Belgique

Plus de 18.000 sans-abri en Wallonie, notamment des enfants.

En 2025, 38 communes des arrondissements de Tournai-Mouscron, de Huy-Waremme et du bassin liégeois ont été ciblées pour le recensement. Selon une extrapolation des chercheurs, 18.812 personnes sont en situation de sans-abrisme et d’absence de chez-soi, dont environ un tiers de femmes et 5031 mineurs concernés par la situation de logement de leurs parents.


Chaque année, un recensement est réalisé sur de nouveaux territoires. En 2025, 38 communes des arrondissements de Tournai-Mouscron, de Huy-Waremme et du bassin liégeois (Liège, Seraing, Herstal et Ans) ont été ciblées, en collaboration avec les autorités locales et les services sociaux.

Sur la base de six ans d’enquêtes de terrain, les chercheurs ont effectué une extrapolation à l’échelle de la région. Ils estiment que 18.812 personnes sont en situation de sans-abrisme et d’absence de chez-soi. Parmi elles, environ un tiers sont des femmes, et 5.031 mineurs (26,7%) sont directement concernés par la situation de logement de leurs parents.

Des formes de précarité variées

Les personnes dormant dans la rue ne représentent qu’une partie visible d’un phénomène préoccupant. La majorité des citoyens en grande précarité se trouvent dans des foyers d’hébergement (maisons d’accueil, logements de transit, etc.) ou sont hébergés chez des proches (familles, amis). D’autres optent pour des hébergements d’urgence, des « toits » non conventionnels (tentes, squats, voitures, garages) ou sont admis en institution (santé mentale, aide à la jeunesse, prison).

L’objectif d’une telle étude est d’assister les pouvoirs publics dans l’orientation de leurs moyens pour lutter contre le sans-abrisme et l’absence de chez-soi.

« Ces chiffres reflètent assez bien ce que nous vivons sur le terrain, et nous avons mis en place différentes solutions qui permettent d’y répondre en partie », explique Mireille D’Alessandro, responsable du Service prévention de la Ville de Huy. « Mais pour aller plus loin, nous avons besoin de davantage de coordination territoriale. Il faut que les communes plus rurales se saisissent aussi de la problématique, sinon les personnes précarisées finissent toujours par revenir vers les pôles urbains, qui ne peuvent pas tout prendre en charge. »

« Ensuite, nous avons besoin d’un soutien régional pour pérenniser nos structures, or nous connaissons la situation actuelle au niveau des subsides. Donc nous sommes un peu dans l’incertitude », poursuit cette travailleuse sociale.

Yves Coppieters, ministre wallon des Solidarités, assure que l’accès au logement n’est pas « une finalité secondaire », mais bien « un pilier fondamental de toute politique de solidarité » du gouvernement régional. Rappelons qu’en 2021, la Belgique a signé la Déclaration de Lisbonne, s’engageant à éradiquer le sans-abrisme d’ici 2030.

Un sans-abri sur cinq a moins de 25 ans

De manière générale, les personnes sans-abri ou sans chez-soi sont majoritairement des hommes. Dans le bassin liégeois, ces derniers représentent 68,7% des sans-abri ou sans chez-soi, contre un peu plus de 31% de femmes. Dans l’arrondissement de Huy-Waremme, les femmes dans cette situation sont proportionnellement plus nombreuses, représentant 42,7% de la population de sans-abri.

Dans les trois zones concernées par le dénombrement cette année, environ la moitié des personnes se trouvent dans les tranches d’âge de 30 à 49 ans. Environ 20% des sans-abri ou sans chez-soi ont entre 18 et 25 ans.

Dans environ 20 à 30% des cas, la situation de sans-abrisme ou d’absence de chez-soi dure depuis plus de deux ans. Entre un quart et un tiers de ces personnes ont des problèmes d’assuétudes. Les problèmes de santé chronique sont également fréquents, avec à peine un tiers des sans-abri n’ayant pas de problèmes de santé.

Enfin, certains ont un passé en psychiatrie ou en cure (14 à 20% des cas), un passé en aide à la jeunesse (6 à 8% des cas) ou un passé en prison (12 à 20% des cas).

Entre 8% (Huy-Waremme) et 22,9% (Liège) de ces personnes n’ont pas de revenus. Entre près de 5 et 10% des cas ont un revenu du travail. La majorité des cas disposent d’un revenu de remplacement ou d’une allocation.