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L’inquiétante omniprésence de Donald Trump aux événements sportifs

Donald Trump est actif sur les affaires internationales depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, notamment avec des déclarations virulentes et des actions telles que l’intervention ayant conduit à l’arrestation de Nicolas Maduro au début de janvier 2026. En 2026, environ 75 pays, dont la Côte d’Ivoire, le Sénégal et Haïti, connaissent des procédures de visa véritablement durcies pour participer à la Coupe du monde organisée aux États-Unis, au Mexique et au Canada.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump s’illustre dans les affaires internationales par des déclarations virulentes et des actions concrètes, notamment les droits de douane et l’intervention ayant conduit à l’arrestation de Nicolas Maduro et de son épouse début janvier 2026. Plus récemment, il a également pris part à une intervention conjointe avec Israël contre l’Iran.

Sur le plan sportif, l’implication du Président des États-Unis remonte à 2017 et a pris de l’ampleur jusqu’à son retour à la Maison Blanche en janvier 2025. Il a participé à divers événements sportifs : « On peut penser à la Coupe du monde des clubs, au tirage au sort des groupes de la Coupe du monde, ainsi qu’à la mise en scène de la remise du prix de la FIFA pour la paix. Tout cela illustre les liens entre Donald Trump et la FIFA« , souligne Carole Gomez.

Pour 2026, Trump ne prévoit pas de relâcher son engagement, d’autant plus qu’il s’agit d’une année de Coupe du monde, principalement organisée sur son sol. Les questions de sécurité internationale qui émergeront en lien avec cet événement entraîneront également des préoccupations concernant son organisation. « L’Iran est qualifié pour le mondial, mais concrètement, comment cela va-t-il se passer ? Les joueurs pourront-ils voyager alors qu’il y a des restrictions ?« , s’interroge la spécialiste en géopolitique du sport et doctorante à l’Institut des Sciences des Sports de l’Université de Lausanne, ainsi qu’une chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Outre l’Iran, d’autres nations rencontrent des difficultés aux États-Unis, comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal et Haïti. Au total, environ 75 pays subissent un durcissement des procédures de visa.

Si la FIFA, par l’intermédiaire de son Président Gianni Infantino, affirme que l’Iran participera bien au mondial et cherche des solutions, la situation reste incertaine.

Une omniprésence sur le mondial 2026

L’influence de Donald Trump sur la Coupe du monde 2026 s’intensifie. Organisé conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada, cet événement suscite des discussions fréquentes. Cependant, cette présence accrue du président américain soulève des préoccupations.

« À l’origine, Donald Trump n’a pas d’intérêt particulier pour le football« , explique Carole Gomez. « Puis, lors de son premier mandat, il s’est intéressé à la candidature pour la Coupe du Monde, insultant ses co-organisateurs et menaçant d’autres fédérations de représailles si elles ne soutenaient pas la candidature nord-américaine.« 

Les multiples interventions de Trump montrent comment le sport, traditionnellement un terrain neutre, devient un outil de propagande pour son pouvoir : « C’est un nouvel espace où il peut affirmer sa politique intérieure et sa politique unilatérale, sans respecter les cadres établis. Cela ne représente plus une exception, c’est en continuité avec ses autres actions.« 

Le monde du sport tarde à réagir à cette situation. Bien que des organisations comme Amnesty International et certaines fédérations tentent parfois de se faire entendre, Trump continue de suivre sa propre voie.

Deux poids, deux mesures

Il n’est pas envisagé de sanctions contre les États-Unis. Toutefois, la guerre en Iran a suscité des interrogations sur la possibilité de sanctions à l’encontre de l’Amérique, mais aucune mesure n’a été prise jusqu’à présent. Pendant ce temps, la Russie profite de sa réintégration progressive dans les compétitions internationales. « Au-delà de cette question politique et juridique, certaines organisations sportives internationales présentent une incapacité à se détacher du concept de neutralité« , explique Carole Gomez.

Le sport devrait être apolitique, mais ce n’est pas toujours le cas : « Les organisations sont imprégnées d’enjeux politiques qui peuvent compromettre leur avenir et leur modèle économique. Les fédérations et organisations professionnelles internationales semblent réticentes à agir. Face à des situations comme celles-ci, la différence de traitement devient encore plus évidente. Nous avons observé en peu de temps deux scénarios similaires, mais leur traitement fut radicalement différent.« 

Pourquoi les différentes fédérations laissent-elles faire ? « C’est un mélange d’enjeux économiques, politiques et diplomatiques.« 

Le Comité International Olympique n’échappe pas à ce constat : « Suite aux frappes israélo-américaines contre l’Iran, une réaction a été demandée au CIO, qui a affirmé son attachement aux droits humains et à la sécurité des athlètes, sans toutefois mentionner les belligérants ni décrire la situation. Cela tranche nettement avec la réaction détaillée du CIO suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la Biélorussie.« 

Un communiqué précisait pourquoi les athlètes russes et biélorusses ne pouvaient pas concourir : « Le CIO précisait qu’il s’agissait d’une obligation, en raison de la rupture de la trêve et des questions de sécurité. Il était également recommandé aux fédérations internationales d’exclure les athlètes et dirigeants russes des compétitions.« 

Un boycott au mondial est-il possible ?

Pourquoi les pays dits démocratiques ne réagissent-ils presque pas ? Pourquoi y a-t-il si peu de menaces de boycott ? Lors de la Coupe du monde au Qatar, Trump avait été plus présent, mais cela n’avait finalement pas engendré beaucoup d’actions concrètes.

« Effectivement, l’appel au boycott reste souvent vain, se limitant à des paroles et menaces. Ce qui est fascinant dans les questions de boycott et de sanctions, c’est le rapport de force qui se joue. L’objectif est d’évaluer qui vous suivra dans cette dynamique et quels risques vous encourez. Par exemple, juste avant la Coupe du Monde 2018, un ancien agent russe avait été empoisonné, entraînant des menaces de boycott de la part de Londres si la Russie ne s’excusait pas. La FIFA avait alors clairement stipulé que tout appel au boycott serait considéré comme une infraction aux codes d’intégrité de l’organisation, entraînant une exclusion potentielle de compétitions.« 

Pour qu’un boycott soit efficace, il doit être suivi, ce qui est difficile actuellement : « Les fédérations internationales cherchent à prévenir tout boycott et à désamorcer toute initiative. Le poids d’un appel au boycott dépendra de sa capacité à gagner du soutien, ce qui est plus compliqué aujourd’hui. Pendant la guerre froide, de telles actions étaient plus courantes, car les blocs étaient clairement définis. Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans cette configuration.« 

Cette Coupe du monde suscite encore de nombreuses incertitudes. Au-delà de la participation de l’Iran, la Coupe du monde 2026 doit également faire face à d’autres problématiques : problèmes de sécurité au Mexique et aux États-Unis, ainsi que des prix des billets jugés excessifs.

« La géopolitique sportive est de plus en plus évidente. Je ne peux pas dire s’il y a davantage d’enjeux politiques aujourd’hui qu’hier, mais ils sont de plus en plus visibles. Une incohérence grandissante est également perceptible. Quant à cette Coupe du monde, je doute qu’une révolution soit en cours, notamment dans la gestion de la FIFA. Les questions de sécurité, relatives aux visas ou à la présence de personnes sur le territoire, ainsi que celles des fan-zones aux États-Unis, sont également cruciales« , conclut Carole Gomez.

Le président américain Donald Trump observe le président de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association), Gianni Infantino, lui remettre la clé permettant de déverrouiller le nouveau trophée de la Coupe du monde des clubs de la FIFA. © AFP