Naps : « Je m’en fous » au procès pour viol si ma carrière s’arrête.
Le rappeur marseillais Naps est accusé d’avoir violé une jeune femme pendant son sommeil après une soirée en discothèque à Paris, alors qu’elle avait à peine 20 ans au moment des faits. Lors de l’audience publique, la plaignante ne demande pas de huis clos et se cache le visage chaque fois qu’elle passe devant les caméras de la presse présentes.
Arrivé avec quelques minutes de retard à son procès à la cour criminelle de Paris, le rappeur marseillais est vêtu de blanc et a rangé ses lunettes de soleil pour l’occasion.
La victime, qui ne demande pas de huis clos, ne cherche pas à attirer l’attention. Elle se cache le visage chaque fois qu’elle doit passer devant les quelques caméras présentes. Tout au long de la journée, elle fixe le regard sur la présidente de la cour, sans prêter attention au mis en cause ou au reste de l’assemblée. « Elle est très déterminée, je la trouve extrêmement forte d’être là », affirme son avocat, Maître Jean-Baptiste Boué-Diacquenod.
L’audience est publique. Dans l’assemblée, bien que moins fournie que d’ordinaire, plusieurs jeunes curieux sont présents, essentiellement des jeunes filles.
Naps est accusé d’avoir violé une jeune femme pendant son sommeil, après une soirée en discothèque à Paris. Au moment des faits, elle avait à peine 20 ans.
La première journée est consacrée à l’examen de sa personnalité.
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**« Un avant et un après »**
Aujourd’hui marié à une jeune femme de 29 ans qu’il a rencontrée trois semaines après les faits, il vit désormais loin de Marseille, à Clermont-Ferrand. Son épouse et lui décrivent une vie tranquille et « casanière » dans le centre de la France.
Son entourage, sa défense et lui-même s’emploient à peindre l’image d’un homme simple, proche de ses amis d’enfance et de sa famille, que la célébrité n’a pas changé. Son épouse décrit un homme « gentil » qui « déteste les conflits ». Elle assure ne pas pouvoir croire qu’il puisse être « capable » des faits dont il est accusé.
Lors de sa rencontre avec une experte psychologue en 2023, il affirme qu’il y a « un avant et un après » les accusations portées contre lui, disant avoir vécu « un véritable trauma ». Toutefois, l’experte révélera, selon son analyse, que Naps ne souffre pas de syndrome post-traumatique au sens clinique.
« Cela a mis un frein à ma carrière », reconnaît-il, s’exprimant souvent d’une voix à peine audible.
L’experte relève l’anxiété de Naps, qui s’explique par son besoin d’éviter d’aborder les éléments négatifs. Il « met à distance toute forme de négativité », « s’accroche aux éléments descriptifs et évite de parler des détails », cherchant ainsi à éviter « les relations humaines ».
Ces stratégies d’évitement sont alimentées par sa consommation de drogue, soulevée lors de l’examen de sa personnalité. Il consomme de l’alcool et du cannabis, servant d’anesthésie à sa réalité.
Mis en cause dans une affaire similaire survenue en 2024 dans le Var, Naps est soumis à une obligation de soins concernant sa consommation de substances. Aujourd’hui, il affirme consommer « trois joints par semaine » et de l’alcool occasionnellement. Il dit être suivi par un addictologue depuis environ un an.
L’experte psychologue note une forme « d’ambivalence » chez Naps. D’un côté, il évoque la possibilité d’être victime d’une machination, déclarant avoir été « manipulé » et estimant qu’on tente de le décrédibiliser suite aux accusations de viol. D’un autre côté, comme le décrit l’expert, il ne semble pas considérer que la plaignante ait des « intentions malveillantes ».
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**Une sexualité « peu investie »**
Dans ses relations avec les femmes, il semble éviter l’engagement. Le rappeur cloisonne sa vie amoureuse et professionnelle; sa femme n’est pas présente dans son univers artistique, ce n’est « pas son truc », dit-elle à la barre.
Son parcours amoureux est ponctué de plusieurs relations, dont une avec la mère de son fils, âgé aujourd’hui de 13 ans. Certaines de ces relations ont été « compliquées », marquées par des infidélités. Le manque d’investissement de Naps est un fil conducteur dans sa vie amoureuse.
