Les coulisses de l’Europe : l’éléphant américain dans la pièce.
Jeudi matin, les militants de Greenpeace ont transformé le Berlaymont en Trump Tower à grands coups de projecteurs. Dans les 25 pages de conclusions du sommet, il n’y a pas un mot pour condamner Washington.
Jeudi matin, pendant quelques minutes, le Berlaymont, le siège de la Commission européenne, a changé d’apparence. Grâce à des projecteurs, les militants de Greenpeace l’ont transformé en Trump Tower. Cette action visuelle a servi de provocation pour dénoncer la complaisance européenne envers Donald Trump.
Derrière cette image se cache un message plus profond. Trump n’est pas à Bruxelles, mais il est omniprésent : dans chaque discussion, chaque décision, chaque silence. Comme le disent les Anglais, c’est l’éléphant dans la pièce.
Un éléphant qui occupe tout l’espace. La guerre en Iran, le soutien à l’Ukraine, la dépendance énergétique : chaque sujet débattu lors de ce sommet renvoyait à Washington, et à chaque fois, les Européens peinent à affronter la réalité.
Le discours a néanmoins évolué ces dernières heures. À leur arrivée à Bruxelles, plusieurs dirigeants ont clairement marqué leur distance.
Bart de Wever a affirmé que cette guerre n’était pas la nôtre. En coulisses, les diplomates insistent : l’Europe n’a jamais voulu cette guerre et n’a jamais été consultée par son allié américain.
On est loin des premiers réflexes d’alignement, lorsque le chancelier Friedrich Merz disait qu’il ne fallait pas donner de leçons aux alliés.
Ce changement de ton agace le président américain. Selon ses proches, il n’a jamais été aussi furieux. Il menace en annonçant que « cela aura de très graves conséquences sur l’OTAN », s’attaquant ainsi à notre sécurité, le point le plus vulnérable de l’Europe.
Depuis son retour à la Maison Blanche, le président américain a méthodiquement fragilisé la cohésion de l’Alliance atlantique en réduisant le soutien à l’Ukraine, en se rapprochant de Vladimir Poutine, en levant les sanctions sur le pétrole russe ou en menaçant d’annexer le Groenland.
L’éléphant ne se contente plus d’être présent, il casse les meubles ! Et l’Union européenne observe sans réagir, parfois même en continuant de dépendre d’elle-même.
Cela se traduit par le fait que, dans les 25 pages de conclusions du sommet, il n’y a pas un mot condamnant Washington. Pendant ce temps, au Parlement européen, les députés sont devenus prêts à ratifier l’accord commercial négocié l’été dernier par Ursula von der Leyen sur le terrain de golf du président américain : 15 % de droits de douane pour les marchandises européennes, 0 % pour les biens américains, et une promesse d’achat de 750 milliards de dollars d’énergie des États-Unis.
Un accord humiliant mais accepté au nom du partenariat stratégique.
Les États-Unis restent notre allié même lorsqu’ils nous maltraitent ou nous menacent. Cette ambiguïté européenne est frappante : lucide sur le risque, mais incapable d’un véritable changement, comme si le coût d’un détachement semblait plus élevé que celui de la dépendance.
Cependant, les crises ont parfois le pouvoir de faire évoluer les lignes. Cela fait écho à la célèbre phrase de Jean Monnet : « L’Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées par ces crises. » Ainsi, on peut espérer que la guerre en Iran pourra accélérer notre transition énergétique, ce qui est l’espoir des dirigeants européens à l’issue du sommet.
Cela rejoint également les enseignements du Vastu Shastra, l’art de l’architecture hindou, qui affirme que la présence d’un éléphant dans une pièce n’est pas une malédiction, mais une invitation à reconstruire. En quelque sorte, à force de nous marcher sur les pieds, l’éléphant pourrait nous aider à redessiner la pièce, à déplacer les murs et à repenser l’espace pour finalement nous émanciper.

