Pourquoi le lundi de Pâques n’est-il pas un jour travaillé ?
Le lundi de Pâques férié a commencé en 1801. Le Pape François, âgé de 88 ans, est décédé ce lundi de Pâques 2025 à 7h35.
Cette histoire du lundi de Pâques remonte à bien longtemps, jusqu’au Moyen Âge, mais le lundi de Pâques férié a été établi en 1801. La France révolutionnaire vient de vivre une décennie de bouleversements. Les sans-culottes ont tenté de réduire la religion dans la vie publique, fermant les églises, fondant les cloches et reformant le calendrier républicain pour éliminer le dimanche. Un chaos structurel, certes, mais un chaos tout de même.
Napoléon Bonaparte, alors « Premier consul » de France, prend une décision : il faut passer à autre chose après cette période troublée d’une république hostile à la religion. Napoléon agit non pas par foi personnelle — car il est plutôt distant en matière religieuse — mais par sens du pragmatisme politique et peut-être dans l’espoir de se rapprocher du pape de l’époque.
Il s’agit d’une reconnaissance de la religion, mais sous le contrôle de l’État. Et devinez quel pape couronnera Napoléon empereur des Français en 1804 ?
Le Concordat, un compromis soigneusement élaboré
En juillet 1801, Napoléon signe avec le pape Pie VII le Concordat, un accord qui redéfinit les relations entre l’Église catholique et l’État français. L’Église recouvre une partie de son influence publique. En contrepartie, elle reconnaît le nouveau régime et renonce aux biens confisqués durant la Révolution.
L’un des effets concrets de cet accord est le rétablissement des jours fériés religieux, désormais chômés. Le lundi de Pâques en fait partie, aux côtés de l’Ascension, du lundi de Pentecôte, de l’Assomption et de Noël. Napoléon ne crée pas ces festivités — elles existent depuis des siècles dans le calendrier liturgique catholique — mais il leur confère un statut juridique, ce qui en fait des obligations sociales et professionnelles.
Pendant que Napoléon négociait son Concordat pour réconcilier la France avec l’Église, une ville était déjà en train de prendre des mesures radicales : Liège avait voté la démolition de sa propre cathédrale.
La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert, haute de 135 mètres et riche de douze siècles d’histoire, était le cœur symbolique de la Principauté de Liège. Elle fut mise aux enchères auprès d’entrepreneurs locaux pour être détruite pierre par pierre.
Les travaux commencèrent en 1794 et il fallut 36 ans pour évacuer les débris. L’espace libéré devint la place Saint-Lambert. Aujourd’hui, l’Archéoforum permet de marcher sur les fondations de la cathédrale disparue, juste sous nos pieds.
Au IVe siècle, l’empereur romain Constantin a institutionnalisé l’Octave de Pâques : une semaine entière de célébrations, du dimanche de la Résurrection du Christ au dimanche suivant. Chaque jour de la semaine était férié, avec des messes quotidiennes et des pèlerinages à Rome. Ce principe de « huitième jour » est hérité de l’Ancien Testament : la fête juive de « Souccot » se termine déjà par un jour supplémentaire de recueillement, le « Chemini Atseret ». L’Église catholique a adopté cette approche pour Pâques, mais aussi pour Noël.
C’est donc Napoléon qui réduit cette période en 1801. Il juge que ces nombreux jours chômés — parfois jusqu’à cinquante par an dans certaines régions — constituent un frein à la production et au développement économique de la France. Lors des négociations avec le pape Pie VII pour le Concordat, il est décidé que l’Octave sera diminué à un seul jour : le lundi de Pâques, que nous célébrons encore aujourd’hui.
Dans la tradition chrétienne, Pâques célèbre la résurrection du Christ. C’est la fête la plus ancienne et la plus centrale du calendrier catholique.
Le dimanche de Pâques est déjà un jour chômé, mais le lundi qui suit prolonge cette célébration — dans de nombreuses régions d’Europe, les festivités duraient plusieurs jours.
Ce lundi, qualifié de « l’Ange » ou Lundi saint, est lié à la tradition populaire du retour des femmes au tombeau et à l’apparition du Christ ressuscité. Ce jour marquait la fin des quarante jours de carême, ainsi il revêtait une importance capitale dans la vie religieuse de l’époque — et Napoléon en tient compte dans son calendrier officiel.
Ce n’est qu’en 1974 qu’une loi belge a officiellement établi la liste des dix jours fériés légaux. Le lundi de Pâques figure parmi eux, aux côtés d’autres héritages du concordat (Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint) et de nouvelles fêtes plus contemporaines comme le 21 juillet ou le 1er mai.
Aujourd’hui, le lundi de Pâques n’est plus une obligation religieuse. C’est simplement un jour où les travailleurs ne peuvent légalement pas être appelés, sauf accord sectoriel. La foi n’est plus requise pour profiter de ce jour — un simple calendrier suffit et, pour nous, Belges, un rayon de soleil est fortement souhaité.

