Première année de pontificat de Léon XIV : discrétion et offensive contre l’administration Trump
Le 8 mai 2025, Robert Francis Prevost prend le nom de Léon XIV à l’issue de l’élection du nouveau pape. Aux États-Unis, les catholiques représentent 20% de la population et 54% d’entre eux avaient plébiscité Donald Trump aux élections de 2024.
Le 8 mai 2025, à l’issue de deux jours de conclave, la fumée blanche indique au monde l’élection du nouveau pape. Robert Francis Prevost adopte le nom de Léon XIV. Pour le Vatican, le choix d’un pape américain, peu connu, est significatif, compte tenu des relations déjà tendues avec le président de la Maison-Blanche. « À la toute fin du pontificat du pape François, il signale à l’administration Trump dans une lettre que l’interprétation qu’ils font de la Bible pour justifier leur politique migratoire est erronée », rappelle Eddy Caekelberghs.
Aux États-Unis, les catholiques représentent 20 % de la population, dont 54 % ont voté pour Donald Trump lors des élections de 2024. Selon le journaliste, « 20 % des finances du Vatican proviennent des dons américains. Les flux financiers des clubs d’affaires qui se revendiquent catholiques sont importants ». Un schisme plus politique que religieux semble se dessiner en Amérique. « Il y a incontestablement, pour les catholiques, un seul catholicisme, représenté par le Pape. Mais depuis une dizaine d’années, le catholicisme dit identitaire a engendré un catholicisme nationaliste, raciste, dont le chef de file est le vice-président JD Vance, qui a apporté ses voix à Donald Trump », explique l’expert du Vatican.
## Un pape qui s’affirme dans l’opposition à Donald Trump
Premier indice de la distance du nouveau pape avec Washington, en mai 2025, Léon XIV a renouvelé ses papiers d’identité péruviens depuis le Vatican, papiers qu’il avait obtenus en 2015 alors qu’il était évêque de Chiclayo, dans le nord du pays. « Ce n’est pas un hasard », estime Eddy Caekelberghs. « À partir du moment où il réalise que l’administration cible particulièrement les Latinos pour les refouler, il réaffirme son ancrage latino, sa proximité avec ces populations ».
Cependant, à part cet acte symbolique, les observateurs jugent le nouveau souverain pontife relativement discret et moins audacieux que son prédécesseur, laissant aux autres autorités religieuses américaines le soin de dénoncer la politique intérieure de Donald Trump. Il a fallu que le président américain lance les hostilités, déclarant ne « pas être fan du Pape » lorsque ce dernier prônait la paix et la fin des conflits, pour que Léon XIV prenne toute sa place sur la scène géopolitique. « Son pontificat a commencé lorsqu’il a déclaré ‘je n’ai pas peur ni de l’administration Trump, ni de parler haut et fort du message de l’Évangile' », raconte le journaliste.
« Il va même plus loin. Quand Trump l’invite au 250e anniversaire des États-Unis, il décline cette invitation et annonce qu’il sera à Lampedusa aux côtés des migrants », imitant ainsi le pape François quelques années auparavant.
## Des tentatives d’apaisement entre le Pape et les prétendants à l’investiture présidentielle américaine
Eddy Caekelberghs s’étonne de l’attitude paradoxale du président américain, « qui convoque dans le Bureau ovale tous les prêches possibles et imaginables pour se dire l’envoyé de Dieu, et qui, en même temps, ne semble pas très préoccupé par cet électorat catholique », en s’attaquant à la plus haute autorité de l’Église.
Un point de désaccord stratégique émerge avec son vice-président JD Vance, « qui est beaucoup plus prudent, n’hésite pas à se distancier de cette vision politique, et se ménage pour l’avenir un électorat qui lui est cher ». En vue : l’investiture du parti Républicain pour la présidentielle de 2028.
Un autre ambitieux, le Secrétaire d’État Marco Rubio, s’est rendu au Vatican le 7 mai pour tenter d’apaiser les tensions. Un acte vain, selon l’observateur de la politique et de la religion : « Quand on a des fâcheries, on ne peut pas ne pas y aller. Ils se sont rencontrés parce qu’ils devaient se rencontrer. Mais lorsque l’on qualifie l’échange de ‘franc et amical’, c’est que les mots ont été durs et froids, et cela ne débouche sur rien. On ne verra pas de différence sensible dans les jours qui viennent, peut-être un peu plus de calme dans les mots utilisés seulement ».
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