.

Pierre Nilles, avocat, réagit à ce contrat : * »Il y a de quoi sursauter ! »*

### Des clauses qui posent question

Pour lui, plusieurs clauses sont abusives. Le contrat ressemble à un contrat de travail déguisé. * »Quand vous avez cette récurrence de sanctions, vous contrôlez et subordonnez la personne, »* estime Pierre Nilles. Cela impliquerait une rémunération minimale, alors que les finalistes de Miss Belgique ne perçoivent aucun salaire et doivent promouvoir le comité sur leurs réseaux sociaux.

* »Ce qui est dérangeant, c’est que l’on recherche un profit pour l’organisateur, »* ajoute l’avocat, soulignant que les clauses pénalisant les candidates sont excessives. * »On pénalise pour un tout pour un rien, avec des contraintes énormes, sans aucune contrepartie. »*

### Une présidente défensive

Nous avons demandé une réaction à la présidente du comité Miss Belgique, Darline Devos. Au départ, elle ne souhaitait pas nous rencontrer, mais après insistance, nous avons obtenu une interview.

Darline Devos défend ces contrats : * »Si on ne fait pas ça, les filles font n’importe quoi ! »* affirme-t-elle, plaçant la responsabilité sur les candidates, qui, dit-elle, signent sans lire leurs contrats. Certaines confient qu’on leur demande de les signer à la hâte, sans avoir reçu de copie.

* »Elles ne sont pas obligées de participer non plus. Si elles ne sont pas d’accord, elles peuvent partir ! »* lâche-t-elle.

Elle assure qu’elle fera analyser les contrats par un avocat avant le prochain concours.

Concernant les sommes engagées par les candidates, la présidente estime que rien n’est obligatoire. Selon elle, chaque candidate coûte 3000 euros à l’organisation, * »elles reçoivent des T-shirts, une banderole, un shooting photo, un séjour à l’hôtel… »*

*“Elles croient peut-être que tout tombe du ciel, mais ce n’est pas comme ça dans la vie, »* conclut-elle.

### Un déséquilibre entre francophones et flamands

Un autre point soulève des interrogations : cela fait treize ans qu’une miss francophone n’a pas remporté le concours. Les candidates wallonnes et bruxelloises que nous avons contactées affirment qu’elles n’ont pas les mêmes chances que les finalistes flamandes. * »On sait très bien qu’on n’a aucune chance, »* déclare une finaliste de l’année dernière. * »C’est devenu miss Flandre et pas miss Belgique ! »*

Elle ajoute que quasiment toutes les activités se déroulent en Flandre, avec des répétitions principalement en néerlandais. Philippe Neyens, ancien restaurateur et sponsor de plusieurs miss, émet une hypothèse : * »Je ne pense pas que Darline Devos ait un problème avec les francophones, mais elles amènent moins d’argent que les flamandes. »*

Patrick Ridremont estime également que * »le côté francophone est complètement négligé. »*

### À quel prix ?

Au terme de cette enquête, il apparaît que la gestion du comité Miss Belgique suscite davantage de préoccupations que le concours lui-même. * »Ce concours pourrait être vraiment bien, »* déplorent des finalistes, * »mais la manière dont il est géré est catastrophique. »*

Finalement, la question n’est peut-être pas de savoir s’il faut une Miss Belgique, mais à quel coût et dans quelles conditions.