« Il a une maturité sexuelle adaptée à son âge, mais il surinvestit d’autres domaines de sa vie, comme sa carrière. Il y a peu d’investissement du côté émotionnel », décrit l’experte psychologue marseillaise, soulignant une forme de « superficialité » dans ce domaine.
Celui qui a connu une ascension rapide explique s’être totalement investi dans la musique, affichant sa réussite musicale et dépeignant un portrait de travailleur acharné.
« S’il ma carrière s’arrête aujourd’hui, je m’en fous, je pense surtout à ma famille et mon honneur », déclare-t-il.
Il indique que les périodes de grandes fêtes sont derrière lui, sa vie étant désormais rythmée par des showcases à travers la France, aux côtés de son épouse à Clermont-Ferrand et de son fils.
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Les événements se déroulent lors d’une soirée festive en 2021.
« Ma cliente est prête à soutenir devant la juridiction les faits de viol qu’elle a dénoncés, avec la même détermination qu’elle a montrée depuis son dépôt de plainte », déclare l’avocat de Fanny* (prénom modifié).
Naps est accusé d’avoir violé une jeune fille après une soirée, des faits qu’il conteste à nouveau devant la cour. Son avocat, Maître Nabil Boudi, entend « prouver (qu’il) est innocent dans cette affaire ».
Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, Fanny et deux amies, Alice et Camille* (prénoms modifiés), sont invitées par un promoteur à faire la fête dans une discothèque parisienne, bénéficiant d’entrées gratuites pour rehausser la présence féminine dans le coin VIP.
Au fil de la soirée, elles s’assoient à la table du rappeur marseillais, alors au sommet de sa gloire après la sortie de son titre « la kiffance ». L’ambiance est festive mais ne semble pas particulièrement orientée vers la drague, selon plusieurs témoins.
À la fermeture de l’établissement, Fanny et ses amies suivent Naps, son cousin et son garde du corps en voiture. Plusieurs témoins rapportent une consommation de protoxyde d’azote dans la voiture.
Le matin du 1er octobre 2021, à 6h36, tout le monde arrive dans un hôtel Mercure à Paris.
Les caméras de surveillance montrent que Nabil Boukhobza est ivre, aidé à marcher par Camille. « Il était complètement défoncé », affirme Alice.
Arrivées à l’hôtel, les jeunes filles voient leurs téléphones être saisis par l’entourage de Naps. Dans une petite chambre d’à peine 10 m², il y a un lit, une chaise, une table et un pouf. Quand le cousin et le garde du corps de Naps quittent la chambre, l’artiste et les filles continuent la soirée.
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À partir de ce point, les récits divergent.
Sous l’effet de l’alcool, du cannabis et du protoxyde d’azote, Fanny s’endort sur le lit. Elle se réveille avec une douleur vaginale et comprend que Nabil Boukhobza est en train de la pénétrer sans son consentement. Camille, qui sent le lit bouger, raconte s’être réveillée puis rendormie, assommée par les excès.
Alice affirme avoir tout tenté pour arrêter Nabil Boukhobza, à plusieurs reprises.
Plus tard, des échanges de SMS entre Alice et la plaignante révèlent la colère de cette dernière, qui reproche à son amie de ne pas avoir empêché son agression. En évoquant ces échanges, Fanny essuie discrètement des larmes sur son visage.
Alice, selon Sylvie Galimard, l’ancienne enquêtrice, sera placée en garde à vue pour non-assistance à personne en danger pendant l’instruction.
Naps présente une version différente, parlant d’un rapport consenti avec Fanny, qu’il décrit comme « charnel ». Il affirme ensuite avoir tenté d’entamer un deuxième rapport avec son amie Alice « qui était toute proche », sans parvenir à aller au bout.
L’ancienne inspectrice souligne à la barre que, bien que plusieurs déclarations divergent, « toutes (les filles) affirment que la plaignante était endormie au moment des faits ».
La deuxième journée sera consacrée à la parole de la plaignante et aux témoins.

