Belgique

Mons : le tableau volé en 1980 à la Collégiale est de nouveau visible.

La Crucifixion est dérobée dans la nuit du 2 juillet 1980, en même temps que quatorze tableaux et sept tapisseries exposées dans la Collégiale Sainte-Waudru, à Mons. L’exposition Fragile(s), histoire de patrimoines restaurés, se tient jusqu’au 18 octobre à l’Artothèque, à deux pas de la gare de Mons.


La peinture intitulée La Crucifixion a été volée dans la nuit du 2 juillet 1980, accompagnée de quatorze tableaux et sept tapisseries, alors qu’elles étaient exposées dans la Collégiale Sainte-Waudru à Mons. Cette œuvre, datant de 1520, est restée introuvable pendant plusieurs décennies. Ce n’est qu’en septembre 2017 que des policiers italiens la découvrent, par hasard, dans les environs de Naples, dans le cadre d’une enquête sur d’autres faits criminels.

L’œuvre a ensuite été rapatriée à Mons l’année suivante. À l’heure actuelle, son emplacement pendant 38 ans demeure toujours un mystère. Les auteurs du vol n’ont jamais été identifiés.

Une remise en état indispensable

Lorsque les autorités de Mons récupèrent le tableau en Italie, les experts qui l’examinent estiment qu’il n’a pas subi de dommages lors du vol. Cependant, les années, les restaurations antérieures, les transports, ainsi que la différence de climat entre le sud de l’Europe et la Belgique, ont laissé des marques visibles.

La peinture sur bois est dans un état dégradé et nécessite une restauration urgente.

Un chantier de restauration débute, s’étalant sur plus de six ans. La première étape consiste à s’occuper du support, soit les panneaux de bois. « Un travail qui est primordial », déclare Caroline Dumoulin, chargée de la valorisation scientifique des Collections de la Ville de Mons.

« Si vous ne fixez pas votre support, vous ne pouvez pas travailler sur la couche picturale par la suite. Il a donc fallu d’abord stabiliser le tout. En nivelant les planches et en intégrant des baguettes pour remettre à niveau. Ensuite, un mastic a été appliqué comme couche préparatoire, permettant d’unifier la surface picturale. Après cela, environ mille heures de travail de retouche ont été nécessaires. »

Ce processus fut long et minutieux. « Un travail de bénédictin, qui exige une précision et de la patience. Ce n’est pas donné à tout le monde. »

Avant le début des retouches sur l’œuvre, celle-ci a été analysée, testée, datée et documentée par l’Institut Royal du Patrimoine à Bruxelles. Elle est ensuite revenue à l’Artothèque de Mons pour être manipulée par le restaurateur qui y travaille à mi-temps. On apprend qu’il y a encore travaillé la veille de la présentation de l’exposition à la presse.

Sophie Simon, commissaire de l’exposition et conservatrice des collections de la Ville de Mons, souligne que la restauration du tableau a été réalisée de manière inégale. « Il y a des endroits où on a dû choisir de restituer une vision globale sans entrer dans les détails. En particulier pour le personnage en bas à droite : il avait une magnifique armure rehaussée d’or, mais après une ancienne restauration, la couche de mastic à cet endroit était trop épaisse. En l’enlevant, nous n’avons pas retrouvé l’œuvre originale. Nous avons une vague idée, mais c’est en vérité une invention, une extrapolation, ce qui est inacceptable dans le cadre de la restauration. »

Ce travail de restauration, et celui des autres experts traitant des œuvres anciennes, sera au cœur de l’exposition qui s’ouvrira le 16 mai à l’Artothèque. Les visiteurs pourront découvrir le rôle de l’archéométrie, les techniques d’imagerie scientifique, les prélèvements de pigments ainsi que les matériaux constituant les œuvres.

Un film diffusé dans la salle permettra de suivre les différentes étapes de la restauration du tableau représentant une scène de crucifixion, qui aura une place d’honneur dans une petite salle aménagée avec des bancs, semblables à ceux d’une chapelle.

L’exposition intitulée Fragile(s), histoire de patrimoines restaurés, se tiendra jusqu’au 18 octobre à l’Artothèque, à proximité de la gare de Mons, avant que le tableau ne retourne dans la Collégiale Sainte-Waudru.