L’Irlande face à la colère des agriculteurs et routiers contre la hausse des carburants.
L’Union européenne prépare « une boîte-à-outils » pour aider ses pays membres face à la crise des prix de l’énergie. En Irlande, le gouvernement a annoncé un paquet de 250 millions d’euros pour contrer la hausse du coût de la vie, mais cela n’a pas évité des manifestations importantes.
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, notamment avec la fermeture du détroit d’Ormuz et les attaques sur les infrastructures énergétiques dans le Golfe, l’Europe cherche à faire face à la crise des prix de l’énergie. Les actions se multiplient à tous les niveaux.
L’Union européenne élabore « une boîte-à-outils », un ensemble de mesures destinées à soutenir ses États membres. La Commission européenne travaille en particulier sur une taxation des superprofits des entreprises du secteur énergétique, comme en 2022.
Certains pays ont déjà anticipé la situation, comme l’Espagne qui a rapidement mis en place un plan de 5 milliards d’euros pour atténuer l’impact de cette crise.
D’autres pays n’ont pas encore finalisé leur réponse. C’est le cas de la Belgique, qui doit encore mettre au point une aide spécifique pour les ménages vulnérables utilisant du mazout pour se chauffer ainsi que pour les travailleurs qui dépendent de leur voiture pour leurs trajets domicile-travail.
Vague de colère en Irlande
En Irlande, le gouvernement avait dès le mois dernier annoncé un plan de 250 millions d’euros pour lutter contre l’augmentation du coût de la vie, comprenant notamment une réduction des droits d’accises sur les carburants.
Cependant, cette initiative n’a pas suffi à éviter une importante colère qui a déferlé dans le pays tout au long de la semaine où les écoles étaient fermées à l’occasion des vacances de Pâques.
Un mouvement d’ampleur et sans leader
Les premiers signes de mobilisation ont été repérés par Fuels for Ireland, le lobby irlandais de l’industrie pétrolière. Le 3 avril, jour du Vendredi Saint, des appels à manifester la semaine suivante apparaissent sur Telegram et dans des groupes WhatsApp.
Dès le mardi 7 avril, des manifestants commencent à bloquer des routes. Des agriculteurs, des transporteurs et des chauffeurs de taxi demandent une aide de l’État face à la hausse des prix des carburants. Le prix du diesel est passé de 1,70 à 2,17 euros le litre, tandis que celui de l’essence a grimpé à 1,91 euro le litre.
Au plus fort de la crise, l’Irlande a été largement paralysée. Des barrages ont perturbé le centre de Dublin, des autoroutes, des ports, des aéroports, des dépôts de carburant ainsi que la seule raffinerie du pays.
Au début du week-end, 600 des 1500 stations-service du pays étaient à court d’essence ou de diesel, selon Fuels for Ireland.
Le blocage a été tel que le groupe national de coordination des situations d’urgence a exprimé sa « vive inquiétude » concernant l’approvisionnement des véhicules de secours. Le chef de la police, Justin Kelly, a dénoncé des manifestations « illégales » qui « mettent l’État en danger« .
L’ampleur des événements a surpris les forces de l’ordre et le monde politique, peut-être en raison du caractère informel et hétéroclite du mouvement.
Pas de leaders, mais quelques figures emblématiques, comme Sonny Boyd, un conducteur de dépanneuse très actif sur Facebook. Dans la presse, il a déclaré que le blocage des dépôts de carburant « n’était pas ce à quoi nous nous étions engagés ». Mais « les gens sont acculés », a-t-il justifié.
Quelques personnalités controversées ont participé au mouvement. Le quotidien The Irish Times mentionne l’agriculteur Christopher Duffy, réputé pour son engagement en faveur des agriculteurs et pour ses messages d’extrême droite sur sa page Facebook.
Des militants de l’extrême droite irlandaise ont également essayé de rejoindre les rassemblements ou de les instrumentaliser, ce qui a conduit les puissants lobbies des agriculteurs et des transporteurs routiers à se distancier du mouvement.
La réponse du gouvernement est attendue
L’association des agriculteurs irlandais (IFA) et l’association irlandaise des transporteurs (IRHA) ont opté pour le dialogue avec le gouvernement. Des discussions ont eu lieu vendredi et samedi et ont conduit à l’émergence de plusieurs mesures. Un dispositif est notamment prévu pour des versements directs aux entreprises des secteurs affectés par la flambée des coûts des carburants.
Néanmoins, le gouvernement ne s’est engagé à mettre en place ces dispositions que si les blocages prenaient fin.
Dès samedi midi, les forces de l’ordre sont intervenues pour rétablir l’approvisionnement de la raffinerie de Whitegate, située au sud du pays, et ont effectué quelques interpellations. De manière exceptionnelle, l’armée a été mise en alerte pour soutenir la police si nécessaire.
Au cours de la nuit de samedi à dimanche, la majorité des barrages, y compris celui du centre de Dublin, ont été levés.
La réponse officielle du gouvernement est désormais attendue. Une réunion d’urgence a été convoquée ce dimanche soir. Parallèlement, le Premier ministre Micheal Martin a adressé une lettre à la Commission européenne pour demander une dérogation aux règles budgétaires afin de dégager des fonds pour lutter contre l’augmentation des prix des carburants.
Grâce à ces mesures, le gouvernement irlandais espère restaurer le calme avant la reprise des cours dans les écoles ce lundi. L’opposition, quant à elle, n’est déjà pas convaincue et annonce une motion de méfiance contre l’équipe au pouvoir.

